«L’apnée est candidate pour Paris 2024.»

L’interview du samedi. Morgan Bourc’his, double champion du monde d’apnée et 3e meilleur performer mondial de la discipline disputera en septembre les championnats du monde qui seront organisés à Nice. Il est en visite au Salon de la plongée de Paris (Porte de Versailles, jusqu’à lundi 14 janvier) avant de partir en Norvège tourner un documentaire. Le champion indique que son sport, qui souffre d’une sous-médiatisation, frappe à la porte des Jeux olympiques.

Un apnéiste peut-il vivre de son sport aujourd’hui ?

Morgan Bourc’his : «Non, ce n’est pas facile. Nous sommes quelques rares à pouvoir le faire. C’est compliqué, car nous ne gagnons pas d’argent en compétition. J’ai été deux fois champion du monde, et en 2008 la première fois on m’a offert un sac de sport. Maintenant, j’ai la chance d’avoir quelques partenaires mais ce n’est pas simple car tout tourne autour de mon image. Je bénéficie du soutien de Tudor, marque horlogère du groupe Rolex, ou encore de la Société Tennaxia, spécialisée dans les problématiques de HSE et RSE des entreprises. Pour Tudor, j’interviens autour de l’apnée et nous développons également ensemble un discours philanthropique de protection des océans à travers ma personnalité. Je serai pour eux un ambassadeur de l’environnement. Par ailleurs, je donne aussi des conférences en entreprises sur divers thèmes de management et j’organise des stages d’apnée autour de mon nom. Mon sport souffre du fait qu’il s’agit d’une discipline de niche, malheureusement peu médiatisée. Et encore, nous sommes malgré tout privilégiés en France. On voit de l’apnée dans les médias, mais c’est très peu et pas assez souvent. La réalité c’est que des sports comme le football mangent beaucoup la médiatisation des autres disciplines et leur laisse peu de place.»

Les championnats du monde organisés en septembre en France, à Nice, peuvent-ils aider l’apnée professionnelle à se développer ?

M.B.: «Bien évidemment que oui. De plus, la France est un pays où l’apnée est reconnue. C’est une nation qui a contribué au développement de la discipline. L’apnée moderne est née à Nice dans les années 90. Les championnats du monde en septembre, c’est un juste retour des choses. Cet événement ne sera pas pris à la légère et pourrait, je l’espère, avoir un impact sur notre demande d’intégrer les Jeux olympiques de 2024. Nous sommes candidats. Maintenant, la mise en place d’un écosystème professionnel autour de l’apnée est plus compliquée. Il y a encore du chemin à faire pour offrir plus de confort aux athlètes. La réalité est que notre sport est très amateur [l’accident de Guillaume Nery en 2015 en est une illustration] et les athlètes ne sont pas reconnus comme des sportifs de haut niveau. Honnêtement je ne sais pas si nous sommes réellement prêts à intégrer les JO…»

Morgan Bourc’his, double champion du monde d’apnée

Vous allez tourner un documentaire autour de la préservation de l’environnement marin. Ce type de travail est-il une nécessité pour un apnéiste ?

M.B. : «Je vis de mon image, donc être médiatisé fait partie de mes activités. Un documentaire comme celui que l’on part tourner en Norvège est important pour mon image mais il permet aussi de faire passer des messages. Nous partons à la découverte du sauvage, l’animal et l’environnement. Je vais plonger auprès des grands cétacés, les orques et baleines à bosses, dans un environnement sombre, froid, rugueux et clairement hostile. Nous allons aussi aller à la rencontre des différents acteurs économiques de la région : pêcheurs, scientifiques, whales watchers, et Samis un des derniers peuples premiers d’Europe. Le but est de resituer la place de l’homme dans l’écosystème en l’incluant dans un modèle circulaire et non-plus pyramidal comme il est aujourd’hui. Traiter d’égal à égal avec la nature. Je pars le 16 janvier en équipe réduite, avec le réalisateur et cadreur sous-marin Jean-Charles Granjon, et le cadreur terrestre Yannick Gentil. C’est la société de Jean-Charles, Bluearth Prod, qui est à l’origine du projet. C’est un film doté d’un budget de 300 000€ dont une participation de mon partenaire Tudor. L’objectif est que le teaser que l’on réalisera permettra de développer des fonds pour tourner le documentaire à l’automne prochain en novembre. L’environnement dans lequel je pratique ma discipline n’est pas une piscine géante, mais un milieu naturel. Evidemment, je suis sans doute plus sensible aux problèmes environnementaux car je suis en contact avec cet élément régulièrement. Toutefois, aujourd’hui plus personne ne peut ignorer ce qui se passe.»

© SportBusiness.Club. Janvier 2019.