Lutte : des Mondiaux déficitaires, mais tournés vers l’avenir

Les championnats du monde de lutte, qui se disputent du 21 au 26 août, à Paris, dans l’Accor Hôtels Arena, ne seront pas rentables. Qu’importe. Pour la Fédération française de lutte (FFL), l’organisateur, l’objectif est ailleurs. «Nous devons montrer que la lutte est une discipline moderne, répond Alain Bertholom, président de la FFL. L’important est d’aller chercher un nouveau public. D’ailleurs, je suis très heureux que ces mondiaux soit diffusés sur France Ô, une chaîne généraliste».

Au démarrage de ces Mondiaux, 22000 billets avaient été écoulés, sur un jauge totale d’environ 35000 places pour les six jours de compétition. Toutefois, une majorité de ces tickets ont été offerts soit aux jeunes franciliens, soit à la famille de la lutte française. Pas de quoi équilibrer le budget donc.

Celui-ci s’élève à 4,5 millions d’euros. Les recettes de l’événement se répartissent à parts égales entre trois sources : les subventions publiques, c’est-à-dire les fonds versés par l’Etat, le CNDS, la Ville de Paris et la Région Ile-de-France ; les services proposés aux délégations étrangères, à qui sont facturés des frais d’hébergement, de transport ou de restauration ; les recettes liées au marketing, le sponsoring, le merchandising… et la billetterie.

Une banque iranienne

Pour avoir le privilège d’organiser ces mondiaux, la FFL a dû verser 460 000 francs suisses (environ 405 000 euros) de droits à l’United World Wrestling (UWW). En contrepartie, la fédération internationale apporte son expérience et une équipe d’une cinquantaine de personnes habituée à l’organisation de compétitions mondiales. Mais l’UWW arrive également avec ses sponsors. Ils sont quatre principaux : le chinois Taishan, fabricant de tapis de combat, la banque iranienne Pasargad, l’équipementier bulgare spécialisé Suples, et l’américain Nike qui vient tout juste de rejoindre ce trio.

Du coup, la fédération française a dû négocier ferme afin d’obtenir de la visibilité pour ses partenaires nationaux, dont le Crédit Mutuel, sponsor titre de l’événement. Pasargad ne voyait d’ailleurs pas d’un très bon œil s’afficher à côté de lui le nom d’une banque concurrente… Et puis, comme l’Accor Hôtels Arena n’a pas été louée en version «clean stadium», il a fallu aussi accepter la visibilité des partenaires de l’enceinte parisienne.

Chère Accor Hôtels Arena

Du côté des frais, la FFL a signé un chèque de 200 000 euros pour réserver l’ancien POPB durant une dizaine de jours. Cependant, en y ajoutant d’autres prestations quasi-obligatoires, comme la sécurité par exemple, la facture est, selon mes informations, montée à 800 000 euros. De quoi énerver un peu le staff de la fédération française. D’autant que la FFL a dû aussi mettre la main au portefeuille pour les frais de production tv : un tiers d’un montant total estimé à 150 000 euros.

Avec un budget d’environ 3 millions d’euros, la FFL va devoir gérer ce déficit. Mais Alain Bertholom, le président, est confiant pour l’avenir : «Nous attendons bien-sûr des résultats sportifs de ces championnats du monde, mais aussi un héritage, insiste-t-il. Je pense notamment aux relations que nous allons avoir avec les entreprises. Nous allons d’ailleurs annoncer la signature de nouveaux partenaires pour la fédération, ce qui est un bon signe pour nous». Ainsi, c’est le cas pour Crédit Mutuel, namer de ces mondiaux, qui va s’associer à la lutte française jusqu’aux Jeux de Tokyo 2020. De quoi, en effet, donner le sourire au président de la FFL.