La RSE nouvelle pierre angulaire du sponsoring voile

Voile

Dépassement de soi, technologie, aventure et écologie. Les marques investissent dans le sponsoring voile principalement pour ces valeurs. Toutefois, la discipline sportive sait qu’elle n’est pas aussi verte et vertueuse que l’image qu’elle renvoie. Les événements déplacent beaucoup de spectateurs, soit autant de pollueurs, et les bateaux de course utilisent des matériaux composites ni vraiment écologiques et ni vraiment durables. Alors, certains veulent prendre le taureau par les cornes tout de suite.

«Nous avons décidé de mettre le développement durable au cœur de notre événement», déclarait Anne-Cécile Turner, responsable de l’innovation durable de l’Ocean Race (ex-Volvo Ocean Race) le 17 septembre dernier lors du colloque Tip & Shaft Connect. «Aujourd'hui, personne ne peut prétendre être complètement durable, a-t-elle affirmé. Mais, nous avons la chance avec notre sport et nos organisations d’avoir des micros qui se tendent vers nous. A nous de porter les messages

Pour sa prochaine édition, l'Ocean Race mettra en place des règles drastiques qu’il faudra appliquer et auront valeur d’exemple. «Nous demanderons aux marins un pourcentage d’énergie propre sur les bateaux et un travail sera mené pour lancer un plan d’action au niveau de la construction durable des bateaux, a précisé Anne-Cécile Turner. Le Village de l’Ocean Race sera un oasis végétal où le transport électrique sera privilégié et le plastique à usage unique interdit. Mais, il y a encore du boulot…»

Une volonté RSE que doit partager les sponsors

Pour les organisateurs, pas facile aujourd’hui, en effet, d’être 100% vert et vertueux. La Transat Jacques Vabre qui part dimanche 27 octobre du Havre n’arrivera pas à cet objectif. «Nous sommes engagés dans un programme de développement durable depuis 2007, a expliqué Gildas Gautier, délégué général de l’organisation. Nous mettons en place une quarantaine d’actions autour des problématiques RSE (Responsabilité sociale des entreprises). C’est une conviction profonde que l’on partage tous dans l’organisation et nous souhaitons la partager avec nos partenaires qui doivent aussi s’engager.»

Une stratégie environnementale doit être partagée et relayée par les sponsors de l’événement, confirmait Marine Derrien, directrice des opérations chez OC Sport Pen Duick : «On essaie de limiter l’impact aussi bien des partenaires, du public et des marins, précisa-t-elle. Pour la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, nous avons essayé de mettre en place des actions qui avaient du sens et d’engager tout l’écosystème autour de cette stratégie.» C’est le cas, par exemple, sur le volet éducatif avec l’édition d’un kit pédagogique destiné aux écoles et réalisé en partenariat avec Fondation de la Mer lors de la Route du Rhum. «Ce mouvement n’est pas assez partagé par les institutionnels, regrettait Marine Derrien. En revanche, les marins nous poussent dans cette démarche

Bouygues s’efface du naming du bateau

C’est le cas de Stéphane Le Diraison. Le skipper sera sur la Transat Jacques Vabre avec un bateau baptisé de Time For Oceans. Pour lui, le rôle des sponsors est important. Beaucoup exprimeraient la volonté de s’inscrire dans une stratégie RSE. «Quand les discussions ont commencé avec Bouygues Construction, j’ai dû les convaincre de l’intérêt médiatique d’un projet en Imoca, a raconté le marin. Quand j’ai été présenté au directeur général, il m’a parlé lui-même du lien entre le bateau, le projet et le message pour la planète. Nous avons créé la marque Time for Oceans ensemble avec Bouygues, Suez et la ville de Boulogne. C’est un levier extrêmement puissant pour ce message car les entreprises ont un rayonnement international

Un discours auquel a adhéré son nouveau partenaire financier, Bouygues Construction, mais qui a choisi, donc, de ne pas s’afficher en naming sur le bateau de Stéphane Le Diraison. «L’environnement est une question importante car nous sommes conscients de l’empreinte de nos activités, indiquait Niki Fontaine, directrice communication Bouygues Bâtiment France-Europe. Mais il n’était pas question que ce sponsoring soit du green washing. Pour nous, c’est le projet qui est important plus que la visibilité, même s’il faut un levier business à tout partenariat.»

En interne, chez Bouygues le skipper donne des conférences auprès des collaborateurs de l’entreprise autour des problématiques RSE, notamment sur les aspects de bien-être au travail, du sommeil ou de la nutrition. «C’est très dur de vérifier le retour sur investissement pour ce type d'opération, poursuit la dirigeante de Bouygues Bâtiment. Toutefois, un vrai partenariat naît d’une vraie conviction et doit cocher des cases de levier de business pour fonctionner.» L’accord signé avec Stéphane Le Diraison, qui sera au départ de la Transat Jacques Vabre dimanche 27 octobre, est de trois ans, jusqu’au Vendée Globe.

Avec Servane Dorléans
© SportBusiness.Club Octobre 2019