La Coupe du monde en chiffres

Le mondial de football en Russie débute vendredi 14 juin en Russie et ce sera un tsunami économique, prévoient les instituts d’études. L’événement qui va mobiliser la planète sport durant un mois aura en effet de fortes répercussions sur la consommation des médias et des biens de consommation… ainsi que sur la productivité dans les entreprises. Compilation et synthèse des principales enquêtes publiées en amont de l’événement.


Qui va regarder la compétition ?

Une Coupe du monde de football, ça ne laisse quasiment personne indifférent. En France, près des deux tiers des personnes (64%) indiquent qu’ils regarderont au moins quelques matchs de la compétition, dont 18% seulement les matchs de l’équipe de France, d’après une enquête Yougov publiée par Huffpost. Ils sont même 18% à affirmer vouloir voir tous les matchs ! Les deux-tiers des hommes (76%) et un peu plus de la moitié des femmes (52%) indiquent qu’ils regarderont le mondial. (Sondage effectué en ligne auprès de 1000 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus sur le panel propriétaire Yougov France, du 1er au 4 juin 2018 selon la méthode des quotas)

Pour Kantar Media, qui a dressé le portrait du fan de la Coupe du monde de football en Europe, c’est l’Allemagne qui compte le plus d’aficionados pour le mondial russe (65%), devant l’Espagne (51%), la France (47%), soit 19 millions de personnes, et l’Italie (39%)… dont les supporteurs sont certainement démobilisés car la “squadra azzurra” n’est pas qualifiée. L’Angleterre n’apparaît pas. (Source : TGI Europa 2017 R2). En Europe, le fan du mondial russe est à 67% un homme, et 33% une femme.

La Coupe du monde au boulot

Ces fans là, selon Kantar Media sont un quart (25%) à déclarer aller dans les stades pour voir des matchs de football (30% des hommes et 16% des femmes), et 20% à pratiquer la discipline (27% des hommes, 7% des femmes). Attention aussi à la baisse de la productivité. Dans les entreprises françaises, 14,6% des femmes et 26,8% des hommes auraient l’intention de regarder des matchs de l’équipe de France sur leur lieu de travail selon une étude publiée par l’agence de travail temporaire Mistertemp. Heureusement pour les patrons, cette envie concernerait surtout les Bleus, car seuls 3% des femmes et 11,3% des hommes affirment qu’ils suivront aussi les matchs de la Coupe du monde d’autres équipes au boulot. (Étude par e-mailing auprès de 210 000 utilisateurs de la base MisterTemp’ entre le 1er et le 6 juin 2018).

D’autres employés préfèrent prendre leurs précautions. D’après Yougov, 10% des Français (15% des hommes) ont dans le passé déjà posé un jour de congé pour regarder un match de la Coupe du monde. Pourquoi ? Simplement parce que 72% des interviewés pensent que leur hiérarchie n’acceptera pas d’aménager les horaires de travail pour leur permettre de regarder un match.


Comment va-t-on suivre la Coupe du Monde ?

Le bon vieux téléviseur a encore de beaux jours devant lui. D’après Mobvalue-Happydemics, 66% des Français déclarent vouloir suivre la Coupe du monde et 93% d’entre eux comptent le faire à la maison, devant sa télé. Toutefois, 84% affirment qu’ils utiliseront aussi leur téléphone mobile, notamment pour suivre les résultats pendant les matchs (46%). Ces taux sont deux fois plus élevés chez les moins de 35 ans. (Etude Mobvalue-Happydemics du 23 au 28 mai 2018 auprès de 1189 répondants, l’échantillon étant redressé sur la base de la population française).
L’institut d’études DCMN indique de son côté que 84% des Français prévoient de regarder la Coupe du Monde : 66% suivront les matchs à la maison, en famille ou avec des amis, 41% pourraient aller ailleurs, notamment chez des amis, dont quart dans un bar. Si seulement 27% des femmes affirment qu’elles pourront regarder seule un match, cette perspective ne dérangerait pas 57% des hommes. L’étude montre aussi que 41% utiliseront un réseau social pour suivre le mondial.

La Coupe du monde à la télé et sur TF1

Une étude de Dentsu Aegis confirme que 98% des Français qui suivront la Coupe du monde le feront en regardant la télévision et 94% seront branchés sur TF1, seule chaîne en clair à diffuser des matchs, 28 au total, dont ceux de l’équipe de France. Derrière arrivent L’Equipe.fr (57%) et la radio RMC (52%), juste devant Facebook (46%), l’Equipe journal (45%) et Be In Sports (42%), qui programmera l’intégralité de la compétition. Cette enquête montre aussi que 27% des 15-34 ans ont l’intention de souscrire un abonnement à une chaîne (Enquête auto-administrée réalisée à J-100 avec le panel 1001 Opinions de Dentsu Aegis auprès de 3335 individus âgés de 15 ans et plus).

Kantar Media a calculé qu’en Europe 82% des fans de la Coupe du monde regardent des matchs de football (84% des hommes et 78% des femmes), et que 25% lisent dans la presse des articles consacrés à la discipline (30% des hommes, 14% des femmes). (Source : Kantar Media, base TGI France 2017 R2). Toutefois, rapporte Zenith, le pôle expertise média de Publicis, «environ 40% des téléspectateurs mondiaux ne pourront pas suivre les matchs en direct en raison du décalage horaire» en soulignant malgré tout que «la Coupe du Monde devrait permettre de réunir environ 3,5 milliards de téléspectateurs dans plus de 200 pays».

Quant au supports numériques et mobiles, ils seraient utilisés par un quart (25%) des 11-20 ans dans le monde pour suivre la Coupe du monde, note Nielsen Sport dans son World Football Report qui étudie un vingtaine de pays. Ce taux s’élèverait à 19% chez les 21-34 ans et 15% chez les 35-49 ans. Les plus accros au portable seraient les chinois (35%), devant les Indiens (28%) et les Russes (24%). En France seuls 6% déclarent avoir l’intention de voir le mondial sur un smartphone ou une tablette.


Qui s’intéresse au football ?

Plus généralement, selon l’étude World Football Report de Nielsen Sport, 43% de la population mondiale, c’est-à-dire 736 millions de personnes dans la vingtaine de territoires étudiés en 2017, se déclarent intéressés par le football. La discipline devance le basket-ball (36%) et un groupe constitué par l’athlétisme, le tennis les sports mécaniques et le cyclisme (entre 24% et 27%). C’est dans les Emirats arabes unis que l’on est le plus intéressé par le foot (80%), devant la Thaïlande (78%), le Chili, le Portugal et la Turquie (75%). La France est en queue de ce classement, avec seulement 50% de la population intéressée par la discipline, juste un point de moins qu’au Royaume-Uni.

Au niveau mondial, 54% des hommes se déclarent intéressés par le football, et 31% des femmes. Sur cette population féminine, la discipline devance le basket-ball (28%), l’athlétisme (26%) et le tennis (25%). Nielsen Sport rapporte que le public du football se réparti entre 64% d’hommes et 36% de femmes, soit environ dans la moyenne des autres sports, exceptés le tennis et l’athlétisme dont le rapport est de 55%/45%.


Que vont consommer les supporteurs du mondial ?

Coupe du monde de football et alimentation équilibrée ne forment clairement pas la meilleure équipe. Pizza, bière et junk-food sont au menu des supporteurs de football. Ainsi, Kantar Media a repéré que 69% des fans français du mondial fréquentent les fast-food, dont une majorité (51%) l’enseigne McDonald’s, sponsor de l’édition 2018 en Russie, 18% KFC, partenaire de l’équipe de France, et 16% Quick. Ces fans sont 56% à boire du Coca-Cola, partenaire de la FIFA, 27% de l’Orangina, 22% du Fanta, 18% du Schweppes et, seulement, 13% du Pepsi, partenaire de la Ligue des Champions.

La boisson préférée des fans de la Coupe du monde est toutefois la bière : 66% d’entre eux, soit 12 millions de personnes, en consomment. Près d’un tiers (32%) a une préférence pour la 1664, et un peu plus d’un quart (26%) pour Heineken (Source : Kantar Media, base TGI France 2017 R2). Le tout, selon une étude Harris Interactive, pourra être soit rapporté à la maison pour suivre le match, 17% vont davantage le faire, soit livré à domicile, 11% vont davantage le faire.

Et c’est plutôt dans les bars que le supporteur français ira consommer. Selon le cabinet NPD, en 2016, lors de l’Euro, les bars et cafés avaient enregistré 25% de leur fréquentation en soirée, soit 5 points de plus que d’habitude. NPD note que les pubs et bars «avaient bénéficié de l’affluence de la population masculine en particulier, représentant deux tiers des visiteurs le soir contre 52% lors des périodes “normales”». L’Euro avait également boosté la fréquentation des plus de 55 ans dans les brasseries les soirs de matchs : cette tranche d’âge représentait 40% des visites pendant les matchs contre un tiers en temps normal. Les cafés, bars et pubs avaient durant l’Euro 2016 enregistré une affluence des jeunes, surtout des 18-35 ans, qui ont représenté 25% des visites durant la compétition, contre 18% habituellement.


Que vont acheter les supporteurs du mondial ?

Avant une Coupe du monde, traditionnellement, le supporteur de football refait sa garde-robe, comme le note le cabinet NPD qui affirme que «la Coupe du monde de football apporte un point de croissance supplémentaire au marché du sport par rapport à une année sans tournoi mondial». Ainsi, l’événement russe devrait contribuer à faire croître le marché du sport de 1% soit plus de 560 millions d’euros pour les cinq plus gros pays européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie et Espagne).

En 2014, lors de la Coupe du monde au Brésil, NPD avait mesuré une croissance de 9% des ventes de maillots par rapport à l’année précédente, en moyenne sur les cinq grands pays européens et avec un pic de +29% sur les six premiers mois de l’année. L’observation est identique pour les ventes de ballons où la croissance pourrait être de 50% en juin 2018. NPD rapporte que l’Euro 2016 avait fait augmenter de 16% les ventes des maillots de football par rapport à 2015, de 3% celles des chaussures de football et de 25% celles des ballons.

De son côté, Kantar Media que 40% des «fans» qui «surconsomment les marques de sport» ont une préférence pour Adidas, partenaire de la FIFA, contre 21% pour Nike, équipementier des Bleus (Source : Kantar Media, base TGI France 2017 R2). Une observation confirmée par DCMN dont l’étude affirme que 40% des Français associent spontanément Adidas à la Coupe du monde, contre 33% pour Nike. Puma est loin derrière avec 6%. Sur cette base, Coca-Cola est associé à 28% avec le mondial, Mcdonald’s à 6% et les constructeurs automobiles Hyundai et Kia, à 4%. Ces trois marques sont sponsors officiels de la Coupe du Monde.

Une préférence pour les marques sponsors

L’étude Mobvalue-Happydemics assure que 50% des moins de 30 ans se déclarent sensibles aux offres commerciales des marques dédiées au Mondial et prêts à se déplacer en magasin pour en bénéficier. D’ailleurs, les fabricants estiment que les ventes de téléviseurs pourraient en cette année de Coupe du monde atteindre 5,2 millions d’unités, contre 4,7 millions l’an passé, soit un demi-million de plus. L’ultra haute-définition, le nouveau standard de diffusion adopté par TF1 pour les 28 matchs que la chaîne va retransmettre, est un élément qui pourrait décider les foyers à changer leur équipement.

Plus généralement, le World Football Report de Nielsen Sport observe que près de 57% des personnes intéressées par le football estiment qu’une marque sponsor est plus proche du public, contre 50% parmi la population générale. Mieux, 51% de ceux qui s’intéressent au football favoriseraient même le produit d’un sponsor plutôt que celui d’un non-sponsor si le prix et la qualité étaient les mêmes, contre 41% pour la population générale.


Que va rapporter la Coupe du Monde ?

En Russie, l’impact économique de la Coupe du monde a été évalué à 30,8 milliards de dollars (26,2 milliards d’euros) sur dix ans, de 2013 à 2023, selon les organisateurs du mondial, indique l’agence Associated Press. Les dépenses directes de l’événement s’élèveront à 11 milliards de dollars (9,4 milliards d’euros), un montant qui ne tient pas compte des infrastructures construites pour la Coupe du monde. Environ 220 000 emplois ont été créés.

Les médias vont aussi bénéficier économiquement de la Coupe du Monde. L’événement devrait générer 2,4 milliards de dollars (2 milliards d’euros) d’investissements publicitaires en 2018 au niveau mondial selon les prévisions de Zenith. La branche expertise média du groupe Publicis a estimé «à la fois des investissements supplémentaires réalisés par les annonceurs cherchant à atteindre les audiences créées par l’événement, mais aussi des réductions éventuelles réalisés par les annonceurs souhaitant éviter cette période concurrentielle». La Coupe du monde représenterait 10% de la croissance du marché publicitaire mondial.

En Russie, où se tiendra le mondial, l’augmentation sera de 64 millions de dollars (54,5 millions d’euros) soit 2,1% du total des investissements publicitaires de l’année. En Chine, ce montant serait de 835 millions de dollars (710,7 millions d’euros) et aux Etats-Unis de 400 millions de dollars (340,4 millions d’euros).


Qui va gagner la Coupe du Monde ?

Les supporteurs français sont raisonnables : seuls 13% voient l’équipe de France remporter la Coupe du monde, selon Yougov. Au total, 22% estiment que les Bleus seront en finale, et 40% pensent qu’ils atteindront le stade des demi-finales. Seuls 4% sont très pessimistes en pariant le fait que l’équipe de France ne passe même pas le premier tour. En dehors des Bleus, les Français comptent, durant le mondial russe, suivre les matchs de l’Allemagne (39%), de l’Espagne (38%) et du Brésil (35%), les trois seules équipes au-dessus de 30% (Sondage effectué en ligne auprès de 1000 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus sur le panel propriétaire Yougov France, du 1er au 4 juin 2018 selon la méthode des quotas).
Après l’analyse d’un million de scénarios, la banque américaine Goldman Sachs prédit, elle, une victoire finale du Brésil lors de cette Coupe du monde, face à l’Allemagne en finale. La France, qui aurait une probabilité de 11,3% d’être championne, attendrait les demi-finales.

Enfin, avant le coup d’envoi, l’équipe de France a tout de même remporté un trophée : celui de l’effectif le plus cher selon les calculs de l’Observatoire du football. A ce jeu, les Bleus, avec une valeur de 1,410 milliard d’euros calculée selon les montants des transferts des joueurs sélectionnés, devance l’équipe d’Angleterre (1,336 milliard) et celle du Brésil (1,269 milliard). Pas sûr que cette statistique soit suffisante pour que les Français puissent se payer une deuxième Coupe du Monde.