Global Sports Week : le sport dans tous ses états

Avec plus de 1.500 personnes inscrites, la première édition de la Global Sports Week peut déjà être considérée comme une réussite. Un pari gagné par le trio d’organisateurs, Lucien Boyer, Laurent Damiani et Arnaud Drijard dont l’événement a reçu l’agrément d’Emmanuel Macron. «J’ai le plaisir d’ouvrir cette Global Sports Week en lieu et place du Président de la République, s’est réjoui Roxana Maracineanu, ministre des Sports. Il est important que cet événement qui permet de mieux appréhender l’impact du sport ait lieu en France.» La ministre, qui a assisté à une grande partie des présentations matinales, au Carrousel du Louvre à Paris, est également revenue sur les affaires sexuelles qui bousculent actuellement le sport français : «Il est essentiel quand un parent confie un enfant à un club que le sport prenne soin de lui,» a-t-elle déclaré.

La conférence d’ouverture a évoqué les innovations et virages dans lesquelles le mouvement sportif doit s’engager, mais également de la place de l’athlète lui-même. «Ils doivent prendre la parole,» a insisté Roxana Maracineanu. La ministre des Sports verrait bien d’ailleurs une présence des sportifs de haut niveau au sein de la gouvernance des fédérations sportives. Un point qui pourrait figurer dans la future loi sport. «Nous encourageons nos athlètes à s’exprimer et être activistes,» a confirmé Andrew Parsons, président du Comité international paralympique.

Tous les participants sont persuadés de l’importance de la résonance du sport et des grands événements auprès des publics. «Le sport est arrivé à un moment crucial, a estimé Tony Estanguet, président de Paris 2024. La puissance du sport peut être utilisée pour porter des messages, mais cela doit se faire de la meilleure façon possible.»

Les futures générations

Pour faire bouger les choses, il faut des moyens financiers, et sur ce point, justement, attention aux investissements. «Il y a un gros changement qui se produit, nos sociétés pensent aux actionnaires, mais ce dont nous parlons depuis un an, c’est comment cela peut avoir un impact sur la société, c’est même plus que de la philanthropie : nous devons investir dans les impacts sociaux pour les futures générations,» a affirmé Tracey Russell, directrice des opérations chez Mc Court, le propriétaire de l’Olympique de Marseille, quelques minutes plus tard lors d’une table ronde.

Une position que partage Andreas Zagklis, secrétaire général de la Fédération internationale de basket-ball : «Si le sport devient juste quelque chose où l’on pense gagner de l’argent, c’est fini, a-t-il déclaré. Au-delà du divertissement, les héros du sport sont nos modèles car ils transmettent des valeurs en dehors des terrains. Il faut générer des ressources par nos sports pour les réinvestir dans le développement, c’est-à-dire vers les nouvelles générations.»

La colère de Matt Biondi

Le sport revient au centre du sujet. Mais la pratique évolue aussi. «Ce qui est important, c’est de donner un sens aux différentes expériences sportives comme l’organisation d’une course à pied associée à la collecte de plastiques pour sauver l’océan,» a indiqué Alberto Uncini Manganelli, Directeur général Running chez Adidas. Les marques ont d’ailleurs leur mot à dire, et pas seulement sur les aspects compétitions : «La clé pour améliorer l’impact des sports dans la société passera par davantage de collaboration entre les fédérations sportives, les citoyens et les marques, a déclaré Julie Harrington, directrice générale de British Cycling. Cela va demander des efforts et du temps.»

Le sport au centre et les athlètes dans l’hyper centre. Le dernier grand débat de la journée s’interrogeait sur le rôle des sportifs eux-mêmes devenus des supports de communication pour les marques. Attention tout de même à ne pas se perdre dans les priorités. «Pour moi le kayak vient en premier, a raconté Nouria Newman, championne du monde de kayak extrême. Les réseaux sociaux c’est après. Je ne suis pas une influence : je suis une sportive de haut niveau qui se concentre sur sa carrière. Je suis triste quand je vois beaucoup de jeunes qui pensent d’abord à faire le bon contenu. Ils se coupent de la compétition

Matt Biondi, lui se réjouit de ne pas avoir connu les réseaux sociaux à son époque. Retraité, l’ancien champion de natation se préoccupe toujours de la condition de vie des athlètes : «Quand on parle de Jeux olympiques on parle de milliards de dollars, or les athlètes n’ont rien en retour alors qu’ils mériteraient une part du gâteau, a clamé l’Américain. Il y a-t-il des dans le monde des sociétés qui gagnent autant et ne reversent rien à leurs employés ?» Un vrai coup de gueule pour terminer une journée de conférences.

Avec Pascale Baziller
©️ SportBusiness.Club Février 2020