Logo de Paris 2024 : un an de travail.

Le nouveau logo de Paris 2024 s'affiche sur la façade du cinéma le Grand Rex.

Interviews. Julie Matikhine, directrice de la marque Paris 2024 au sein du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (COJO), et Sylvain Boyer, co-fondateur de l’agence Ecobranding, racontent le processus de création du nouvel emblème de Paris 2024 dévoilé lundi 21 octobre.

Pour Julie Matikhine, les contraintes de création étaient très importantes, car le logo de Jeux olympiques doit s’inscrire dans l’histoire. Le projet actuel est le fruit d’un travail d’une année, sur le design mais également sur le juridique afin de protéger cette identité visuelle et ne pas risquer d’être attaqué pour imitation.

Créer un emblème olympique, est-ce un travail compliqué ?

Julie Matikhine : «Oui parce que l’on engage beaucoup plus que nous même : on parle de l’histoire olympique. Les logos olympiques créent un héritage pour des siècles et des siècles et donc la trace que nous avons voulu laisser avec ces emblèmes, olympiques et paralympiques, devait marquer l’histoire. Par ailleurs, c’est forcément compliqué aujourd’hui de deviner des codes qui seront encore actuels dans 4 ou 5 ans, voire dans 10 ou 20 ans.»

Que ne fallait-il absolument pas faire ?

J.M. : «Surtout pas ce qui a déjà été fait. On a cette obsession de créer, d’inventer, d’imaginer des choses qui n’existent pas. Nous voulons propulser les Jeux dans une nouvelle dimension, les sortir de leurs cadres habituels. C’est vrai avec le logo, mais ce sera vrai aussi avec les épreuves et les différentes expériences qui seront proposées et que chacun pourra vivre comme, par exemple, courir le marathon en même temps et le même jour que l’épreuve élite. Cela fait partie de ces grandes ruptures que l’on souhaite, de ces grandes révolutions de style qui s’expriment aussi bien graphiquement que dans la manière de produire les Jeux

Combien de logos différents avez-vous testé ?

J.M. : «Au départ nous avions une cinquantaine de propositions, mais nous avons tout de suite flashé pour celle que vous voyez aujourd’hui. Ce n’était pas tout à fait la même exécution, mais il y avait déjà le visage, la flamme et la Marianne. Le logo a bien-sûr beaucoup évolué et en un an il y a du avoir une centaine de retouches, le plus souvent à la marge : une courbe, une inclinaison… Le visage a évolué. Il s’est affiné, mais le projet initial était bien celui-là. On a juste aidé à le faire grandir.»

Cet emblème est-il protégé d’un risque d’attaque pour contrefaçon ?

J.M. : «Il est déposé et vérifié dans la mesure du possible. Il y a eu des recherches d’antériorité menées dans le monde entier. Après, nous ne sommes à l’abri de rien. Un jour, peut-être, un tribunal décidera qu’il ressemble trop à quelque-chose qui existe. Normalement, cela ne devrait pas arriver, mais je me méfie toujours. Vous avez vu ce qui est arrivé à Tokyo 2020 ? Nous ne sommes jamais à l’abri, mais nous avons quand même fait tout ce qui fallait pour que cela n’arrive pas

Maintenant, comment va vivre ce logo ?

J.M. : «Regardez le site de Paris 2024 : il a déjà basculé dans un univers propre en dark mode afin de consommer moins d’énergie, moins de data. Ce logo va s’exprimer, s’incarner, s’activer à travers tout un tas d’expériences, de contenus : la création de contenus est au coeur de la stratégie de marque. Paris 2024 est une marque à laquelle nous allons faire adhérer un maximum de gens, engager des publics, des jeunes, des moins jeunes, à travers beaucoup de programmes, comme, par exemple, le Club qui va rassembler le grand public, et comme d’autres événements existants ou à venir. Le message clé est que ces jeux là seront à hauteur d’homme. Il sont ouverts à tous. ce sont des Jeux auxquels tout le monde pourra participer. C’est de cette façon que la marque va vivre et s’activer

Le logo est créé. Votre travail est donc terminé.

J.M. : «Non, justement : il commence.»

Sylvain Boyer (Royalties Ecobranding) et Julie Matikhine (Paris 2024)

Qui sont Royalties Ecobranding ?

Co-fondateur de l’agence Ecobranding, Sylvain Boyer présente l’agence qui a remporté l’appel d’offres de Paris 2024 pour la création du nouveau logo. Ecobranding a travaillé sur le projet de cette nouvelle identité de marque associée à Royalties. Il est allé chercher l’inspiration dans l’art déco et l’art nouveau.

Qu’est-ce que Royalties Ecobranding ?

Sylvain Boyer : «C’est un groupement d’agences. D’un coté il y a Royalties, créée par Publicis et aujourd’hui indépendante, qui plus spécialisée dans la création de marques. De l’autre côté il y a Ecobranding qui est dans l’éco-conception d’image de marque. Cela signifie créer des identités visuelles et des territoires de marque qui consomment moins d’encre, de papier ou d’énergie. Les deux agences ont répondu ensemble à l’appel d’offres lancé par Paris 2024 il y a maintenant un an et aujourd’hui elles se rassemblent

Sur quel critère avez-vous fait la différence selon vous ?

S.B. : «Le texte de l’appel d’offres était clair : tout le monde avait sa chance, tout le monde pouvait candidater pour la création de l’emblème olympique. C’est pour cette raison que nous, petite agence, nous avons saisi cette opportunité pour y aller. Le brief était très succinct, très court. L’idée était que Paris 2024 voulait créer quelque chose de révolutionnaire en rupture avec les précédents codes. Du coup, on a proposé quelque chose qui n’avait jamais été fait auparavant.»

La rupture est-il le mot clé de votre travail ?

S.B. : «Oui, mais la création aussi. On a essayé de raconter une histoire autour de trois grandes thématiques. La première est la médaille d’or et le dépassement de soi. La deuxième est la flamme qui vient de la culture olympique mais qui est aussi le flambeau que l’on partage entre sportifs et générations. Et la troisième c’est un visage humain, celui de Marianne. Tous ces ingrédients sont réunis dans un emblème unique. Paris 2024 est même allé encore plus loin en proposant, pour la première fois, un symbole commun olympique et paralympique. Cela aussi, en soi, c’est une rupture par rapport à tout ce qui été fait auparavant

Où êtes-vous allé chercher l’inspiration ?

S.B. : «Il y a eu un gros travail dans les archives olympiques ne serait-ce pour ne pas faire ce qui a déjà été fait. L’autre volet a été un travail de design graphique et en France on a une certaine culture dans ce domaine. Nous nous sommes beaucoup inspirés de l’art d’éco comme vous pouvez le voir dans la typographie, mais avec aussi quelques accents d’art nouveau

Ça fait quoi d’être l’agence de création du logo des Jeux olympiques ?

S.B. : «C’est énorme. Déjà, ne serait-ce que d’avoir pu participer à cet appel d’offres était magique. Mais nous étions obligés d’y candidater. Que l’on ait gagné, c’est top. D’avoir participé à ce projet, c’est incroyable, ne serait-ce que pour l’exercice intellectuel. On a vu au fur et à mesure de l’avancement de la compétition que notre projet tenait la route. Quand, au final, on a posé la première brique, celle-ci n’est pas arrivée toute seule : ce fut le résultat d’un long travail de co-construction avec Paris 2024. Durant un an il y a eu beaucoup d’échanges entre les agences et les équipes de Paris 2024 pour co-construire ce symbole et cette typographie ensemble

© SportBusiness.Club Octobre 2019