Le sport mécanique pèse 2,3 milliards d’euros

Impact économique

Gros cubes et fortes retombées. Les sports mécaniques en France généreraient un chiffre d’affaires total de 2,3 milliards d’euros selon une étude de EY réalisée en 2018. Le cabinet d’études a rassemblé toutes les activités liées au sport auto et moto : investissements des constructeurs et équipementiers, dépenses des organisations et des spectateurs, budgets des teams professionnels et des médias spécialisés. Le secteur se situe loin du football professionnel (7,5 milliards d’euros selon EY), mais devant le rugby professionnel (1 milliard selon Deloitte) et au même niveau que le tennis (2,2 milliards selon le BIPE) dans un marché du sport global qui en France pèserait un peu moins de 12 milliards d’euros.

«L’économie de l’univers des sports mécaniques, assez complexe et qui rassemble 47 disciplines différentes, est clairement générée par les constructeurs (39%), commente Marc Lhermitte, associé chez EY. C’est une économie nationale, car 85% des revenus des industriels de la filières proviennent des entreprises françaises. Par ailleurs, les deux-tiers des emplois sont situés dans des PME principalement localisées en province.» L’expert note aussi que seule une petite part de l’activité provient des médias (5%) et des événements (12%), à l’inverse des modèles économiques d’autres univers sportifs, notamment le football. L’étude montre également que la filière sports mécaniques en France rassemble 13.527 emplois directs ou indirects, soit quasiment autant que le golf (13.753) et contribue à 233 millions euros en contributions fiscales dans les caisses de l’Etat.

L’étude d’EY met également en exergue les différents enjeux de cette filière. Il y a notamment la gestion des communautés. «Elles sont très fortes, autour des sportifs, des constructeurs, des organisateurs ou des clubs, indique Marc Lhermitte. Peut-être plus dans d’autres disciplines sportives ils souhaitent des contenus immersifs.» L’autre point relevé est la capacité de recherche et d’innovation du secteur. «Les sports mécaniques ce sont des bancs d’essais grandeur nature avec la capacité à faire de la recherche au quotidien, notamment en motorisation, poursuit l’expert. La création de compétitions électriques est un sujet très intéressant, tout comme le travail sur la réduction du bruit ou des impacts sur l’environnement

© SportBusiness.Club Novembre 2019


Impact économique de la filière sports mécaniques

En chiffre d’affaires généré

  • Industriels : 932,9 millions d’euros (39,4%)
    • Constructeurs : 437, M€
    • Manufacturiers de pneus : 88,7 M€
    • Energie : 127,0 M€
    • Pôles d’activités mécaniques : 279,9 M€
  • Circuits et teams : 673,3 millions d’euros (28,5%)
    • Circuits : 405,4 M€
    • Teams : 267,9 M€
  • Institutionnels : 358,7 millions d’euros (15,2%)
    • Fédérations : 53,9 M€
    • Ligues : 7 M€
    • Clubs auto : 227,4 M€
    • Clubs moto : 70,5 M€
  • Organisations : 280,3 M€ (11,9%)
    • Grands événements : 137,2 M€
    • Tourisme : 143,1 M€
  • Médias : 119,8 millions d’euros (5,1%)

En emplois (équivalent temps plein)

  • Industriels : 7.198 (53%)
  • Circuits et teams : 3.585 (27%)
  • Institutionnels : 808 (6%)
  • Organisations : 1.727 (13%)
  • Médias : 80 (1%)

Source : 1re baromètre des sports mécaniques en France

Affluence des événements de sports mécaniques

Discipline
Evénement
Lieu
Affluence
MotoGP France MotoGP
Le Mans
206.000
24H du Mans moto
Le Mans
75.000
GP France motocross
St-Jean d'Angély
20.000
Supercross de Paris
Nanterre
33.000
Enduropale
Le Touquet
300.000
Bol d'Or
Le Castellet
69.000
AutoGP France F1
Le Castellet
150.000
e-Prix de Paris
Paris
50.000
24H du Mans auto
Le Mans
258.000
Manche mondiale WRX
Lohéac
72.000
Tour de Corse WRC
Corse
155.000
Trophée Andros (finale)
Stade de France
55.000
Source : EY, 1er baromètre des sports mécaniques en France en 2018.

Le sport mécanique branché sur l’électricité

L’un des enjeux des sports mécaniques pointé par le rapport d’EY est l’institution de compétitions réservées aux véhicules électriques, autos ou motos. Un bienfait selon le cabinet. La Formule-E s’est désormais installée dans le paysage de la compétition auto. Une compétition réservée aux SUV électriques sera bientôt lancée et en moto un championnat du monde a récemment vu le jour. Pourtant les motivations semblent différentes selon les instances mondiales. Aux Jeux olympiques de la Jeunesse (JOJ) 2018 à Buenos-Aires (Argentine) le karting électrique était en démonstration. La Fédération internationale de l’automobile (FIA) a évoqué le projet pour Paris 2024 mais n’a pas officiellement déposé de dossier de candidature pour être sport additionnel. En revanche, de son côté la Fédération internationale de motocyclisme (FIM) fait le forcing pour le trial électrique. La discipline, spectaculaire, pourrait être présente aux Jeux européens de 2023 en Pologne. Le monde de la moto espère aller plus haut et ne désespère pas d’avoir la reconnaissance olympique un jour. (Article ajouté mercredi 27 novembre 2019)


Selon Christian Estrosi, les sports mécaniques sont aussi vert que Roland-Garros

«On ne peut pas se laisser culpabiliser sur le fait qu’en matière d’empreinte carbone un événement qui touche aux sports mécaniques ait plus de conséquences sur l’environnement que n’importe qu’elle autre événement. Regardons Roland-Garros. Regardons la Ryder Cup, l’Euro 2016 de football ou la Coupe du monde féminine. Je suis à peu près convaincu que ces événements là génèrent une empreinte carbone aussi élevée sinon plus importante. Ce ne sont pas les quelques tours de piste de voitures ou de motos qui impactent l’empreinte carbone : ce sont les déplacements des spectateurs et les problèmes de mobilité pour se rendre sur ces événements. Ces disciplines sportives défendent aussi des équipementiers qui développent des lignes de vêtements commandées en Chine ou produites en Afrique. En fait, si l’on fait l’addition de toutes ces empreintes carbone je ne suis pas convaincu que ce soient les sports mécaniques qui coûtent le plus. Je pense même que c’est le contraire : ce sont les disciplines de sports mécaniques qui grâce à la recherche et au progrès des technologies qui permettent de faire baisser nos empreintes carbone de plus en plus dans l’usage quotidien de la voiture et de la moto. Voilà pourquoi je pense que ce sont peut être des événements sportifs qui sont encore plus utiles aux grandes politiques environnementales de demain.»

Christian Estrosi, Maire de Nice et Président du GIP Grand Prix de France

Le patron de Renault Sport Racing voudrait plus de marques et sponsors

«Le budget de notre écurie, 350 millions d’euros, c’est effectivement beaucoup. Cela peut faire peur d’ailleurs quand on voit que c’est ce qu’il faut engager pour participer en F1. Heureusement, il y a des perspectives d’amélioration à partir de 2021, mais c’est peu par rapport à ce que dépensent nos concurrents directs. Cette somme ne comprend pas que la F1, qui reste la locomotive pour un certain nombre d’activités. L’entité dont je m’occupe c’est aussi 1.400 emplois. Malheureusement, seul un tiers est basé en France. Mais quand on s’est posé la question de revenir totalement en France, on s’est fait peur. Il y a des moteurs de croissance, mais il y a aussi des freins pour le développement de la filière sport auto en France. Il serait intéressant de les mesurer. Concernant les chiffres présentés dans l’étude, je trouve que les 40% du chiffre d’affaires de notre filière générés par les constructeurs c’est trop. Je pense qu’il devrait y avoir davantage de partenaires, de sponsors. Il y en a trop peu. C’est très difficile de lever du financement auprès des acteurs français. Il y a un déficit d’image du sport automobile vis-à-vis des décideurs et des leaders d’opinion en France, en particulier dans le BtoC

Cyril Abiteboul, Directeur Général de Renault Sport Racing