«l’Agence du sport dans sa phase opérationnelle»

Institutionnel

Interview : Frédéric Sanaur. Le directeur général de l’Agence nationale du sport, officiellement lancée depuis le 24 avril dernier, a organisé la troisième Assemblée générale de la nouvelle instance, et son troisième Conseil d’administration, mardi 8 octobre dans les locaux de l’Insep, à Paris. La structure se met en place. Il a été question de budget, de l’organisation territoriale du sport en France, mais aussi de data et d’e-sport.

Après un peu moins de six mois d’existence, l’Agence nationale du sport a-t-elle prise sa place dans le mouvement sportif français ,

Frédéric Sanaur : «Oui. Je pense qu’elle a pris sa place et que celle-ci sera de plus en plus importante, mais c’est un travail de tous les jours. Pendant plusieurs mois, en raison notamment des recours au Conseil d’Etat, il a existé une incertitude sur la pérennité de l’Agence. Aujourd’hui, la phase institutionnelle est passée et la Loi a donné une assise juridique beaucoup plus solide encore à l’Agence. Nous sommes entrés dans une phase purement opérationnelle ou l’enjeu est de délivrer des dispositifs, d’apporter des solutions aux acteurs du sport pour qui nous mobilisons l’ensemble de nos crédits. Personnellement, je vois au quotidien que l’Agence prend sa place, même si elle a encore ses preuves à faire notamment en démontrant la plus-value qu’elle peut apporter à l’éco système sportif. Cela s’inscrira dans le temps, progressivement, car l’enjeu de l’agence est de s’inscrire dans un modèle durable et pérenne. Chaque jour on gagne des batailles pour démontrer notre utilité. Cela a encore été le cas il y a quelques semaines pour la Ligue féminine de handball qui avait besoin d’un diffuseur TV : dans ce cas, nous avons été en capacité avec le CNOSF et Media 365 de nous mobiliser en 48 heures.»

Une de particularités de l’Agence nationale du sport est d’accueillir des représentant du monde économique. Quelles places ont-ils ?

F.S.: «Il y a effectivement cinq membres fondateurs issus du monde économique. C’est dans un modèle de gouvernance partagée comme le notre que leur place est la plus dynamique parce que les interventions de leurs représentants cassent des codes, et c’est vraiment tout ce que l’on souhaitait avec leurs arrivées. Ils ont un regard et des enjeux différents, une manière de faire de la politique qui est plus tournée vers les résultats, le fait de se remettre en question en permanence et de sortir de sa zone de confort. Ca, cela nous convient très bien et nous permet de dépoussiérer un modèle sportif qui a besoin d’être constamment dynamiser afin de générer de la performance, qu’elle soit sportive, éducative, sociale ou citoyenne. De ce point de vue là le monde économique prend toute sa place

L’Agence a créé un Sport Data Hub. Concrètement, comment cela va se passer ?

F.S.: «La volonté de l’Agence est de prendre à bras le corps ce sujet de la data parce que si certaines fédérations sportives sont déjà bien engagées dans ce travail, ce n’est pas le cas pour beaucoup d’autres. L’un des rôles de l’Agence est d’apporter des solutions et de répondre ainsi aux besoins des fédérations afin d’aller vers la très haute performance. C’est pour cela que nous portons ce projet. Nous sommes dans une vraie logique de Big Data avec l’intégration d’énormément de données sur la concurrence internationale, sur les résultats dans les grands championnats, dans la santé ou la biomécanique. Mises bout à bout ces données permettront de construire des outils d’analyse pour l’aide à l’entraînement destinés aux coachs et aux athlètes. Ce sera aussi un outils de pérennité dans la performance afin d’accompagner l’athlète à gagner ces centièmes de secondes dans la dernière ligne droite qui permettent de différencier une deuxième d’une première place.»

Pourquoi l’Agence s’intéresse à l’e-sport ?

F.S.: «Cet intérêt en est aux prémices. J’ai voulu initier ce travail car l’Agence se tourne à la fois vers les fédérations et les territoires, mais souhaite aussi utiliser les outils déployés dans la société autour du sport afin de développer la pratique. Les jeunes se tournent vers le e-gaming et l’e-sport. C’est une réalité de notre société. Soit on met ça de côté, soit, au contraire, on essaie de mieux connaître cet univers de l’e-sport de le monitorer et l’accompagner dans le but de créer des passerelles entre sport et e-sport. Notre objectif ne sera pas forcément d’accompagner les compétitions e-sports mais plutôt de créer du lien entre nos structures territoriales et l’ensemble des actions e-sports existant déjà et qui touchent des millions de jeunes.»

Concernant le haut niveau : Tokyo 2020 n’est-il pas mis un peu en retrait afin de préserver les athlètes français pour Paris 2024 ?

F.S.: «Non, absolument pas. Au contraire, avec les fédérations sportives et les directions techniques nationales nous sommes justement avant tout tournés vers Tokyo 2020 parce que c’est l’enjeu à court terme. Aujourd’hui, les aides que l’Agence nationale du sport apporte est tourné vers l’optimisation du chemin qu’il reste à accomplir jusqu’à Tokyo. Cela passe par un meilleur accompagnement des athlètes de haut niveau et des staffs techniques. C’est acté au sein de l’Agence. Par ailleurs, assurer Tokyo 2020 cela ne signifie pas pour autant ne pas préparer d’ores et déjà 2024, et même 2028 car on se rend compte que la performance se construit dans la dernière ligne droite, mais également à moyen et long terme.»

© SportBusiness.Club Octobre 2019