«Un sponsor, avec moi, ce n’est pas un one-shot !»

Judo

Interview : Teddy Riner. Le judoka français, double médaillé d’or olympique et décuple champion du monde, était l’invité exceptionnel de la Conférence Stratégies mercredi 20 novembre. Interrogé par SportBusiness.Club, il s’estime heureux de pouvoir bénéficier de nombreux partenaires commerciaux lui permettant de poursuivre sa carrière sportive sereinement. Il choisit ses sponsors personnellement, refuse les one-shot… et ne veut surtout pas entendre parler de l’e-sport aux Jeux olympiques. 

Quel rapport entretenez vous aujourd’hui avec les marques ? 

Teddy Riner : «Je crois qu’il est bon, surtout quand on regarde les publicités à la télé. Mes partenaires commerciaux me permettent de ne pas penser à demain et ainsi de pouvoir m’entrainer au quotidien. Ils m’ont permis de me faire monter mon image aussi haut, même c’est également grâce au travail que j’effectue sur le tapis. Mais on peut dire que c’est 50/50. C’est grâce à eux, mais c’est aussi grâce à mes résultats, car sans résultats ils ne pourraient pas communiquer. J’entretiens un bon rapport avec mes partenaires commerciaux notamment parce que j’aime aussi jouer la comédie dans les spots publicitaires. Ca me détend et ça me faire voir autre chose, un autre univers. Je le répète, avant tout mes partenaires commerciaux me permettent de poursuivre ma carrière sportive tranquillement et sereinement. Vous savez, quelquefois ce n’est pas simple car on peut être champion du monde et ne pas avoir un seul sponsor.» 

Attendez-vous donc principalement des ressources financières de la part de vos partenaires commerciaux ? 

T.R.: «Oui, bien-sûr il y a les ressources financières, mais il offrent aussi un tremplin pour l’image et qui permet d’évoluer dans une autre sphère. Cela permet aussi de faire parler de mon sport, car il ne faut l’oublier, le judo n’est pas très médiatisé. C’est grâce à mes partenaires personnels que, parfois, ma fédération a plus de poids vis-à-vis de leurs propres sponsors.» 

L’exposition offerte grâce aux publicités s’inscrit donc dans un cercle vertueux. 

T.R.: «C’est aussi grâce au public, car c’est le public qui me porte. J’ai regardé récemment les résultats de mes partenaires commerciaux : ils sont tous en augmentation de 10, 20 ou 30%. Il y a mon travail, mon image, mais à la base ce sont mes sponsors qui m’ont fait connaître au grand public ainsi que mon sport. Tout ça est un travail de longue haleine. Et pour l’instant cela m’amuse.» 

Comment faites-vous le choix de vos sponsors ?

T.R.: «Je choisis mes partenaires commerciaux en fonction de ce que j’aime. Quand une banque est venue me voir, un jour, c’est parce que le président aimait le judo mais aussi parce que c’était la banque numéro une en France. J’aime bien avant tout être avec les meilleurs. Je choisis mes sponsors avant tout parce que ce sont des marques que j’aime, comme Candia car j’ai été élevé en buvant du lait : je n’ai pas honte à le dire, moi c’est chocolat chaud et pas café. Ce sont des marques qui me parlent et qui parlent à la cible que je touche.» 

Ce sont donc des choix très personnels ? 

T.R.: «Oui. Je me souviens en 2012, une grande marque télécom est venue me voir avec un gros chèque pour faire une opération. J’ai refusé. Moi, avec tous mes sponsors ce sont des aventures que l’on vit ensemble et pas des coups. Je ne signe pas pour un one-shot et peu importe la somme. Avec le partenaire, je veux créer une histoire ensemble et qu’elle évolue ensemble.» 

Quelles sont, selon vous, les limites des demandes des sponsors ? 

T.R.: «En fait les équipes qui travaillent avec moi s’arrachent les cheveux parce que j’ai tendance à répondre oui à beaucoup de choses. L’année 2020 sera assez particulière car il s’agit d’une année olympique et j’espère gagner une troisième médaille d’or [à Tokyo 2020]. Heureusement j’ai des partenaires compréhensifs. Je leur ai dit que même s’il est écrit dans le contrat que je leur dois dix ou vingt présences, chacun doit bien comprendre que le but est de travailler ensemble afin que je réussisse ces Jeux olympiques. Comme cela tout le monde est gagnant.» 

De nouvelles disciplines ou sports, comme le basket 3×3, le skateboard ou le breaking, rejoignent les Jeux olympiques. Vous en pensez quoi ?

T.R.: «Moi je dis que c’est super car justement les jeux olympiques c’est aussi mettre en lumière des disciplines qui sont peut-être un peu moins connues. Bon, maintenant je vais être clair : si on parle de nouvelles disciplines, je trouve que les e-gamers n’ont rien à faire aux Jeux olympiques. Le sport c’est physique. On se bouge, on sue. Il y a peut-être beaucoup d’enjeux financiers dans l’e-sport, mais je suis désolé pour ceux qui y investissent : l’olympisme c’est une histoire, ça remonte à beaucoup d’années en arrière et ça ne ressemble pas à l’e-sport. Maintenant, vous me parlez de basket 3×3, et bien c’est une évolution du sport. Le skate ? Je ne sais pas si les Grecs le pratiquaient, mais c’est une évolution aussi. Comme je le disais, il faut mettre certains sports en lumière. Et puis c’est bien aussi pour Paris de laisser une trace dans l’histoire olympique.» 

Dans le même temps, le judo, votre sport, doit-il évoluer selon vous ? 

T.R. : «Mais le judo évolue. Entre 2004, quand je suis entré à l’Insep, et aujourd’hui, mon sport a évolué chaque année. L’an prochain, à Tokyo, pour la première fois il y aura une compétition par équipe aux Jeux olympiques. Le judo évolue à sa façon mais c’est une nécessité car sinon on risque de se faire bouffer par les autres sports. C’est comme dans le monde de l’entreprise où il faut toujours anticiper les choses et se remettre en question. C’est pareil dans le sport à haut niveau

© SportBusiness.Club Novembre 2019 

Partenaires commerciaux de Teddy Riner
Audemars Piguet, BMCE Bank of Africa, Candia, Crédit Agricole, Ford, Maisons Pierre, Maroc Telecom, Accor Live Limitless, Under Armour. Engagements : Unicef, Institut des maladies génétiques, Teddy Riner Académie.


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«Les nouveaux territoires du sport.»