JO 2018 : Coup de froid sur les médias

Température -10 degrés, ressentie -20°. Ce n’est vraiment pas un temps à mettre un journaliste dehors. Pourtant, ils seront encore plusieurs centaines ce lundi 12 février à se grelotter aux pieds des pistes olympiques de Pyeonchang, en Corée du Sud. Des conditions extrêmes, qu’ils ont dû apprivoiser, comme les compétiteurs ou les spectateurs d’ailleurs. Souvent, c’est le recours au système D. «Nous avons des housses isothermes pour les caméras, mais je préfère ajouter une chaussette polaire que j’ai adapté», explique Benoît de Tugny, JRI à France 3 Montpellier, détaché spécialement sur les Jeux olympiques.

Grand froid et matériel électronique ne font pas vraiment bon ménage. «Il y a un vent terrible, qui te prend vraiment la tête, c’est un truc de fou, et à cause de ce froid, les piles se consomment deux fois plus vite que d’habitude, commente Julien Richard, reporter à RMC Sport. Les câbles des micros durcissent aussi. C’est un peu pénible, mais on y arrive».

-27° à Lillehammer

Caméras et enregistreurs numériques ne sont pas à la noce à Pyengchang, comme les appareils photos. «Les boîtiers professionnels sont prévus pour pouvoir travailler dans les latitudes de température importantes entre -30 et +50 degrés et il n’y a aucun effet sur la qualité de la prise de vue, donc pas de problème particulier si ce n’est les batteries qui durent moins longtemps dans le froid», indique Philippe Millereau. Le photographe couvre les J.O. depuis 1992 et avoue avoir vécu pire. «Le plus gros froid subi était aux jeux de Lillehammer en 1994, où il faisait -27° le jour de la descente hommes», se souvient-il.

Pour garantir les meilleures images, le matériel est aux donc petits soins. «Sur la zone arrivée, on bouge beaucoup, on passe du froid des tribunes aux tentes chauffées montées pour les médias, du coup, il peut y avoir de la buée sur les objectifs, indique Benoît de Tugny de France Télévisions. Il faut donc prévoir un temps d’attente avant une prise de vue. Moi, je préfère laisser la caméra allumée, cela dégage un peu de chaleur et réduit la buée. Quant à la batterie de secours, elle est au chaud, dans mon blouson».

Plus le thermomètre descend, plus le matériel souffre… les journalistes aussi, surtout les reporters en “zone mixte” chargés de recueillir les premiers mots des athlètes après leur arrivée. Et ça peut durer un certain temps. «Franchement, oui, j’ai eu froid, avoue Julien Richard de RMC Sport. Rester sur-place, comme ça, sans bouger, c’est compliqué. Alors, de temps en temps, j’allais me réchauffer un peu dans la tente médias».

Des moufles Kodak de Nagano 1998

Du coup, pas d’autres alternatives que de très, très bien se couvrir. Et de ne pas trop penser aux conditions climatiques. «Ce soir [dimanche], j’étais sur la zone mixte du biathlon, et il faisait effectivement très froid, raconte David Sandona, commentateur sur France Télévisions. Mais quand tu es concentré sur ton travail c’est un peu comme si ta tête avait oublié de te le signaler. Heureusement, l’équipement qui nous a été fourni est vraiment de bonne qualité et chaud. Personnellement, j’ai juste pris ma paire de moufles car j’ai souvent froid aux doigts et j’y mets des ”chauffrettes” dedans». Ces petits chauffe-mains réutilisables sont devenus les meilleurs amis des journalistes de terrain.

Rien de mieux aussi qu’un équipement personnel éprouvé et parfaitement adapté aux conditions de travail. «J’utilise toujours des chaussures achetées aux Jeux de Vancouver en 2010 et une paire de mouffles offerte par Kodak lors des Jeux de Nagano en 1998, rapporte le photographe Philippe Millereau. Ils ont la particularité d’avoir un gant à l’intérieur, de s’ouvrir en deux et d’avoir une fente sur l’index droit et le pouce pour pouvoir accéder aux réglages de l’appareil». Astucieux.

«Même si j’ai la chance d’être jurassien et d’habiter à 4 km de Mouthe, considéré comme le village le plus froid de France, j’avoue que cet après-midi j’avais la bouche un peu engourdie, et que je me suis dit que ça allait être difficile pour la prononciation», rigole David Sandonna. Son confrère de France Télévisions, Benoît de Tugny relativise aussi : «Oui, on a froid sur le coup, mais franchement, on a la chance de faire un travail extraordinaire, et puis, le soir, à l’hôtel, une bonne douche, et on oublie tout ça».