Un foot pro français en plein contraste

Etudes. Avec un total de 2,836 milliards d’euros, le football professionnel français n’aura jamais engrangé autant d’argent en une saison, selon le rapport financier de la Ligue de football professionnel (LFP) publié pour 2017/2018. Au total, selon les comptes de la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG), les clubs de Ligue 1 et Ligue 2 ont réalisé 1,907 milliard d’euros de produits d’exploitation “classiques” (droits, tv, marketing, billetterie…) auxquels il faut ajouter 929 millions d’opérations de mutations.

«Ces résultats sont contrastés, commente Jean-Marc Mickeler, président de la DNCG. Ils mettent en avant une performance commerciale exceptionnelle, en augmentation de 30%. Toutefois,dans le même temps l’augmentation des charges est significative, de 22%, et cela donne un déficit d’exploitation en hausse de 70 millions à -176 millions d’euros. Mais celui-ci est couvert par les produits de cessions des joueurs dont c’est le record avec 929 millions d’euros, soit trois fois plus que la saison précédente

Au final, le résultat opérationnel courant des clubs de Ligue 1 et Ligue 2 pour cette saison 2017/2018 est positif de 161 millions d’euros. «Par ailleurs, la dégradation du résultat financier traduit l’évolution de modèles de certains clubs qui ont recours à la dette, analyse Jean-Marc Mickeler. Deux autres points marquants sont, d’une part, l’augmentation significative de l’actif joueurs dans les bilans, à plus d’un milliard d’euros. C’est une hausse de 78%. La valeur comptable est elle estimée à 3,6 milliards selon Transfermarkt. D’autre part, il y un renforcement des fonds propres

Une dépendance accrue au trading ?

La progression très importante des produits de mutation démontre que ces ressources sont désormais clairement prises en compte dans les modèles économiques des clubs. «Elles sont devenues indispensables pour certains afin d’équilibrer les comptes», explique le président de la DNCG qui relativise aussi ce résultat exceptionnel sur la saison 2017/2018, près d’un milliard d’euros. «Un tiers du montant a été réalisé par cinq opérations», précise Jean-Marc Mickeler.

Ces produits de mutation très élevés inquiètent quand même la DNCG qui craint le «risque» d’une «dépendance accrue au trading» alors que dans le même temps les droits TV deviennent prédominants dans les revenus commerciaux. «Les clubs peuvent avoir une difficulté à réaliser une croissance organique significative hors droits TV», avance Jean-Marc Mickeler. Ce peut être sur le marketing ou la billetterie. «Mais ces ressources restent importantes, insiste Didier Quillot, directeur général exécutif de la LFP. Les clubs gardent plusieurs piliers et non pas seulement deux avec les droits TV et les transferts.»

Le gendarme des finances du foot pro français propose l’idée de ratios afin de mieux évaluer l’évolution économique des clubs «et les aider à préparer leurs futurs financements». La DNCG en suggère deux : le rapport de la dette sur le montant des fonds propres, et celui de la masse salariale totale sur les revenus commerciaux, hors transferts. «Il est beaucoup trop tôt pour dire comment ces ratios pourraient être mis en place,» indique Didier Quillot.

© SportBusiness.Club. Mars 2019


Ligue 1 : le PSG comme locomotive

Durant le championnat 2017/2018, les vingt clubs de la Ligue 1 Conforama ont généré 1,7 milliard d’euros de revenus commerciaux, soit 3% de mieux que la saison précédente. Le principal poste est celui des droits audiovisuels : ils représentent toujours un peu moins de la moitié des ressources hors mutations et ont baissé de 3% en un an à cause d’un parcours moins favorable des clubs français dans les coupes d’Europe.

Le sponsoring et les recettes publicitaires stagnent à -1% alors que les recettes billetterie augmentent de 5% mais ne représentent que 11% des recettes. La moyenne de spectateurs par match a augmenté de 15%, à 23.019 personnes, grâce notamment aux abonnés (+21%) et l’accession en Ligue 1 du Racing de Strasbourg qui fait le plein dans son stade à chaque match. Parallèlement, le prix moyen par spectateur reste stable à 21,74 euros.

Les “autres produits” qui englobent notamment le merchandising, progressent de 24% à 368 millions d’euros et deviennent, après les droits TV, la source de revenus la plus importante pour les clubs de l’élite du football professionnel français.

Dans ce bilan, le Paris Saint-Germain (PSG) génère à lui seul un tiers des revenus commerciaux de la Ligue 1 et contribue de manière très spectaculaire à plus de la moitié des recettes de sponsoring et merchandising. Plus généralement, plus de la moitié du montant des droits TV est versée à cinq clubs : PSG, Monaco, Marseille, Lyon et Nice. De même, un peu plus de la moitié des recettes billetterie est réalisée par le trio PSG, Lyon et Marseille.

2017/2018 : Compte de résultat Ligue 1/Ligue 2

En Millions d'euros
Ligue 1/Ligue 2
 
Ligue 1
 
RESULTAT NET
-176,3
-158,7
Droits audiovisuels
910,9
47,8%
791,3
46,8%
Sponsors Publicité
386,9
20,3%
342,1
20,2%
Recettes matches
209,3
11,0%
190,6
11,3%
Autres (merchandising)
400,2
21,0%
368,2
21,8%
TOTAL PRODUITS D'EXPLOITATION
1 907,3
100,0%
1 692,2
100,0%
Rémunération du personnel
1 114,8
41,7%
984,8
41,8%
Charges sociales
331,5
12,4%
277,5
11,8%
Dotation aux amortissements
377,9
14,1%
367,8
15,6%
Honoraires d'agents
91,3
3,4%
83,2
3,5%
Autres charges
759,4
28,4%
644,5
27,3%
TOTAL CHARGES D'EXPLOITATION
2 675,0
100,0%
2 357,8
100,0%
RESULTAT D'EXPLOITATION
-767,6
-665,6
Produits des mutations
928,7
840,4
Résultat opérationnel courant
161,0
174,8
Résultat financier
-122,1
-121,2
Résultat exceptionnel
-4,6
-4,6
Impôts société
-32,2
-29,2
Rést. except.
-178,5
-178,5
Rapport financier du football professionnel français 2017/2018, LFP, DNCG. En millions d'euros.