L’Euro 2018 de handball se jouera à la Philharmonie

Le championnat d’Europe de handball féminin, que la France organisera du 29 novembre au 16 décembre 2018, écrit sa partition. Lundi 19 mars, le comité d’organisation, aidé par les agences Infront France et MKTG, a signé un partenariat avec la Philharmonie de Paris. L’accord est original : d’une part il associe les mondes de la culture et du sport, d’autre part il va plus loin que la simple réalisation de l’hymne de la compétition.

La chanson officielle est l’aspect le plus visible de cette collaboration innovante. Le choix s’est porté sur un extrait de Peer Gynt, oeuvre du compositeur Edvard Grieg, un Norvégien. «Un clin d’oeil», indique, amusée, Blandine Dancette, ailière droite de l’équipe de France, championne du monde en décembre 2017 après avoir battu en finale… la Norvège ! C’est l’extrait le plus connu et populaire de cette pièce du 19e siècle qui a été retenu : “Dans l’antre du roi des montagnes”.

Cette musique sera jouée en ouverture des 47 matchs de l’Euro 2018, et sera même interprétée cinq fois en direct par des orchestres Démos (1), un dispositif mis en place depuis 2010 par la Philharmonie à destination des enfants de 7 à 12 ans. Installé sur le parquet des arénas, une centaine de jeunes musiciens sera ainsi chargésde chauffer la salle avant les matchs. On est loin des sons électro-pop de Feder, le DJ choisi pour mettre en musique le championnat du monde masculin en France, début 2017.

«Nous ouvrons un nouvel univers»

D’ici le début du tournoi, un millier d’enfants, 475 handballeurs en herbe et autant de jeunes musiciens, se retrouveront pour des “journées découvertes” : la matinée consacrée au handball, l’après-midi à la musique. Ces événements se tiendront entre avril et juin à Brest, Montbéliard, Nancy, Nantes et Paris, les cinq villes hôtes de l’Euro. En parallèle, les joueuses de l’équipe de France assisteront à des concerts et les jeunes sociétaires des orchestres Démos seront, eux, invités à venir encourager les Bleues lors des matchs. Enfin, durant l’Euro, la diffusion d’une rencontre à la Philharmonie dont les images seraient accompagnées par la musique de l’orchestre classique, est en projet. Cela a déjà été réalisé lors de l’Euro 2016 de football.

«Notre projet est un pari audacieux, reconnaît Sylvie Pascal-Lagarrigue, présidente de l’Euro 2018. Nous ouvrons un nouvel univers. C’est une première dans l’histoire du sport français». Et pourtant, les analogies entre le sport et la musique sont nombreuses. «D’une part, la musique est présente dans toutes les salles de handball, elle rythme les matchs, poursuit-elle. Et, comme dans une équipe composée d’individualités, en musique, sans orchestre le soliste disparaît». Les Bleues seront dans les meilleures conditions pour bien répéter leurs gammes dans le but de remporter le titre européen devant leur public.


Ne pas opposer culture et sport

Président de la Philharmonie de Paris, Laurent Bayle privilégie une stratégie d’ouverture pour son établissement. Le sport est un des leviers qu’il actionne. «Mon objectif est de ne pas couper la musique des citoyens, explique-t-il. Le sport et la musique ne doivent pas s’opposer. C’est pour cette raison que nous organisons, au-delà de 500 concerts par an, des expositions ou des ateliers pédagogiques à destinations des enfants. Comme dans le sport, la musique se raisonne en collectif. C’est une mentalité qui s’acquiert dès le plus jeune âge». La création des orchestres Démos, destinés aux enfants de quartiers défavorisés, répond à cette mission. «Nous visons plus de 100 orchestres dans toute la France à l’horizon 2020/2022, poursuit Laurent Bayle. La volonté de la fédération et de la Philharmonie en s’associant autour de l’Euro 2018 est clairement une volonté à dimension sociale. La culture, la musique et le handball partagent ensemble une force qui est celle pouvant se dégager du collectif. Je pense que si l’on met cette force au service des enfants, on peut obtenir des effets très positifs dans la formation du futur citoyen». Enfin, Laurent Bayle insiste sur le fait que le rapprochement entre le sport et la structure culturelle qu’il préside ne date pas d’aujourd’hui : «C’est ici, à la Philharmonie, qu’a été lancée officiellement la candidature de Paris pour les Jeux olympiques de 2024», rappelle-t-il.

A regarder : interview vidéo de Laurent Bayle. Il explique pourquoi la culture et la musique peuvent s’inspirer du sport.