Le CSA dresse les enjeux de Paris 2024 pour l’audiovisuel français

La Tour Montparnasse aux couleurs de Paris 2024

Dans un peu plus de six ans, Paris organisera les jeux olympiques et paralympiques. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a édité une note de 27 pages dressant les enjeux et les opportunités de cet événement pour le secteur de l’audiovisuel français. Voici les principaux points.

L’enjeu des plateformes numériques de diffusion

«Une étude de Rubicon Project publiée en amont des Jeux olympiques de Rio en juin 2016, 3 fans de sport américains sur 5 prévoyaient de suivre les Jeux en ligne et plus de la moitié de ceux qui avaient indiqué qu’ils suivraient les Jeux prévoyaient d’avoir un écran secondaire allumé en même temps qu’ils regarderaient les épreuves. (…) Attirer la cible des digital natives est un défi pour les organisateurs des Jeux ainsi que pour les éditeurs et les partenaires associés à l’événement. (…) Au rôle croissant des plateformes numériques dans l’exposition des contenus vidéo sportifs s’ajoute une présence de plus en plus marquée de ces dernières sur le marché de l’acquisition de droits sportifs. (…) Ces projets d’acquisition conduisent toutefois à s’interroger sur la possibilité que ces acteurs concurrencent à moyen terme directement les éditeurs de chaînes de télévision sur les métiers de l’édition et de la distribution, notamment sur un événement au rayonnement mondial comme les Jeux olympiques et paralympiques».

L’enjeu sur l’évolution de la TNT

«Pour les acteurs, la plateforme TNT conservera un rôle majeur à horizon 2030 par sa capacité à garantir, de manière équitable, un très large accès à la télévision y compris dans la perspective de l’introduction de nouvelles technologies d’image et de son. (…) Les chantiers qui seront initiés à la demande des acteurs visent à définir les conditions techniques, opérationnelles et réglementaires pour permettre l’avènement de la télévision à ultra haute définition. (…) Les Jeux de Paris en 2024 pourraient être un moteur essentiel de l’évolution de la plateforme TNT compte tenu de l’attractivité particulière de la diffusion des contenus sportifs en UHD».

L’enjeu de la diffusion sur la pratique sportive

«La diffusion des Jeux olympiques et paralympiques en télévision permet d’éveiller le téléspectateur aux valeurs du sport, de lui faire découvrir de nouvelles disciplines et de lui donner envie de les pratiquer. (…) L’exposition télévisuelle agit comme un amplificateur des performances des athlètes et contribue au développement de la pratique. (…). C’est le cas notamment du basket-ball (…). le nombre de licenciés de basket-ball semblerait bien avoir bénéficié d’un effet post-JO en 2012, avec une hausse de +5 % entre 2011-2012 et 2012-2013».

«Une bonne exposition de la discipline, quand les équipes nationales sont performantes, en renforce donc l’image et en stimule la pratique. (…) La structure anglaise «Sport England» a relevé une augmentation nette de la pratique sportive des Anglais durant les années autour des Jeux de Pékin en 2008 et des Jeux de Londres à domicile en 2012 : +1,1 million en 2008 vs. 2006 et +0,8 million en 2012 vs. 2011»

«Le CSA considère qu’une bonne exposition des disciplines olympiques et paralympiques à la télévision et à la radio est primordiale pour l’accomplissement des objectifs des politiques publiques et sportives. (…). Les médias audiovisuels devraient exposer sur leurs antennes toutes les pratiques sportives, y compris celles qui sont peu diffusées encore à la télévision. (…) Plusieurs conditions apparaissent nécessaires pour favoriser la médiatisation des disciplines olympiques en amont de l’événement, i.e. dans le cadre de compétitions nationales ou internationales :

  • les équipements des enceintes sportives doivent être « télégéniques » ;
  • les fédérations doivent être capables de financer la production audiovisuelle ou de trouver un accord avec un éditeur pour qu’il prenne en charge les coûts de production audiovisuelle ;
  • la stratégie de programmation de l’événement doit être étudiée par l’éditeur ;
  • l’événement doit être marketé efficacement par les éditeurs et la fédération (en fonction de la cible, du budget).

L’enjeu de la diffusion sur la cohésion sociale

«Les Jeux, comme toute compétition sportive de grande envergure, sont une fenêtre précieuse pour donner à voir des athlètes de diverses origines et cultures. Ils sont, par ailleurs, l’occasion de véhiculer des valeurs positives de fraternité, à l’instar de ce qui s’est produit lors de la Coupe de monde de football organisée en France en 1998. Toutefois, l’expérience montre que, lors de compétitions sportives internationales, des propos discriminatoires, voire racistes, peuvent s’insinuer dans les commentaires sportifs. (…) Le Conseil estime qu’un travail de pédagogie et de rappel des dispositifs existants en matière de respect des droits et libertés ainsi que de lutte contre les discriminations serait nécessaire en vue de la tenue des Jeux à Paris en 2024».

L’enjeu le développement du sport féminin

«Les Jeux olympiques, et dans une moindre mesure les Jeux paralympiques, en ce qu’ils sont des événements internationaux majeurs et mixtes auxquels des milliers d’athlètes participent, qui jouissent d’une exposition médiatique sans équivalent, sont des moments privilégiés pour, d’une part, donner une plus grande visibilité à la pratique sportive féminine sur les antennes et, d’autre part, veiller à la juste représentation des femmes participant ou intervenant dans les programmes sportifs (…). Le Conseil continuera d’inciter les éditeurs à exposer encore davantage les compétitions sportives féminines et à améliorer la représentation des femmes dans les programmes sportifs dans la perspective de la tenue des Jeux à Paris en 2024».

L’enjeu le développement de l’handisport

«Deux enjeux majeurs tiennent à la diffusion des Jeux paralympiques : la compréhension des disciplines paralympiques par le grand public et la retransmission audiovisuelle des épreuves. Les médias audiovisuels devront faire preuve de pédagogie pour expliquer les règles des disciplines et la nomenclature des catégories de handicap. Des améliorations relatives à la diffusion des Jeux paralympiques devront aussi être mises en place s’agissant notamment du volume de retransmissions, de l’accès aux droits et de la diffusion d’images dans le cadre du droit à l’information sportive».


Qui détient les droits TV des Jeux Olympiques ?

«En 2011, France Télévisions a acquis pour la France la totalité des droits de retransmissions des Jeux olympiques d’été et d’hiver de 2014 à 2020 pour un montant de l’ordre de 40 à 50 millions d’euros par événement selon la presse. Pour les Jeux olympiques de Rio 2016, France Télévisions a vendu au groupe Canal Plus le droit de co-diffuser intégralement les Jeux sur ses chaînes payantes. Le groupe public avait déjà sous-licencié les droits de co-diffusion de certaines compétitions à Be In Sports en 2012. Les groupes Canal Plus et Eurosport exploitaient les droits des Jeux olympiques, notamment d’été en 2000 (Sydney), 2004 (Athènes) et 2008 (Pékin), dans le cadre d’un accord avec l’UER».

«En 2015, le groupe américain Discovery Communications, qui détient notamment les chaînes Eurosport, a annoncé l’achat de l’intégralité des droits de diffusion en Europe (télévision gratuite et payante, internet et mobile) des Jeux olympiques d’hiver 2018 et 2022 et de ceux d’été 2020 et 2024. Pour la diffusion en France, Discovery n’a pu acheter que les droits de diffusion des Jeux olympiques de 2022 et 2024, le groupe France Télévisions ayant déjà acquis ceux des Jeux olympiques 2018 et 2020 et sous-licencié à Canal+ les droits des Jeux olympiques d’été 2020 pour une diffusion en télévision payante».

A qui Discovery pourrait vendre les droits TV de Paris 2024 ?

«A cette date, les groupes France Télévisions et TF1 ont déclaré publiquement leur intérêt pour retransmettre l’événement sur leurs antennes. France Télévisions est le diffuseur historique de l’événement, tandis que TF1 n’a plus retransmis de programmes autour des Jeux olympiques depuis ceux d’Atlanta en 1996 en dehors des cérémonies d’ouverture et de clôture pour Londres. Le groupe M6 pourrait également être intéressé. Le groupe Discovery pourrait décider de vendre ses droits en clair par lots en isolant les cérémonies d’ouverture et de clôture, les épreuves attractives et les sports collectifs. Il pourrait aussi envisager de co-diffuser avec une autre chaîne payante et de garder des exclusivités pour sa filiale Eurosport. Enfin, il pourrait décider de vendre un lot « mobile », comme en Italie, où le groupe a vendu ces droits mobile pour les Jeux de 2018 et 2020 à l’opérateur télécom TIM».


La diffusion télé des Jeux olympiques et Paralympiques.

  • Jeux d’été : Londres 2012
    • France Télévisions : 300 heures, 34 disciplines
    • TF1 : cérémonies d’ouverture et de clôture.
    • Eurosport : ensemble des compétitions
    • Be In Sports : tournois masculins et féminins de tennis, de basket-ball et de handball.
    • Equidia (oubliée dans le rapport du CSA) : épreuves équestres.
  • Jeux d’été : Rio 2016
    • France Télévisions : 660 heures, 35 disciplines (sur les 42 olympiques),
      plus de 33 millions de personnes ont regardé au moins une heure.

      • dont France 2 : 157 heures
      • dont France 3 : 141 heures) proposaient des épreuves en direct, des magazines et des rediffusions autour d’une diversité de disciplines tandis que les sports collectifs étaient essentiellement diffusés sur
      • dont France 4 : 137 heures (football et rugby)
      • dont France Ô : 224 heures (basket-ball, volleyball et handball).
    • Groupe Canal+ : toutes les épreuves
      • Canal+ et Canal+ Sport
      • Canal+ Décalé, rebaptisée Canal+ Rio
      • Foot+ (football), Rugby+ (rugby) et Golf+ (golf).
    • Equidia Life : épreuves équestres.
  • Jeux d’hiver : Vancouver 2010
    • France Télévisions : 166 heures (entre 18h30 et 6h du matin
    • Eurosport
  • Jeux d’hiver : Sotchi 2014
    • France Télévisions : 218 heures, 15 disciplines
  • Jeux Paralympiques sur France Télévisions
    • 2008 Pékin : 3 heures
    • 2012 Londres : 35 heures
    • 2014 Sotchi : 60 heures
    • 2016 Rio : >100 heures dont cérémonies d’ouverture et de clôture

Audiences des cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques

  • 2010 Vancouver (hiver) – France 2 : Pda 25,8% (vs Pda moyenne chaîne 20%)
  • 2012 Londres (été) – TF1 : Pda 57,8% (vs Pda moyenne chaîne 23,1%)
  • 2014 Sotchi (hiver) – France 2 : Pda 35,3% (vs Pda moyenne chaîne 10,8%)
  • 2016 Rio (été) – France 3 : Pda 20,5% (vs Pda moyenne chaîne 7,1%)

Source : Médiamat – Médiamétrie26. Traitement CSA. Audience consolidée.


Recettes publicitaires des diffusions télé des jeux olympiques

  • Londres 2012 : 14,6 M€ (brut tarif)
    • dont TF1 : 2,6 M€
    • dont France 2 / France 3 : 12 M€
      • Montants investis par annonceur
      • Coca-Cola : 1 855 720 €
      • EDF : 769 286 €
      • FDJ : 644 158 €
      • Allianz : 598 926 e
      • Asics : 555 301 €
      • Somfy : 503 011 €
      • Brossard : 472 012 €
      • McDonald’s : 451 400 €
      • Canal+ : 404 105 €
      • Visa : 289 900 €
  • Rio 2016
    • France Télévisions : 11,5 M€ nets.

Sources : Kantar Media


Recettes de la vente des droits TV des Jeux olympiques d’été au niveau mondial

  • 1988 Séoul : 0,4 Md€
  • 1992 Barcelone : 0,63 Md€
  • 1996 Atlanta : 0,9 Md€
  • 2000 Sydbey : 1,3 Md€
  • 2004 : Athènes : 1,4 Md€
  • 2008 Pékin : 1,7 Md€
  • 2012 Londres : 2,6 Md€
  • 2016 Rio : 4,1 Md€

Source : L’Express (cité par le CSA)

Répartition des revenus par poste de recettes du CIO

  • Parrainage : 45%
  • Diffusion : 47%
  • Billetterie : 5%
  • Licences : 3%

Source : Site officiel des Jeux olympiques (cité par le CSA)

 

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