Paris 2024 placé sous observation

Impact économique, touristique, mais également social et environnemental : l’Observatoire pour la recherche sur les Méga-Événements (ORME), lancé vendredi 2 février par l’Université de Paris-Est, promet de vérifier et quantifier l’ensemble des retombées générées par les Jeux olympiques de Paris 2024. Imaginé et conçu par les chercheurs et enseignants universitaires, cet outil a l’ambition de devenir la référence pour estimer les conséquences des grands événements sportifs, les fameux GESI (Grands événements sportifs internationaux) que la France va accueillir ces prochaines années.

Cécile Collinet, Université Paris-Est

Six thèmes ont été retenus dans cet observatoire : l’économie, le touriste, l’héritage social, mais aussi l’environnement, les retombées dans les territoires et la pratique sportive (voir-ci-dessous). «Ce sont les six principaux enjeux identifiés pour ces événements, explique Cécile Collinet, spécialiste de la sociologie du sport à Paris-Est. Nous allons mettre en place des indicateurs et une méthodologie permettant d’évaluer ces enjeux mais aussi de vérifier le respect des engagements».

Un colloque international

Indépendant des acteurs économiques et politiques, l’Observatoire initié par l’Université Paris-Est se veut surtout consensuel. «Notre but est de fédérer les chercheurs, les mettre en relation le plus tôt possible avant l’événement, les faire dialoguer entre eux, précise Pierre-Olaf Schut, Maître de conférences à Paris-Est. Nous pourrons structurer le projet dans l’objectif de réaliser un travail académique». Le scientifique, spécialiste du sport, affirme aussi que l’une des missions est «d’être une interface entre le monde de la recherche et le grand public» et que les résultats de leurs travaux «devront être le plus visibles et lisibles possible».

Ce projet ambitieux a été imaginé par Gilles Roussel, président de l’Université de Paris-Est et de la Conférence des présidents d’universités, après la signature le 16 juin 2017 d’une convention entre Paris 2024, alors encore en situation de candidature, et le milieu universitaire. Une première étape de l’Observatoire est prévue les 18 et 19 juin prochain avec un colloque international organisé dans les locaux de Paris-Est à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne).

A écouter : l’interview de Gilles Roussel, président de l’Université Paris-Est.


Impact économique : l’enjeu d’un bon contrefactuel

Yannick L’Horty, Université Paris-Est

Calculer les retombées économiques d’un événement sportif, c’est-à-dire évaluer l’ensemble de ses conséquences directes et indirectes, est une tâche plutôt aisée tant les indicateurs sont faciles à isoler. En revanche, estimer son impact est plus complexe. Ce travail consiste à évaluer ce que l’événement a rapporté en plus au territoire par rapport à une situation hypothétique où la compétition n’aurait pas eu lieu. «L’enjeu est de construire un bon contrefactuel, car il est toujours difficile d’estimer ce qui pourrait se passer si l’événement n’était pas organisé, explique Yannick L’Horty, économiste et professeur à Paris-Est. Il faut trouver les bons témoins, ceux qui peuvent évoluer à peu près de la même manière que la série qui nous intéresse». Cette courbe économique hypothétique tracée, il suffit alors de la comparer avec celle de la situation réelle, incluant les retombées des Jeux. «Le travail sera d’améliorer constamment la qualité du contrefactuel, notamment grâce à des enquêtes statistiques», ajoute le chercheur.

 


Les six thèmes de l’Observatoire pour la recherche sur les Méga-Événements

  • Enjeu environnemental : qualité de l’air, de l’eau, énergie,…
  • Enjeu économique : emplois, création de richesses, investissements,…
  • Enjeu social : sécurité, formation, discrimination, genre, santé,…
  • Enjeu territorial et urbain : projet urbain, transports, logements,…
  • Enjeu sportif : pratique, équipements, performance,…
  • Enjeu touristique : gestion des flux, hébergements, conflits touristes-habitants,…

Paris 2024 : les craintes des Franciliens

L’ORME a commencé à produire ses propres études. La première révélée concerne les craintes que peuvent avoir les populations par rapport aux conséquences de l’organisation des Jeux à Paris. Il s’agit des résultats partiels de cette enquête réalisée en novembre et décembre 2017 auprès de 1500 personnes en Île-de-France dont 900 étudiants.

Les étudiants franciliens et les Jeux olympiques de Paris 2024
> 913 répondants

  • Peu d’intérêt : 17%
  • Défavorables à l’organisation des J.O. : 19,3%
  • Indifférents ou hostiles : 33,3%
  • Ne se déplaceront pas pour les J.O. : 27%
  • N’auront pas accès au spectacle (à cause du prix) : 50,5%

La population francilienne et les Jeux olympiques de Paris 2024
> 437 répondants

  • Avouent des inquiétudes : 61%
    • Gène dans leurs déplacements
    • Afflux de touristes
    • Augmentation des prix
  • Conséquences financières négatives : 45,3%
  • Aucun impact sur le développement du territoire : 46,7%

«Cette enquête permet de prendre le pouls de la population, commente Cécile Collinet, professeur à Paris-Est. Ce sont des résultats provisoires, mais ces chiffres peuvent déjà nous interroger, notamment quand on observe qu’un tiers des étudiants est hostile ou indifférent aux Jeux. Or, il s’agit d’une population jeune et cœur de cible pour Paris 2024. Le but du Comité d’organisation va donc être de voir comment les impliquer à l’événement. Ces données devraient les aider à orienter leurs communications»