Médiapro fait main basse sur la Ligue 1. Canal+ hors-jeu !

Pour regarder les matchs du championnat de France de Ligue 1 à partir de l’été 2020, il faudra se brancher sur une nouvelle chaîne : celle que lancera Mediapro. Le groupe espagnol, spécialisé dans la production des événements sportifs, a raflé mardi 29 mai une grande partie des droits du championnat de France. de football. A l’issue d’un appel d’offres concernant quatre saisons (2020/21 à 2023/24), la Ligue de football professionnel (LFP) a attribué trois lots majeurs à Mediapro. Cela représente au total huit matches en direct par journée de championnat. Be In Sports a acquis les deux restants et Canal+, en revanche n’a rien obtenu ! (voir la répartition des lots ci-dessous).

Il s’agit d’une grosse surprise. C’est la première fois en France que les droits du football sont acquis non pas par un diffuseur mais par une structure dont le métier de base est la production télé, le marketing des droits audiovisuels et non pas la conception et la production de chaînes. En juin 2011, Al Jazeera, qui avait obtenu une partie mineure des droits de la Ligue 1 pour créer Be In Sports, était un diffuseur à la base. Contrairement à Médiapro.

Mediapro retoqué en Italie

«Le projet de Mediapro est de créer une chaîne 100% foot», a martelé Didier Quillot, directeur général exécutif de la LFP lors de la présentation des résultats de l’appel d’offres. «Mediapro possède un vrai savoir-faire en télévision, affirme t-il. Ils vont faire une grande chaîne de foot et ils ont deux ans pour le faire. Ils ne sont pas liés à un diffuseur français, du coup ils sont agnostiques et pourront passer des accords de distribution avec tous les opérateurs et même monter une offre OTT».

Détenteur des droits TV espagnols dans la péninsule ibérique, Médiapro avait également récemment acquis l’exclusivité des droits TV du Calcio en Italie. C’était en juin dernier contre un chèque annuel d’un peu plus d’un milliard d’euros. L’objectif était aussi de créer un chaîne foot : le budget de production était estimé à 150 millions d’euros par an. Mais la justice a cassé la décision de la ligue professionnelle transalpine. «Cela n’arrivera pas ici, car notre appel d’offres est beaucoup plus clair et en France, contrairement à l’Italie, Mediapro n’a pas acquis l’exclusivité», rétorque Didier Quillot.

Canal+ sur la touche

Le nouvel entrant laisse des miettes à ses concurrents. Be In Sports, qui profite encore jusqu’au printemps 2020 de la diffusion de tous les matchs du championnat dont sept en direct et en exclu, n’en aura plus que deux ensuite : samedi 21h et dimanche 17h. La chaîne sauve sa peau. Pas Canal+ qui à partir de l’été 2020 n’aura plus de Ligue 1 sur son antenne : une première depuis la création de la chaîne payante il y a plus de 30 ans. Sauf si elle arrive à négocier une sous-licence auprès de Mediapro (lire plus bas)

«Canal+ a répondu sur tous les lots, mais a chaque fois ils étaient moins-disant», lâche Didier Quillot. C’est un coup très dur porté à l’encontre de la chaîne du groupe Vivendi dont le foot était l’un des trois vecteurs d’abonnement, avec le cinéma et les séries. «Canal + est le premier partenaire du football français depuis 1984 sans discontinuer et le restera jusqu’en 2020, commente Didier Quillot. Il a joué un rôle essentiel dans l’amélioration de l’attractivité de notre sport et son rayonnement sur l’ensemble du territoire. Il a permis de conforter le football comme spectacle préféré des Français. La LFP et l’ensemble des clubs professionnels français tiennent à remercier Canal + pour son travail remarquable au service du football». Une sorte d’épitaphe ?

1.153.471.723 d’euros !

«C’est un très très grand sourire que j’ai». Juste avant l’annonce des résultats, Jean-Michel Aulas, président de l’Olympique Lyonnais avant la mine des grands jours. L’appel d’offres des droits de la Ligue atteint la somme incroyable d’un milliard d’euros ! Exactement 1.153.471.723 euros par saison au cumul des cinq lots vendus. C’est un bond de près de 60% par rapport à l’actuel contrat qui s’élève à 726,5 millions d’euros, jusqu’au printemps 2020. En comparant ce chiffre avec les droits actuels en Europe, la Ligue 1 ferait mieux que la Liga espagnole (883 M€) et la Série A italienne (945 M€), serait quasiment au niveau de la Bundesliga allemande (1,159 Md€), mais serait encore loin de la Première League anglaise (2,3 Md€).


Qui a candidaté à l’appel d’offres ?

Outre les attributaires des différents lots, c’est-à-dire Mediapro, Be In Sports et Free, la Ligue de Football Professionnel a indiqué que Canal+ avait déposé des offres sur tous les lots. Comme prévu, le groupe Altice (SFR) n’a pas déposé d’offres. Par ailleurs, aucun Gafa, comme Netflix, Twitter ou Facebook, n’a également déposé d’offres. «C’est encore trop tôt pour eux», a confié un membre de la LFP.

Qui contrôle Médiapro ?

Le groupe qui a son siège en Espagne est détenu depuis le groupe chinois Orient Hontai Capital depuis le 16 février dernier. Ils ont pris le contrôle de la maison mère Imagina qui contrôle notamment Mediapro, pour «près d’un milliard d’euros», a indiqué l’AFP à l’époque, en précisant «qu’une partie servira à couvrir une dette du groupe espagnol». Orient Hontai Capital a pris le contrôle de 53,5% d’Imagina grâce aux rachats des parts que Torreal (22,5%), Televisa. (19%) et Mediavideo (12%) détenaient dans le groupe. Le solde est dans les mains du groupe de communication britannique WPP (22,5%) et deux des membres fondateurs du groupe, Tatxo Benet (12%) et Jaume Roures (12%). L’opération a valorisé Imagina à 1,9 milliard d’euros.

Quelle marge de manœuvre pour Mediapro ?

Détenteur des lots 1, 2 et 4, c’est-à-dire huit matchs de direct par journée de championnat, dont les 10 meilleures affiches, et de plusieurs magazines, Mediapro possède une base solide pour monter sa propre chaîne de football en France dont le coeur serait donc notre championnat national. C’est la piste envisagée et qui a été présentée à la LFP. Il faut donc s’attendre à voir le groupe concourir pour acheter d’autres droits de foot : Ligue 2, Coupe de la Ligue, Coupe de France, championnats étrangers, compétitions internationales… Toutefois, Didier Quillot, directeur général exécutif de la Ligue, a indiqué que Mediapro pouvait sous licencier certains droits acquis, mais à certaines condition : «Ils ne pourront pas revendre match par match», assure t-il. C’est d’ailleurs une piste envisagée par Canal+ pour l’après 2020 : dans un communiqué, le groupe indique qu’il «examinera les possibilités de sous-licence qui sont prévues et autorisées par le règlement de l’appel d’offres»

Quels sont les coûts supplémentaires pour Mediapro ?

Outre les droits de diffusion, Mediapro devra produire les matchs qu’il diffusera. C’est dans le cahier des charges. Il s’agit donc de coûts et de frais supplémentaires à ajouter à la facture finale. «Les détenteurs de droits sont aussi producteurs délégués des matchs qu’ils diffusent, explique Didier Quillot de la LFP. Ils réalisent le flux pour eux-mêmes mais aussi pour la LFP et l’exploitation des droits internationaux. Ils en assurent les frais associés». Et à horizon 2020, la Ligue espère que toutes les rencontres seront produites en ultra-haute définition.

Que faire des droits non-attribués.

Deux lots non pas été attribués : le n°5 qui comprend le match du trophée des champions et trois journées de multiplexes, et le numéro 7, qui rassemblent des magazines. «C’est une bonne nouvelle, assure Didier Quillot de la LFP. Nous allons maintenant négocier de gré à gré, et nous avons la possibilité de les exploiter comme on l’entend». L’objectif de la LFP est de vendre ces matchs et magazines à des chaînes en clair pour optimiser la visibilité de la Ligue 1.


Résultat de l’appel d’offres 2020/21 à 2023/24 :

Coût par lot selon mes informations

  • Lot 1 : Médiapro (possible : 330 M€)
    • Un match en direct par journée de championnat, diffusé le dimanche soir à 21 heures :
      • 38 matchs durant la saison dont les 10 meilleures affiches de la saison (Top 10) et 28 matchs de “choix 3”.
    • Deux magazines, d’avant match et après match le dimanche soir
  • Lot 2 : Médiapro (possible 160 M€ + 100 M€ pour les packs matchs)
    • Deux matches en direct par journée de championnat, diffusés le vendredi à 21h00 et le samedi à 17h00.
      • 2 packs matchs acquis : 38 de “choix 2” et 38 de “choix 5”, soit 76 matchs durant la saison.
    • Un magazine d’avant-match le vendredi soir (présentation de la journée)
  • Lot 3 : Be In Sports (possible 141,6 M€ + 190 M€ pour les packs matchs)
    • Deux matches en direct par journée de championnat, diffusés le samedi à 21h00 et le dimanche à 17h00.
      • 3 packs matchs acquis : 28 de “choix 1” (hors du Top 10), 10 de “choix 3” et 38 de “choix 4”, soit 76 matchs durant la saison.
    • Un magazine d’après-match le samedi soir
  • Lot 4 : Médiapro (possible 190 M€)
    • Cinq matches en direct par journée de Championnat, diffusés le dimanche à 13h00 (un match de choix 6) et à 15h00 (quatre matches de choix 7 à 10)
    • Un magazine le dimanche matin
    • Un match en co-diffusion par journée de Championnat, à choisir entre des choix 2 à 5
  • Lot 5 : non attribué
    • Trophée des Champions
    • Trois journées Multiplex (J19, J37 et J38)
    • matches de barrages Ligue 1 Conforama/ Domino’s Ligue 2.
  • Lot 6 : Free (possible 41,8 M€)
    • extraits en quasi-direct sur tous les matches
    • magazine en vidéo à la demande.
  • Lot 7 : non attribué
    • magazines du lundi et du jeudi.