SFR prend le contrôle de NextradioTV: le CSA n’est pas inquiet

Aucune conséquence. Dans une étude d’impact publiée vendredi 9 mars, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) estime le projet de prise de contrôle par le groupe SFR (Altice) de NextRadioTV (BFM TV, RMC, SFR Sport…) n’aura pas de conséquence sur le marché des droits sportifs audiovisuels. «Le Conseil estime que l’opération n’est pas susceptible de déstabiliser (…) le marché des droits sportifs», précise le rapport qui rappelle que «la part de marché du groupe Altice sur le marché des droits sportifs a crû rapidement depuis son entrée sur ce marché en 2016. Fin 2018, elle est estimée par le Conseil dans une fourchette de [20-30] %, contre environ [35-40] % pour le groupe Canal Plus et [15-20]% pour Be In Sports, qui constituent ses principaux concurrents».

Toutefois, le document du CSA indique  que «selon certains tiers, l’opération, en donnant la possibilité au groupe SFR de mettre en oeuvre des effets de levier entre ses différentes activités, déstabiliserait le secteur de la télévision gratuite et payante».  Toutefois, à propos d’une éventuelle déstabilisation du marché des droits sportifs liée à cette opération, le CSA tempère ces craintes en notant que SFR Sport 1 et SFR Sport 2 «disposent aujourd’hui d’une base d’abonnés et donc de revenus bien inférieurs à ceux des chaînes concurrentes du [Groupe Canal+] et de Be In Sports, compte tenu notamment de la distribution exclusive de fait de ces chaînes qui pourrait toutefois évoluer à l’avenir».

Un effet limité sur les droits sportif

Le constat du Conseil est identique pour les chaînes en clair : «La capacité de négociation du groupe Altice pour des droits de diffusion pour la télévision gratuite est également limitée par le potentiel de programmation et d’amortissement de ces droits sur les chaînes du groupe NextRadioTV. En effet, BFM TV et RMC Découverte, et dans une moindre mesure Numéro 23, sont contraintes par leur format. De plus, ces chaînes sont également limitées dans leur capacité financière, inférieure à celle des principales chaînes de la TNT». Le CSA est cependant conscient que «le groupe SFR pourrait effectivement se porter acquéreur de l’intégralité des droits» pour des «compétitions sportives (…) pour lesquelles les détenteurs de droits désirent une double exposition en télévision gratuite et en télévision payante».

Ainsi, «concernant les « événements d’importance majeure », le groupe SFR ne serait pas contraint de remettre en concurrence ces droits sur le marché pour une diffusion en télévision gratuite» car le groupe détient des chaînes gratuites (Numéro 23, RMC Découverte, BFM TV)… comme d’autres groupes audiovisuels rappelle le CSA. «C’est aussi le cas du Groupe Canal+, qui diffuse peu de compétitions sportives sur ses services de télévision gratuite C8 et CStar».

Le CSA estime quand même que cette possibilité pour le Groupe SFR d’acquérir l’ensemble droits, gratuits et payants, d’une compétition «renforcerait le degré de concurrence entre éditeurs et pourrait accentuer la tendance à l’inflation des montants des droits sportifs». Le Conseil rapporte les craintes de certains tiers : «in fine [cela pourrait] conduire à évincer des acteurs de la télévision gratuite qui, financièrement, ne seraient plus en mesure d’acquérir des droits». Le régulateur de l’audiovisuel conclu cependant que «cet effet devrait toutefois demeurer limité» car «les ayants droit désireux de viser une double exposition en télévision payante et en télévision gratuite peuvent constituer des lots séparés».

Mise à jour : Avant de donner sa décision, et le feu vert au groupe SFR prendre le contrôle effectif de NextradioTV, le CSA entendra les parties tierces désireuses de s’exprimer sur ce dossier. Les demandes sont à envoyer avant le 14 mars et les auditions publiques se tiendront entre le 19 et le 23 mars. Le Conseil entendra une nouvelle fois, en public aussi, les représentants des groupes SFR et Nextradiotv «au plus tard le 23 mars», puis «rendra sa décision à la mi-avril».


Un effet Ligue des Champions pour Numéro 23 ?

Dès cet été, il faudra se brancher sur une chaîne du groupe SFR pour suivre les matchs des deux Coupes d’Europe de football, la Ligue des Champions et la Ligue Europa. Le groupe a acquis ces droits en exclusivité pour trois saisons et un total de 350 millions d’euros annuels. Si l’ensemble des rencontres sera proposé sur les antennes de SFR Sport, certains matchs, jusqu’à 100 en année 2, pourraient être programmés sur Numéro 23. Dans son rapport, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) «considère toutefois que l’effet sur l’audience serait limité». L’argument du gendarme de l’audiovisuel : «Il semble réaliste de supposer que SFR réservera les affiches les plus attractives, en particulier les rencontres de Ligue des champions impliquant des équipes françaises, à ses services payants. En faisant malgré tout l’hypothèse forte que Numéro 23 diffuserait uniquement des retransmissions sportives attractives (…) la hausse de la rat d’audience moyenne du service
sur un an serait comprise entre 0,05 et 0,1 point de pourcentage». Le CSA estime aussi que «plus généralement, la diffusion en télévision gratuite de compétitions attractives (…) peut être considérée comme une amélioration intrinsèque de l’offre des télévisions gratuites, et à ce titre contribuer à l’intérêt du public». Toutefois, le Conseil rappelle au groupe SFR que «que le format de Numéro 23 justifie que l’offre de compétitions sportives fasse une place significative aux sports peu présents sur les autres chaînes de la TNT gratuites, aux compétitions de sport féminin et au handisport».


Les principaux droits sportifs de SFR Sport

  • Football : Ligue des champions (2018-2021)
  • Football : Ligue Europa (2018-2021)
  • Football : Premier League anglaise (2016-2019)
  • Basket-ball : Championnat de France Jeep Elite (2015-2020)
  • Athlétisme : diverses compétitions dont la Diamond League (2017-2020)