Coronavirus : quelles conséquences pour le sport business ?

Les Jeux olympiques auront bien lieu cet été à Tokyo. C’est ce qu’affirment les dirigeants du Comité d’organisation (COJO) japonais. «Je tiens à réaffirmer clairement que l’annulation ou le report des Jeux de Tokyo n’a pas été envisagé», a déclaré Yoshiro Mori, son président à l’issue d’une revue de projet avec le Comité international olympique (CIO) la semaine dernière. L’archipel est pourtant confronté à l’épidémie mondiale de coronavirus avec une cinquantaine de cas déclarés, sans compter les quelques 500 passagers infectés confinés dans un bateau de croisière à quai dans le port d’Yokohama. Dans ce contexte, l’Australien John Coates, chef de la commission de coordination du CIO, a indiqué qu’il n’était pas nécessaire de prévoir un «Plan B.»

«Si la situation reste en l’état, il y a sans doute peu de risque pour les Jeux olympiques, en tout cas pas de risque d’annulation, affirme Gilles Portelle, président d’Only Sports & Passion. On peut imaginer que le comité d’organisation et les autorités japonaises prendront de grandes précautions dont des contrôles sanitaires stricts pour les visiteurs, athlètes, l’encadrement, les médias et spectateurs étrangers.» Quelle que soit l’évolution de l’épidémie, le Japon mettra donc certainement en place des mesures sanitaires sévères pour l’ensemble des délégations et des spectateurs. La Chine devrait d’avoir envoyer 600 athlètes à Tokyo.

«Je n’ai aucun doute sur le fait que toutes les institutions organisatrices vont revoir sérieusement leurs plans de gestion de crise au regard de cette épidémie,» confirme pour sa part Stéphane Guerry, président d’Havas Sports & Entertainment. «On n’imagine pas l’annulation des Jeux olympiques, mais sincèrement c’est loin d’être gagné pour que tout se déroule tranquillement,» s’inquiète quand même Michaël Tapiro, directeur de la Sports Management School.

Beaucoup d’annulations de compétitions

Au-delà des jeux, l’épidémie a commencé à déstabiliser l’économie mondiale. L’univers du sport n’est pas épargnée. «Oui, cette épidémie aura des conséquences économiques mais dont l’ampleur n’est pas encore connue, assure Stéphane Guerry. Directement, déjà, avec l’annulation de plusieurs événements et compétitions. Dans certaines disciplines le report risque d’être compliqué comme en Formule 1 où le Grand Prix de Chine va être très difficile à replacer dans le calendrier.» Evidemment, tout sera lié à l’évolution de la propagation de la maladie. «Toutes les organisations réclamant de la logistique, du transport de fret ou des déplacements de spectateurs seront affectées,» indique Jean-François Jeanne, directeur général d’Infront (entretien à écouter en podcast vendredi 21 février).

Justement, au printemps se disputera l’Euro de football dans douze villes européennes (12 juin au 12 juillet). «Cela risque d’être un problème avec le déplacement des supporters,» craint Michaël Tapiro. «A cette époque, l’épidémie devrait être derrière nous, espère Stéphane Guerry. Mais elle aura laissé de nombreuses victimes et – je ne le mets pas au même niveau – d’énormes pertes de revenus et de croissance pour l’économie chinoise.» De quoi peut-être remettre en cause les activations des partenaires chinois de la compétition, Alipay et Hisense. «Le sujet de réflexion pour ces entreprises pourrait plus être d’ordre moral et d’image vers la Chine : celui d’afficher sa marque dans un contexte festif alors que l’épidémie pourrait encore toucher dramatiquement la population locale, avance Gilles Portelle. Une solution serait peut-être de réfléchir à transformer cette exposition en action solidaire

Toute l’économie affectée, y compris celle du sport

«Mais il aura des conséquences à plus long terme, ajoute Stéphane Guerry. Les plus grands sponsors du sport sont des entreprises internationales dont beaucoup sont très exposées en Asie et en Chine en particulier. L’arrêt brutal de l’activité économique les impacte directement et immédiatement. Cette perte importante de revenus entraînera une recherche d’investissements à couper.»

Les conséquences économiques de l’épidémie pourraient même être visibles très rapidement dans le quotidien des français. «Aujourd’hui, la Chine c’est 20% de l’économie mondiale, et déjà, en un trimestre l’activité a chuté de 5% dans le pays,» rappelle Michaël Tapiro. «Beaucoup d’équipements, du textile, des chaussures, sont fabriqués en Chine, poursuit Gilles Portelle. Si les usines sont trop longtemps à l’arrêt cela pourrait affecter l’approvisionnement en Europe et dans le reste du monde. Le risque de rupture de stock est potentiel.» Décidément il sera toujours aussi difficile de trouver le maillot à la deuxième étoile de l’équipe de France. Une anecdote bien sûr face au réel risque sanitaire auquel pourraient être encore confrontées des dizaines de milliers personnes dans le monde.

© SportBusiness.Club Février 2020


Mise à jour, jeudi 20 février 2020. Le site Francs Jeux rapporte qu’au Royaume-Uni, “Shaun Bailey, candidat du parti conservateur pour les élections à la mairie de Londres,” a assuré que “la capitale anglaise serait la mieux placée pour remplacer Tokyo en cas de force majeure.”