Paris 2024 : la nécessité à communiquer

Edito

«Pour gagner la guerre datapolitique, annulons les JO !». Le titre du billet du Docteur Laurent Alexandre est volontairement provocateur. Dans cette chronique, publiée vendredi 13 avril par La Tribune, l’auteur de “La guerre des intelligences” (Editions JC Lattès) et expert de l’intelligence artificielle (IA), dénonce le manque de moyens financiers voués par la France et l’Europe dans la recherche liée à ce secteur. Le président de DNA Vision et cofondateur de Doctissimo, propose, en conclusion, d’annuler l’organisation des Jeux olympiques de Paris, et d’utiliser ces économies réalisées, «20 milliards d’euros» (sic) pour «lancer un plan Villani 2». (lire plus bas)

La question est louable. Elle a d’ailleurs été commentée sur mon compte Twitter. Toutefois, ce débat montre surtout une méconnaissance du dossier des Jeux olympiques de Paris 2024 : l’événement fait fantasmer, notamment autour des sommes supposées être engagées. Ainsi, le Docteur Alexandre confond le budget des JO, qui s’élève à 6,8 milliards d’euros, avec les retombées économiques supposées de l’événement : 20 milliards d’euros. Ce type de débat démontre surtout la nécessité du COJO Paris 2024 à communiquer auprès d’une élite scientifique et culturelle sans doute mal informée et qui, selon moi, pourrait justement tirer partie des Jeux en France en travaillant ensemble et non en s’opposant. C’est aussi l’avis de deux experts de l’économie du sport.

Virgile Caillet, délégué général Union Sport & Cycles

Virgile Caillet, L’Union Sport & Cycle

«Paris 2024 a, de toutes les façons, un travail pédagogique à faire car les Jeux olympiques font trop fantasmer, notamment autour des sommes supposées mises en jeu et dont la grande majorité ne provient pas de l’argent public. Par ailleurs, je me demande pourquoi nous sommes toujours obligés d’opposer les choses. Les Jeux olympiques peuvent être une source de développement qui va bien au-delà du sport. Il existe encore, auprès de nos élites, culturelles ou scientifiques, un vrai retard culturel sur la compréhension du sport et ce qu’il représente. Ils ne voient pas la dimension sociale. Le monde du sport a aussi un gros travail à faire pour démontrer cet ancrage culturel. Cela bouge un peu : les grands événements sportifs internationaux organisés en France montrent clairement qu’ils laissent derrière eux un des traces, un vrai héritage et non pas des dettes. Il a été démontré que ces grands événements sont souvent des périodes de ruptures et de changements culturels dans la société. Ca a été le cas avec les Jeux de Grenoble en 1968 ou ceux de Barcelone en 1992. Aujourd’hui, la pierre est dans les deux camps. Je pense que le monde des élites scientifiques devrait se saisir de ces opportunités pour leurs recherches. Il faut enfin arrêter de stigmatiser le sport et en faire une opportunité plutôt qu’une menace».

Vincent Chaudel, directeur de la communication et du marketing de Wavestone France.

Vincent Chaudel, Wavestone

«Il y a des incompréhensions en France à propos du sport qui est plus vu pour son aspect business. Nous sommes un pays d’art et de culture, ce dont nos élites sont fières, et, en schématisant, le sport serait fait pour parler au plus grand nombre au contraire de la culture qui devrait être démocratisée afin d’être rendue la plus accessible possible. Il y a un regard bienveillant sur la culture et certains n’hésitent pas à proposer de taxer le sport pour soutenir la culture. Cette vision est très française, elle n’existe pas dans les pays anglo-saxons où le sport est partie intégrante du parcours académique. Paris 2024 a cette obligation de communication vers les élites notamment parce que ce sont eux qui se retrouvent à la tête des grandes entreprises. Or, ces grandes entreprises ne soutiennent le sport en France que lorsque l’Etat leur demande. Peu le font de manière stratégique. Le travail de pédagogie doit venir du monde du sport. Il doit prouver qu’il est un fabuleux laboratoire de recherches pour un secteur scientifique français dont une étude Wavestone a démontré, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle, qu’il était dénué de moyens alors qu’il y existe une élite scientifique reconnue au niveau mondial (1). Paris 2024 pourrait être une vitrine et une exposition universelle de nos savoir-faire dans ces domaines».

(1) 61% des investisseurs classent la France dans leur Top 5 des destinations pour investir dans la Deep Tech.


Pour gagner la guerre datapolitique, annulons les JO !

Extraits de la chronique du Docteur Laurent Alexandre publié dans La Tribune vendredi 13 avril 2018. (Laurent Alexandre est actionnaire de La Tribune).

«L’IA [l’intelligence artificielle] n’est pas un programme informatique banal : elle s’éduque plus qu’elle ne se programme. La clé du succès n’est donc plus la longueur du code informatique, mais la taille des bases de données. Avec des milliards de clients qui alimentent les leurs, les géants du numérique américains et chinois bénéficient d’une supériorité écrasante»

«Le seul Alibaba (…) vient d’investir 15 milliards de dollars dans la recherche en IA, tandis que le budget de l’Inria, fer de lance de la recherche française en informatique, est de 238 millions de dollars, dont quelques miettes pour l’IA».

«Les bouleversements en cours sont terriblement violents. il n’est pas certain que nos certitudes économiques et géopolitiques restent valides. Les géants du numérique entendent changer la politique (…). L’avance des Gafa et BATX est immense».

«Pour réussir le chantier et combler notre retard il faut beaucoup d’argent: annulons les JO de Paris 2024 et utilisons les 20 milliards économisés pour lancer le plan Villani 2»