Les salles d’escalade en pleine ascension

L’escalade est en passe de devenir le plus indoor des sports outdoor. Les salles spécialisées, où les jeunes urbains peuvent s’adonner au “climbing” se développent à la vitesse d’un grimpeur fou sur une voie facile. «A ce jour, on peut estimer le parc à une centaine de salles,» indique Philippe Mathieu, responsable communication de l’enseigne Altissimo, la plus ancienne en France, lors d’un débat organisé en marge du salon Sport Achat.

L’affluence dans ces salles de grimpe affiche des taux de progression annuels à deux chiffres, jusqu’à 35% pour certains lieux. «A Lyon, alors que d’autres salles se sont ouvertes, et que l’on pouvait penser avoir atteint un seuil de saturation avec six sites, on augmente encore de 18%, précise François Petit, président de Climb Up. L’engouement est réel.»

La pratique de l’escalade indoor s’est développée grâce à la popularité du bloc, une discipline qui consiste à monter à la force de ses membres sur des éléments de faible hauteur. Très accessible par tout un chacun, cette technique ne nécessite pas les équipements traditionnels de l’alpinisme, le baudrier ou les cordes. Elle est plus ludique et les structures artificielles peuvent être facilement installées en salle.

«Les escaladeurs étaient des radins»

La cible de ces lieux est assez claire pour les professionnels : 18-35 ans, urbains, actifs. «Pour cela on se rapproche du fitness, commente Philippe Mathieu d’Altissimo. Mais avec la contrainte d’une population volatile où la fidélisation est difficile.» Un public qui peut aussi être attiré par d’autres activités, comme le futsal ou le basket 3×3, par exemple.

D’où la nécessité pour l’escalade d’apporter des nouveautés. Certaines salles diversifient déjà leurs offres et proposent des disciplines de grimpe plus fun, pour séduire les enfants, ou différents services. «L’idée est de créer des lieux de vie, avec restauration, où l’on ne vient pas que pour l’escalade, mais aussi pour se retrouver entre amis autour d’un verre,» explique François Petit de Climb Up.

Ces nouveaux adeptes ne viennent pas à l’escalade pour l’amour de la discipline. A peine 20% de ces nouveaux pratiquants iront affronter les vraies falaises, en rocher. Malgré tout, ce public est particulièrement intéressant pour les professionnels du secteur. «L’image de l’escaladeur était jusqu’alors celle d’un radin qui n’avait pas de moyens, lâche Frédéric Tuscan, président de la marque spécialisée EB. Cette nouvelle clientèle est plus consommatrice. Elle veut s’afficher avec sa tribu et recherche des prestations de qualité. Elle est aussi très exigeante.»

Adidas et Red Bull sur les rangs

Comme ses concurrents, EB enregistre des ventes records : +23% sur ses chaussons d’escalade en 2017 et +28% prévus cette année. Le marché français est estimé à 175 000 paires. Les produits techniques se démocratisent, les designs se modernisent. Adidas a senti le potentiel : le géant allemand a racheté la marque spécialisée Five Ten en 2011 et prévoit le lancement d’une gamme au printemps 2019, rapporte le magazine Outdoor Experts. Red Bull est aussi sur les rangs.

Les planètes s’alignent pour l’escalade urbaine qui profitera d’un autre ascenseur pour monter encore d’un étage : Tokyo 2020 et les Jeux Olympiques que la discipline intégrera. «Je suis plutôt pessimiste, contredit pourtant Nicolas Geydet, co-gérant Plein Nord, distributeur de marques spécialisées dans l’escalade. Nous profiterons d’une petit coup de projo, surtout si un Français fait une médaille, mais je ne crois pas à une explosion. Les Jeux, ce ne sera que le début de l’histoire.» A condition quand même de bien se préparer avant et de trouver la bonne voie.

© SportBusiness.Club. Septembre 2018