Le FC Nantes fait son cinéma

Cinéma

La surface de réparation, premier long-métrage de Christophe Régin, sort mercredi 17 janvier. Franck (Franck Gastambide), ancien sociétaire d’un centre formation, est un passionné de football et du FC Nantes où il gravite depuis une dizaine d’années sans y être réellement employé. Personnage obscur, dans l’ombre des vrais agents, entraîneurs ou formateurs, il lui arrive de jouer le garde chiourme des jeunes en formation ou même des joueurs pros qu’il va parfois rattraper dans une boîte de nuit ou régler discrètement leurs débordements. Son quotidien est bouleversé par l’arrivée d’une jeune femme, Salomé (Alice Isaaz), qui s’intéresse d’un peu trop près aux footballeurs.

Toute l’action du film se déroule à Nantes et dans les coulisses du FC Nantes dont le rôle du président, Yves, a été confié à Hippolyte Girardot. Passionné de football, Christophe Régin s’est surtout attaché à raconter une partie des coulisses d’un grand club de province. Il évite les scènes de jeu, malheureusement jamais très réalistes au cinéma, et a préféré filmer les plans réels de supporters nantais dans les tribunes du stade de la Beaujoire.

Remercié dans le générique, Djibril Cissé avait été approché pour jouer le rôle de… Djibril, une star qui revient au club, mais est plutôt au crépuscule de sa gloire sportive. C’est finalement Moussa Mansaly, rappeur et acteur ayant flirté avec le foot pro, qui a été choisi.


Une réplique du film :

  • «Dis, Franck, j’ai un problème avec ma voiture, tu peux voir ça ?»
  • «Oui, mais tu sais c’est normal, les voitures fournies par les sponsors elles ont toujours un défaut !»

 


3 questions au réalisateur Christophe Régin*

D’où vient l’idée de ce personnage qui vit dans l’ombre d’un club de foot?

Christophe Regin : «Quand j’avais une vingtaine d’années, je jouais dans un club non loin du Parc des Princes, le stade du PSG, dont la majorité de mes coéquipiers étaient supporters. L’un d’eux avait eu l’occasion d’entrer au centre de formation de ce club, avant de voir brutalement les portes se refermer devant lui, comme l’immense majorité des candidats. Il m’a fasciné parce qu’il y avait chez lui quelque chose de « pas fini ». Lui qui avait grandi au pied du stade était incapable de s’en détacher. Il s’acharnait à en rester un satellite, en devenant un supporter fanatique, mais aussi un vendeur de places à la sauvette ou de maillots récupérés je ne sais comment. Mon premier court-métrage, « Adieu Molitor », racontait déjà un personnage d’ancien footballeur reconverti en homme à tout faire pour son club. Le foot est un terreau de fiction extraordinaire, à condition de l’aborder par ses marges et ses personnages périphériques, qui tentent chacun à leur manière d’avoir une part du gâteau. Le film est anti-spectaculaire, à contre-courant de l’image qu’on a de ce milieu. Je ne suis jamais sur le terrain, toujours dans les coulisses. De l’extérieur, le foot fait rêver, mais de l’intérieur, c’est plus complexe et parfois souvent douloureux…»

Dans le film, Franck vit dans les coulisses du FC Nantes. Il est à la fois espion pour un dirigeant, intermédiaire des joueurs, chaperon des plus jeunes…

C.R. : «Franck est parvenu à devenir un maillon essentiel du club, tout en n’en faisant pas vraiment partie. Cette place à la marge, c’est sa fierté et sa force, mais aussi son drame, car elle l’empêche de faire le deuil de ses rêves de jeunesse et de se projeter dans une vie d’adulte. Je voulais raconter un personnage tiraillé entre cet univers réputé pour ses dérives en tout genre, et des valeurs comme la fidélité, le collectif, le travail, sur lesquelles il s’est construit. Des valeurs qu’on lui a inculquées lorsqu’il était apprenti footballeur et qu’il tente de transmettre aux jeunes du club avec plus ou moins de succès… Et puis il y a aussi une certaine pudibonderie chez lui, un côté janséniste « le sexe et l’argent c’est sale », qui fait qu’il se considère presque comme la conscience morale du club, méprisant les écarts des joueurs.»

Des gens comme Franck, qui vivent aux crochets des clubs et des joueurs, il y en a beaucoup?

C.R. : «Énormément. Il y a ceux qui abordent les joueurs aux alentours du centre d’entraînement ou dans les lieux qu’ils fréquentent pour leur proposer toutes sortes de services ou d’affaires. Mais surtout, les joueurs ont souvent un ami, membre de la famille ou ancien partenaire, qui vit avec eux pour leur tenir compagnie, et s’occuper de leurs affaires courantes. Je trouve passionnant les liens qui peuvent se nouer dans cette cellule où celui qui a réussi peut rémunérer un proche pour juste être avec lui, lui rendre des services. Et où les deux parties y trouvent leur compte. C’est cette relation d’interdépendance que j’interroge de façon un peu détournée dans le rapport entre Franck et Yves. Même si son affection pour Franck est sincère, Yves le maintient à une place où il lui est utile, l’entretient et le conforte dans son rôle de gardien du temple, mais l’empêche aussi de se construire. Et Franck, même s’il aspire à mieux, se complaît dans cette situation confortable, dans l’illusion que sa vie est là.»

*Extrait du dossier de presse de La surface de réparation

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