Paris 2024 sera sur France Télévisions

Télévisions

Le suspense aurait pu durer quelques mois de plus. Il s’est conclu cinq ans avant l’échéance, un soir de lundi de Pâques. France Télévisions a signé un accord avec le groupe Discovery pour la diffusion en exclusivité en clair des épreuves des Jeux olympiques de Paris 2024. Le contrat prend également en compte les Jeux d’hiver de Pékin 2022. Le groupe audiovisuel public détient déjà les droits des Jeux de Tokyo 2020, l’an prochain. L’annonce a été saluée par Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions : «Honneur et fierté de vous annoncer que nous avons signé avec Discovery un partenariat exceptionnel,» indique-t-elle dans un tweet, et elle évoque «un succès majeur pour le service public

En 2015, le groupe américain Discovery, qui détient notamment Eurosport, avait raflé l’intégralité des droits de diffusion en Europe [télévision gratuite et payante, internet et mobile] des Jeux olympiques de 2018 à 2024 : deux d’hiver (Pyeongchang 2018, Pékin 2022), deux d’été (Tokyo 2020 et Paris 2024, qui n’avait pas encore été désignée à l’époque). Le chèque s’élevait à 1,3 milliard d’euros. Charge à Discovery, qui avait soutenu la candidature de Paris 2024, de sous-licencier ces droits par territoire à des chaînes en clair. En 2011, pour acquérir les droits de 2014 à 2020, soit deux éditions d’hiver et deux d’été, France Télévisions aurait déboursé 160 millions d’euros au total, dont 45 à 50 millions pour chacun des Jeux d’été.

Au minimum 200 heures en clair

France Télévisions avait donc réservé les droits de Pyeongchang 2018 et Tokyo 2020 avant l’accord signé par Discovery et le Comité international olympique. Le groupe américain n’avait à vendre, en France, que Pékin 2022 et, surtout Paris 2024. Le CIO exige que 200 heures de compétition, au minimum, soient retransmises sur une chaîne gratuite pour les Jeux d’été (100 heures pour les Jeux d’hiver). Le groupe américain espérait 130 millions d’euros pour la diffusion en France des Jeux de 2022 et 2024. La concurrence poussait déjà ses pions.

Ainsi, TF1 n’a jamais caché son intérêt pour les sports collectifs, notamment le handball et le football. M6, plus discrète, a aussi regardé le dossier, notamment pour les cérémonies. De son côté, France Télévisions… faisait face à une baisse de son budget, notamment celui consacré aux achats de droits sportifs. Le marché attendait donc un partage des droits en clair : il n’en n’est rien. C’est France Télévisions qui a remporté le morceau. Seul. Même si la facture (non révélée) sera forcément lourde, le groupe audiovisuel public, certainement encouragée par le gouvernement, a sans doute conclu qu’il avait plus à perdre en faisant une croix sur les Jeux de Paris.

© SportBusiness.Club. Avril 2019.

Mise à jour, mardi 23 avril 2019. Le Parisien (qui apparemment a négocié en amont la publication de cette information) révèle que le contrat entre Discovery et France Télévisons a été signé mercredi 17 avril. Dans une interview, Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, livre aussi quelques explications. Extraits :

«Les vrais concurrents de demain, c’est Facebook et les plates-formes, comme Netflix. En signant cet accord, on s’est assurés qu’ils ne diffuseront pas les JO gratuitement.»

«L’année dernière, quand l’Etat a rendu son arbitrage sur la trajectoire économique de l’audiovisuel public, nous avions déjà pris en compte le coût de cette éventuelle acquisition. D’ailleurs, je n’aurais pas pu signer ce contrat sans l’aval du conseil d’administration, auquel participent des représentants de l’Etat. C’était bien prévu, il n’y aura donc ni bonus ni rallonge.»

«Cette acquisition ne se fait pas au détriment d’autres. Notre volonté, c’est de garder Roland-Garros. Nous avons la même volonté pour le Tour de France et nos autres grands rendez-vous sportifs.»

Le Parisien, mardi 23 avril 2019, page 31

Mise à jour, mardi 23 avril. L’Equipe révèle qu’un rendez-vous secret avait eu lieu entre Discovery et France Télévisions lors de Roland-Garros 2018. Tony Estanguet, président de Paris 2024, se réjouit de cet accord.

«Même s’il n’y avait pas urgence, c’est plutôt une bonne chose pour nous que le diffuseur soit connu parce que c’est un partenaire dans la réussite des Jeux. (…) Ça nous donne une force de frappe très intéressante parce que le service public a la possibilité aujourd’hui de mettre des moyens importants, avec plusieurs chaînes, avec une couverture sur tout le territoire. (…) On veut vraiment que ces Jeux soient accessibles au plus grand nombre. France Télévisions est un partenaire assez naturel dans cet objectif. Il sera encore plus intéressé et motivé à promouvoir ce projet.»

L’Equipe, mardi 23 avril 2019, page 23

Mise à jour, mercredi 24 avril 2019. Interview de Laurent-Eric Le Lay, directeur des sports de France Télévisions dans L’Equipe.

«Nous n’avons pas eu de discussion avec TF1 et M6 sur des partages éventuels. On s’est très vite positionnés sur la diffusion des Jeux dans leur globalité, ce qu’on a toujours fait. Diffuser une partie des Jeux nous obligeait à avoir une proposition éditoriale un peu différente…»

«Le fait d’être à Paris nous permettra de diffuser plus facilement un certain nombre d’épreuves sur France 2 et France 3, y compris en même temps. On n’aura plus France 4 et France Ô (fermées en septembre 2020).»

«Il y a 17 jours de compétitions, donc oui, il y aura dans les 700 heures de diffusion. Tout dépendra du programme, il faut nous laisser le temps.»

«Notre rôle sera d’éditorialiser ces Jeux en passant d’un événement à un autre en fonction de l’intérêt de celui-ci et de la participation des athlètes français. Ce sera notre terrain de jeu

L’Equipe, mercredi 24 avril 2019, page 26

France Télévisions créera une chaîne linéaire

L’acquisition des droits des Jeux olympiques de Paris 2024 par France Télévisions a donné lieu… à un tweet de la part du groupe audiovisuel public, aux alentours de 21h30 ce lundi 22 avril. Le site France TV Sport donne un peu plus de détails. «France 2 et France 3 diffuseront (…) en direct, différé et par extraits dans ses différentes émissions» les épreuves des J.O. de Paris. «Les chaînes 1ères diffuseront également les JO dans les territoires Ultra Marins». Le groupe audiovisuel public annonce également la création «sur le numérique d’une chaîne linéaire spécialement éditée à destination d’un public en mobilité et de communautés plus spécifiques» ainsi que de «nombreux extraits et reportages sur les services numériques, sites internets, apps mobiles et comptes de réseaux sociaux.»

Mise à jour, mardi 23 avril 2019. Dans un communiqué commun, France Télévisions et Discovery indique : «Dans le cadre de cet accord, Discovery attribue l’exclusivité des droits audiovisuels en clair et en direct au groupe public France Télévisions, les droits payants restants sa propriété pour une exploitation en direct et en intégralité sur Eurosport.» De son coté, Discovery «réaffirme Eurosport dans sa position de Home of Olympics en Europe et en France avec une couverture qui offrira l’intégralité des Jeux aux fans les plus passionnés – avec en complément des chaînes Eurosport, des chaînes événementielles et un service multicanal permettant des flux dédiés, pour suivre chaque athlète, chaque épreuve, chaque sport et chaque médaille d’or.»

«Ce partenariat avec France Télévisions est historique. Accueillir, chez nous, dans notre capitale, les athlètes du monde entier pour les JO est un rêve collectif devenu réalité et nous serons ravis d’offrir une diffusion exhaustive de l’événement sportif français du siècle sur nos chaînes Eurosport 1 et Eurosport 2 ainsi que sur des chaînes événementielles et un service multicanal dédié qui permettront de suivre à tout moment les exploits de chaque athlète dans chaque discipline

Julien Bergeaud, Directeur Général, Discovery France