Sail GP s’envole vers le futur de la voile

Voile

Dimanche 22 septembre à Marseille il y aura un millionnaire : le vainqueur de la première édition de Sail GP. C’est le montant spectaculaire de la prime (1 million de dollars) du nouveau circuit de courses à la voile créé par Russel Coutts. Le skipper néo-zélandais, qui a soulevé quatre fois la Coupe de l’America, veut casser les codes de sa discipline. Et il n’y a pas que la valeur du prix qui soit spectaculaire. Bourrés de technologies, équipés d’une aile au lieu d’une voile, les trimarans F50 de Sail GP, tous identiques, peuvent atteindre 90 kilomètres par heure (50 noeuds) sur l’eau. Surtout : ils volent au-dessus de la mer grâce à leurs foils. Les courses, très courtes, se disputent également au plus près des rivages, quasiment au pied des spectateurs. Le circuit entend ouvrir une voie.

«Je suis très content du travail déjà accompli et excité de voir l’énorme potentiel de cette compétition pour l’avenir, se réjouit Russell Coutts. Avant la finale à Marseille, sur les quatre premières étapes [Sydney, San Francisco, New-York, Cowes] nous avons déjà cumulé 38 millions de téléspectateurs sur les différents supports qui retransmettent les courses, et 100.000 spectateurs. Nous montrons que nous pouvons organiser une compétition régulière, avec des régates côtières et des bateaux par pays

Un format adapté aux réseaux-sociaux

A la tête de ce projet, le célèbre navigateur est très optimiste. Il a montré que son bébé est un produit sportif très bien ficelé. Pour réussir son pari, il s’est donné cinq ans. Durant cette période il faudra attirer un nouveau public. Cet objectif passe par une couverture audiovisuel moderne, inspirée des jeux vidéo et de la Coupe de l’America. Les positions et vitesses de chaque bateau sont indiquées en temps réel. Le écarts et tracés de la course sont virtuellement dessinés sur les écrans. Cinq caméras sont embarquées sur chaque bateau et dans les airs les images sont capturées par un hélicoptère et un drone. A terre c’est une équipe de 50 personnes qui se charge de la production.

Le déploiement de ces moyens techniques et cette éditorialisation innovante ont un objectif clair : attirer une population de non-initiés et une audience jeune. Les images spectaculaires couplées à une durée limitée des courses (une dizaine de minutes) sont très adaptées à une exploitation sur les réseaux sociaux. «Nous sommes clairement dans un show sportif dont les images peuvent être directement réutilisables via des vidéos courtes, confirme Tiphaine Turluche, directrice générale du Team France. Les courses, visibles depuis les rives ou la plage permettent aussi d’intéresser les spectateurs

Les spectateurs sont la deuxième cible de Russell Coutts qui a souhaité des épreuves au plus près des rives, et non au large. C’est le cas à Marseille où les F50 frôlent la digue du port où sont installées les tribunes. «Les gens apprécient beaucoup l’événement, affirme le skipper néo-zélandais. Nous amenons la course aux pieds des spectateurs, alors qu’auparavant ils ne voyaient les bateaux qu’en vidéo. C’est une expérience absolument différente.» Une expérience payante également ce qui aussi nouveau dans la voile.

Cinq ans pour trouver des sponsors

La dernière étape de Russell Coutts est celle du sponsoring. Aujourd’hui, Sail GP est financièrement soutenu par Oracle et son fondateur Larry Ellison. Le milliardaire américain qui s’est désengagé de la Coupe de l’America, a investi 50 millions de dollars (45 millions d’euros) dans le projet. Rolex et Land Rover ont rejoint le groupe informatique. Les équipes, elles, n’ont pas de partenaires propres. Pas encore. Pour démarrer le circuit, chaque team est financé par Sail GP. «Notre budget est garanti pour cinq ans, mais l’idée est de trouver des partenaires avant cette échéance,» confie Tiphaine Turluche, du Team France qui dispose d’une enveloppe annuelle de 5 millions d’euros.

Russell Coutts

Aujourd’hui, les six équipes (deux autres pourraient arriver en 2020) sont directement rattachées à Sail GP chacune via une structure nationale. Le skipper du bateau est aussi le manager de cette société, comme Billy Besson, en France. «Nous travaillons, avec les autres équipes, sur une offre commerciale, précise Tiphaine Turluche. Nous échangeons beaucoup ensemble, mais au final chacun aura sa propre équipe commerciale.» Le ticket d’entrée pour être partenaire majeur du Team France de Sail GP pourrait s’élever à plusieurs centaines de milliers d’euros annuels. Le naming du bateau ne serait pas exclu.

«On sort du yachting classique, il faut inventer beaucoup de choses, poursuit la directrice générale du Team France. C’est le cas pour l’hospitalité car, contrairement aux autres bateaux, le notre n’est pas disponible entre les courses pour, par exemple, organiser des opérations de relations publiques en mer. A nous de travailler de nouvelles offres.» Les équipes pourront peut-être amener leurs invités à Londres pour découvrir le simulateur grandeur réel. Sail GP, qui fait beaucoup penser au développement de Formula-e, n’est décidément pas une compétition comme une autre.

©️ SportBusiness.Club. Septembre 2019


Sail GP France cherche jeune coéquipier

Le futur de la voile a besoin de vous. L’équipe de France de Sail GP, emmenée par Billy Besson, lance ce vendredi 20 septembre une campagne de recrutement pour sélectionner son prochain équipier, un wincher, celui qui fait tourner les moulinets à la force des bras. «Nous n’allons pas chercher obligatoirement un voileux, explique Tiphaine Turluche, directrice générale de l’équipe de France Sail GP. Justement, nous voulons nous ouvrir vers d’autres sports, et ça c’est super excitant.» Jeunes judokas, athlètes ou cyclistes sont ainsi invités à tenter leur chance. Il faut juste avoir moins de 27 ans et posséder une bonne capacité musculaire. «Nous aimerions bien avoir un relai du Ministère des Sports afin d’approcher plus facilement les fédérations sportives,» confie Tiphaine Turluche qui va surveiller les candidatures et vidéos postées sur le site dédié dont le nom est déjà tout un programme : sailgp.bestjob.


Nouvelle compétition, nouvelle billetterie

La finale de Sail GP à Marseille innove pour sa stratégie de billetterie. Déjà en en instaurant une, ce qui est nouveau dans la voile. Les courses sont visibles à partir d’un digue, accessible uniquement par la mer, et payante : 95 euros pour les places les moins chères. De petits bateaux pourront aussi faire vivre la course d’encore plus près 85 euros. En mer toujours, mais avec plus de confort, le spectacle sera visible à bord d’un bateau plus important : 195 euros, petits fours compris. L’accès au Village, où les images des courses sont retransmises sur écran géant, est gratuit comme pour les plaisanciers désirant suivre la course en mer, d’un endroit un peu plus éloigné que les bateaux officiels. Ils devront s’enregistrer au préalable pour recevoir un pavillon les autorisant à entrer dans cette zone. Le nombre de personnes à bord sera également annoncé pour que l’organisation puisse calculer précisément le nombre de spectateurs présents.