L’e-sport donne des idées aux acteurs de l’événementiel

Quatre jours de montage, 30 semi-remorques, 100 tonnes de matériel accrochées au plafond dont 32 mètres d’écrans vidéo… la finale mondiale de League of Legends, qui s’est tenue dimanche 10 novembre à l’Accor Hôtels Arena de Paris devant plus de 12.000 spectateurs cumule les superlatifs. «Seul le concert de U2 a fait plus,» indique Nicolas Dupeux, directeur général de l’enceinte invité d’un débat organisé lors du salon Heavent rassemblant les professionnels de l’événementiel. Le secteur s’interroge sur le phénomène e-sport.

«Plus de 600.000 connexions simultanées ont été enregistrées à l’ouverture de la billetterie de la finale, c’est du jamais vu, poursuit Nicolas Dupeux. Personnellement, j’ai été beaucoup interrogé par les marques. De nombreux patrons, dirigeants du monde du sport, Paris 2024 compris, sont venus assister à l’événement. Tous étaient là pour observer et voir les codes de cet univers.» Retransmis en direct sur plusieurs plateformes de streaming dans le monde, la finale 2019 de League of Legends aurait enregistrée une audience «doublée par rapport celle de 2018,» confie Alban Dechelotte, directeur du sponsoring et de l’esport chez l’éditeur Riot Games. L’an passé, le même événement avait rassemblé 98 millions de personnes.

«L’e-sport, qui devient notre troisième pilier de programmation avec le sport et la musique, est une convergence entre ces deux univers mais avec des codes qui lui sont propres,» affirme Nicolas Dupeux de l’Accor Hôtels Arena. Désormais reconnue par le grand public, la discipline s’ouvre aussi à une plus large palette de sponsors. «Nous sommes à la 3e génération d’annonceurs, assure Alban Dechelotte. Les premiers ont été les entreprises du secteur informatique, puis sont arrivées des marques comme Coca-Cola, Red Bull ou Kia, intéressées par l’audience. Enfin depuis 18 mois des annonceurs viennent chercher un autre type d’association. C’est le cas de la marque d’électroménager Beko qui utilise l’e-sport pour faire passer un message sur le besoin d’une nourriture plus saine

Les limites n’existent plus

La présence de Louis Vuitton, lors de la finale mondiale de League of Legends, a également été commentée. «Oui, c’est surprenant, reconnaît le dirigeant de Riot Games. La marque est venue dans un objectif d’enrichir l’histoire et non pour placer son logo.» Pour autant l’éditeur du jeu avoue que l’e-sport et ce type d’événement ne fait pas gagner d’argent à l’entreprise. «C’est un coût, mais qui est rentabilisé de manière indirecte grâce à l’impact généré sur le jeu notamment grâce à la vente de “skins”, précise Alban Dechelotte. La finale, c’est aussi un moment dans l’année où l’on s’adresse à un public beaucoup plus large que d’habitude

Pour Ubisoft, nouveau venu dans le monde de l’e-sport avec le jeu Rainbow Six, les codes classiques ne sont plus viables dans cet univers. «Clairement, on n’est plus à l’époque où l’on posait le logo de la marque partout, ajoute François-Xavier Denièle, directeur de l’e-sport EMEA chez le géant français du jeu vidéo. Il faut avoir des histoires à raconter à l’annonceur.» C’est aussi le cas pour les événements. Ubisoft s’est ainsi associé à Life Nation. «On travaille avec des professionnels du spectacle et du divertissement, commente François-Xavier Denièle. Le but n’est pas d’organiser une compétition mais un festival.» Une idée partagée par l’Accor Hôtels Arena. «En e-sport les limites techniques et technologiques n’existent plus, lance Nicolas Dupeux le DG de l’enceinte parisienne. A nous d’adapter nos infrastructures afin d’accueillir les folies de cette créativité.» En événementiel, le virtuel n’aura jamais été aussi proche du réel grâce à l’e-sport.

© SportBusiness.Club Novembre 2019


L’e-sport et les Jeux olympiques

Interrogé sur le souhait ou non d’intégrer l’e-sport au programme des Jeux olympiques, Alban Dechelotte, patron de l’e-sport chez l’éditeur Riot Games assure que cette perspective lui plairait. «C’est un rêve personnel, mais nous en sommes loin, commente-t-il. Je souhaite que nos joueurs aient une reconnaissance du monde sportif, mais l’arrivée de l’e-sport aux Jeux bute sur des complexités techniques. Et puis, a-t-on réellement besoin d’un événement comme les Jeux olympiques ? Peut-être pourrions nous imaginer d’autres événements, comme une compétition de nations.» François-Xavier Denièle, d’Ubisoft, estime aussi que le chemin pour intégrer les Jeux risque d’être long. «Il y a des problématiques d’éditeurs à résoudre, affirme-t-il. Et puis il y a aussi les valeurs de l’olympisme à respecter.» Ce qui exclut du périmètre tous les jeux de tirs et de combats.