Avis de tempête sur la voile française

Le budget 2018 de la Fédération française de voile (FFV) a été rejeté lors de l’Assemblée générale, samedi 24 mars. Quelques jours plus tard, l’instance sportive a indiqué être contrainte d’annuler le projet de course au large olympique prévue lors de la finale de la Coupe du Monde de Voile qui se tiendra début juin à Marseille en précisant que cette décision «était la première conséquence d’un blocage institutionnel qui empêche maintenant la Fédération». Thomas Remoleur, Directeur Associé d’Olbia Conseil, agence qui accompagne la FFV, explique les raisons technique et politique de cette situation.

Que s’est-il passé samedi lors de l’Assemblée générale de la FFV ?

Thomas Remoleur : «Lors d’un vote, le budget 2018 proposé a été refusé. Cela a entraîné un blocage du fonctionnement de la fédération. Ainsi, aucun projet nouveau ne peut être enclenché. Les opposants à l’équipe actuelle, élue l’an passé, ont évoqué le caractère irréaliste de la projection de hausse de licences présentée. Or, il ne s’agit que d’un budget prévisionnel. Par ailleurs, cette fameuse hausse ne représente que 188 000 euros, soit exactement 1,5% du budget total de la fédération. Aucun blocage institutionnel ne peut se justifier à l’égard d’un tel pourcentage ! C’est inconséquent. Je remarque une situation cocasse : lors du Conseil d’Administration validant le budget présenté ensuite à l’Assemblée Générale (AG), deux administrateurs s’y sont opposés, alors que plusieurs d’entre eux ont ensuite voté contre en AG».

Comment cela a-t-il été possible alors que l’équipe fédérale avait la majorité l’an passé ?

T.R.: «Tout simplement parce que les grands électeurs, qui représentent les clubs, doivent être réélus chaque année ! Ceux qui ont voté lors de l’AG 2018 n’étaient donc pas exactement les mêmes que ceux qui ont élus l’équipe en place. Alors que l’équipe dirigeante de la fédération appliquait son programme et développaient la Voile, ses opposants “rejouaient le match” en coulisse».

Cette situation pourrait-elle se répéter dans d’autres fédérations ?

T.R.: «Oui. Alors que le Sport dans son ensemble a besoin de sérénité pour préparer les prochaines échéances, le phénomène politique de remise en cause annuelle fondée sur de faux prétextes peut malheureusement arriver. Mais, plus grave, cette situation peut entraîner l’annulation de projets comme la régate de démonstration de Course au Large Olympique. Cette dernière épreuve visait à démontrer l’intérêt d’inclure la course au large au programme Olympique de 2024. Cela va nuire considérablement à l’image de la France dans le concert international alors qu’on s’apprête à accueillir le monde entier en 2024 lors des Jeux Olympiques et Paralympiques. Ce n’est vraiment pas sérieux».

Et cette actualité arrive en pleine réforme de la gouvernance du sport français.

TR : «Et oui. Cette situation n’est permise que par le vote des grands électeurs qui n’ont sollicité aucun mandat de la part des clubs. Ces « représentants » ont décidé seuls, une fois élus, de s’opposer à l’équipe fédérale, et n’ont, in fine, représenté qu’eux-mêmes et les « donneurs d’ordre » qui ont organisé cette opération. En pleine réforme de la gouvernance du sport et des fédérations, cet exemple montre en effet qu’il est urgent de donner directement la parole aux clubs en instaurant dans les fédérations le vote direct des clubs, la voie électronique le permettant facilement désormais».