Pourquoi Fortil met les voiles

A peine arrivé, déjà reparti. Fortil, cabinet conseil en ingénierie, a annoncé fin novembre à son skipper, Clément Giraud, que son programme de sponsoring sportif était stoppé net… six mois seulement après avoir été lancé. Le navigateur tire ainsi un trait sur le Vendée Globe 2020, point d’orgue du programme initialement prévu avec son partenaire. La décision fait suite à un incendie qui a endommagé le bateau, un Imoca, au départ de la Transat Jacques Vabre, début octobre. Olivier Remini, président et fondateur de Fortil, justifie ses choix à SportBusiness.Club.

«L’incendie est un coup du sort qu’on ne maîtrise pas, explique-t-il. Beaucoup de situations avaient été anticipées sur de possibles casses à bord, mais un incendie de cette ampleur n’était pas dans les plans. Nous avions calibré un budget raisonné et raisonnable pour ce projet, qui correspondait à nos capacités financières. Au-delà, on sort du cadre et même si je suis un homme de passion, je suis aussi un homme de responsabilité. L’arrêt du programme Vendée Globe est un cas de force majeure. C’est difficile pour tout le monde et pour Fortil en premier lieu qui a financé l’ensemble du projet.»

Propriétaire de l’Imoca, Fortil a donc estimé que les coûts devant être de nouveau engagés sur le bateau étaient disproportionnés par rapport aux objectifs initialement fixés, malgré le projet sociétal porté par le skipper axé sur la transmission des savoirs et le partage via un soutien à diverses associations. «Le projet révélait une image qualitative et audacieuse de l’entreprise, indique Olivier Remini. Nous avons embauché plus de 1.000 ingénieurs en 10 ans sans communication et sans fond financier. Il s’agissait d’une belle rencontre autour du monde associatif. De nombreuses opérations avaient déjà été menées auprès des écoles et des associations autour du projet. En cela le projet ne s’arrête pas car nous continuons plus que jamais nos actions avec encore plus de budget. Je voyais ce projet comme un accélérateur pour nos projets sociétaux. Force est de constater qu’il était finalement plus consommateur que productif.»

«Avec le skipper, nos intérêts ont divergé»

Par ailleurs, Olivier Remini a jugé que la durée estimée pour les travaux, 8 mois, n’aurait pas permis au marin d’être prêt pour le Vendée Globe. «Le timing qui est devenu le nôtre désormais ne nous permet pas d’avoir une préparation à la hauteur du défi et engendre un risque très important pour la sécurité du skipper, commente le patron de Fortil. Il faudrait être inconscient pour se lancer au départ dans ces conditions.» Une analyse que ne partagerait pas Clément Giraud, en désaccord avec son désormais ancien partenaire. «La situation est très dure à accepter pour lui par rapport à sa carrière et nous le comprenons, confie Olivier Remini. Avant cet évènement, nous lui avons délégué 100% des actions et lui avons fait une entière confiance sur les projets associatifs et sportifs. Nous ne regrettons pas. Après l’incident les intérêts ont divergé et c’est normal.»

Olivier Remini avoue ne pas savoir quel sera l’avenir de ce bateau endommagé qui lui reste sur les bras. Fortil, qui a été engagé dans le rugby avec le RC Toulon et plusieurs équipes amateurs de rugby ou football n’a pour autant pas décidé d’arrêter définitivement la voile. «La voile était et reste une progression naturelle de nos engagements qui ne se substituent pas aux autres, précise t-il. Maintenant nous devons boucler le dossier Vendée Globe. Il est prématuré de nous projeter dans un futur partenariat, mais nous ne nous interdisons rien, ni la voile, ni même un projet pour le Vendée Globe 2024

Enfin, le président de Fortil ne craint pas les possibles conséquences négatives en image de ce revirement de bord. «Nous ne faisons jamais les choses par peur ou par crainte, répond-il. J‘ai une formation d’ingénieur très cartésien. Je ne vais pas continuer un projet qui n’est responsablement pas viable. Ce qui m’intéresse c’est le projet global : les collaborateurs, les clients, les projets industriels et les partenaires associatifs de l’entreprise. Donc je ne mettrai jamais en risque le véritable Projet pour une course sportive qui bénéficient surtout à une poignée de personnes.»

©️ SportBusiness.Club Décembre 2019