Advens place son skipper Thomas Ruyant en cybersécurité

Au milieu des mers du Sud, lors du prochain Vendée Globe, Thomas Ruyant pourra, presque, dormir sur ses deux oreilles. Le skipper n’aura qu’à se concentrer sur la meilleure route à prendre avec son monocoque de 60 pieds car l’ensemble de ses outils de navigation sera sécurisé grâce à son partenaire principal, Advens, PME nordiste, spécialiste de la cybersécurité. «Ces bateaux de course sont des bijoux de technologie, indique Alexandre Fayeulle, président d’Advens. Ils possèdent des systèmes numériques aussi performants qu’une petite entreprise. Or, ils sont également très vulnérables et peuvent se retrouver à la merci d’actes de malveillance ou de piratage des données.»

Selon Alexandre Fayeulle l’enjeu est important et ce risque ne serait pas suffisamment pris en compte par les marins et le monde de la course au large. Bien-sûr, il apportera à Thomas Ruyant les solutions nécessaires pour éviter ces grosses contrariétés. «Le bateau pourra être une vitrine technologique de notre savoir-faire», précise le patron d’Advens… qui, à vrai dire, ne se doutait pas d’un engagement à un tel niveau quand en 2016, avec 180 autres entreprises, il rejoignait le projet Souffle du Nord du marin pour le Vendée Globe.

«A l’époque, le dossier m’avait été apporté par un collaborateur en interne, raconte Alexandre Fayeulle. Ça a été un coup de cœur pour ce projet. Avec 50.000 euros versés, nous étions parmi ses plus importants mécènes. Toutefois, c’est le jour du départ que j’ai pris la vraie dimension de l’aventure. Ce fut un choc émotionnel et lors du chemin retour j’ai décidé d’aider Thomas à gagner le Vendée Globe.» En mer, le marin ignorait cette bonne nouvelle. Thomas Ruyant abandonnera sa course autour du monde après 1 mois et demi et le choc avec un objet flottant.

Un terrien devenu armateur

«Quand il est revenu, je l’ai appelé pour évoquer son retour d’expérience, poursuit Alexandre Fayeulle. Finalement, c’était la première fois que nous faisions vraiment connaissance. Il m’a parlé d’un bateau plus performant, un Imoca à foils, mais il n’avait pas les moyens pour lancer la construction.» Le président d’Advens réfléchi, puis reviens proposer au skipper un projet plutôt innovant. «L’idée était de financer de mon côté la construction du bateau que son écurie de course me louerait après, explique Alexandre Fayeulle. Cela lui permettait de se concentrer sur la recherche de partenariats pour financer le projet total.» Le problème est donc pris à l’envers : investissement dans le bateau puis, ensuite, recherche du financement.

Entouré de quelques amis, le patron d’Advens, à l’origine pas spécialement passionné de voile, s’improvise donc armateur à titre personnel. Le nouveau bateau, entièrement supervisé par le marin, est livré en septembre 2019 à TR Racing, l’écurie de Thomas Ruyant. Mais, à cette date, le marin n’a pas dégoté le gros poisson qui aurait financé son projet. «En tant qu’entrepreneur j’avais anticipé cette situation, confie Alexandre Fayeulle. Toutefois, ma société, Advens, qui réalise 20 millions d’euros de chiffre d’affaires annuels n’a pas vocation à sortir 2,5 millions d’euros par an dans un contrat de sponsoring. Je préfère investir dans les talents, pour les attirer ou les fidéliser.»

Un retour sur investissement concret

Qu’importe, Alexandre Fayeulle, pour qui il est hors de question d’arrêter, trouve une parade : investir via sa holding personnelle. «C’est un pari très maitrisé, assure le dirigeant. En faisant ainsi, je compte sur les retombées du sponsoring sur ma société, qui pourra se développer, et ce bénéfice profitera par ricochet à la holding.» Pour le patron d’Advens, le challenge semble déjà réussi. «J’ai mesuré l’impact de la mise à l’eau du bateau, et d’un coup, nous sommes passés d’une PME au statut d’une entreprise leader dans son univers, affirme-t-il. Nous avons franchi une étape importante pour les affaires car Advens se retrouve maintenant sur des projets à plusieurs millions d’euros et en face d’acteurs comme IBM, Accenture ou Orange.» Une retour sur investissement très concret.

Dans le même temps, le dirigeant découvre de nouveaux marchés qui pourraient s’ouvrir à sa société. «Le travail en recherche et développement et les applications que nous avons mis en place pour Thomas Ruyant permettent d’optimiser la performance du skipper, indique Alexandre Fayeulle. Cela donne également beaucoup de sens à notre engagement.» Au-delà de la sécurisation du matériel et des données, Advens travaille aussi, par exemple, sur les textiles connectés pour les marins. L’univers de la sport-tech s’ouvre maintenant à l’entrepreneur. Mais, en attendant c’est le monde qui s’offre à lui, à Advens, à son bateau et surtout à son skipper Thomas Ruyant.

© SportBusiness.Club Février 2020