«Ten’Up, c’est le Booking.com du tennis»

Tennis

Nathalie Ricard Deffontaine, Fédération française de tennis

Interview Nathalie Ricard Deffontaine. La directrice de la communication et de la transformation digitale à la Fédération française de tennis (FFT) détaille la stratégie de numérisation du tennis français. La FFT vient de lancer l’application Ten’Up dont l’objectif est de drainer les pratiquants de tennis vers les clubs affiliés. La dirigeante, nommée en octobre 2018, lève également le voile sur la future chaîne de tennis récemment évoquée par le président de la FFT, Bernard Giudicelli et qui devrait voir le jour avant la fin de l’année.

Pourquoi la Fédération française de tennis a-t-elle lancée l’application Ten’Up ?

Nathalie Ricard DeffontaineTen’Up doit est une plateforme digitale accessible à l’ensemble des gens jouant au tennis et pas uniquement les licenciés FFT. Notre objectif est d’ouvrir le champ à tous les pratiquants. Aujourd’hui, nous avons environ 1,5 million de licenciés et l’on considère qu’il y a 4 millions de pratiquants. Cela signifie qu’il y a 2,5 millions de personnes qui jouent au tennis mais sans que l’on sache vraiment où. L’application donne la possibilité d’accéder à l’ensemble des clubs affiliés en un clic. Tous les marchés se sont digitalisés et c’était presque une nécessité pour le tennis d’y aller

Comment avez-vous procédé avec les clubs ?

N.R.D. : «Nous avons travaillé avec eux et avec les ligues régionales afin que tous puissent se retrouver sur cette plateforme. Grâce à la géolocalisation, l’application permet à toute personne de trouver les clubs les plus proches et de réserver, par exemple, un court quand cela est possible, notamment si le club dispose d’un système de paiement en ligne. Chaque club possède ses particularités et caractéristiques. Nous leur avons demandé de les mettre en avant ainsi que leurs offres afin que le pratiquant se retrouve rapidement selon ses besoins. A ce jour, nous avons 4.000 clubs sur la plateforme dont un peu plus de la moitié ont mis leurs offres en avant.»

Ten’Up a-t-elle été lancée en concurrence à d’autres applications de réservations de courts ?

N.R.D. : «Notre rôle c’est de développer la pratique du tennis. Notre plateforme, gratuite pour les clubs et les utilisateurs, est un outil qui va dans ce sens. Maintenant, nous restons dans l’univers fédéral et les clubs affiliés. L’espoir c’est bien-sûr que ces personnes qui iront dans les clubs y restent pour pratiquer le tennis. De même, en vacances, Ten’Up permettra de trouver un court ou un partenaire pour un match. Je vois la plateforme un peu peu comme le Booking.com du tennis. Mais la fédération ne prend pas de commission sur les transactions car c’est un service que nous rendons.»

Les partenaires de la FFT seront-ils visibles sur Ten’Up ?

N.R.D. : «Non, pas pour le moment. Nous venons tout juste de lancer l’application et cette version 1 est destinée aux pratiquants loisirs et aux licenciés compétiteurs. Nous ne nous sommes pas interdits d’intégrer une présence des partenaires ou l’ouverture d’une boutique en ligne, mais ce n’est pas la vocation de départ. Peut-être, un jour, incluerons-nous une rubrique proposant des avantages pour nos licenciés. Aujourd’hui, nous sommes dans l’amorçage.»

Quelle est la définition du « digi-club » comme le nomme le président Bernard Giudicelli ?

N.R.D. : «Le club doit profiter du numérique dans son activité. Cela signifie qu’il doit avoir sa vitrine sur Internet, sa page Facebook pour mettre en avant ses activités ou posséder un système de paiement en ligne. Quelque part le club doit faire aussi sa transformation digitale. Après, selon les études, les gens restent aussi dans un club pour sa vie et son ambiance. L’application Ten’Up dispose d’un volet communautaire à disposition des clubs. Les licenciés peuvent être tenus au courant d’événements ou de soirées grâce à des notifications. L’application est là pour que les clubs soient plus facilement en lien avec leurs membres. Le numérique doit les aider à mieux animer leur base d’adhérents.»

Des clubs encore à l’âge de pierre

Tous les clubs de tennis ont-ils entamé le virage numérique ?

N.R.D. : «Le nombre moyen de licenciés par club s’élève à 123, mais il existe de grosses différences dans les tailles : certains ont moins de 50 adhérents et d’autres plus de 1.000. Les structures sont très différentes. En revanche, ce ne sont pas les plus petits ni les plus gros qui se sont le plus mobilisés pour l’application Ten’Up. Il y a surtout le facteur humain et l’appétence, ou pas, des dirigeants avec le numérique. Des petits clubs ont déjà des sites internet très développés et d’autres plus importants sont encore à l’âge de pierre.»

La FFT est allée plus loin en organisant un hackathon sur la blockchain dans le sport. Pourquoi ?

N.R.D. : «Là, nous sommes dans une étape très prospective. En innovation, nous trouvons très intéressant d’aller solliciter des personnes capables en peu de temps d’appréhender une problématique, de l’aborder avec leur manière et d’apporter des solutions qui peuvent être totalement disruptives pour nous. Sur ce point nous nous sommes rejoints avec la fédération de football et le ministère des Sports. Cela vaut la peine notamment par rapport au sujet de la pratique dans un contexte où nous sommes en concurrence avec toutes les activités de loisirs. Cela vaut la peine de réfléchir et de voir comment réinventer les choses.»

Quelles sont les nouveautés de l’application Roland-Garros ?

N.R.D. : «Nous avons intégré une radio en direct et musclé la partie statistiques des matchs ou des joueurs. L’ergonomie a été revue pour la présentation des contenus. “In Stadia”, les spectateurs bénéficieront d’une carte 3D pour mieux se déplacer. Cette application redevient le point d’accès unique pour l’expérience du tournoi pour tout le monde, spectateurs dans le stade ou pas. La prochaine étape sera l’intégration d’une boutique. Par ailleurs, nous lançons une application destinée uniquement aux joueurs et à leur entourage. Ils y trouveront tous les services : hôtels, transport, cordage… Ils pourront aussi y retrouver toutes les statistiques et vidéos de tous leurs matchs

© SportBusiness.Club. Mai 2019

NB : Entretien réalisé conjointement avec Sport Stratégies


La chaîne de télé de la FFT en 2019

Le président Bernard Giudicelli a annoncé le lancement d’une chaîne de tennis en OTT d’ici fin 2019. Où en êtes vous ?

Nathalie Ricard Deffontaine : «L’idée de départ est toujours la promotion de la pratique. on voit beaucoup de tennis à la télé, mais finalement ce ne sont que les grands tournois. Le rôle d’une fédération est aussi de montrer le sport de territoire, le tennis des jeunes ou des histoires de clubs. Nous travaillons sur une chaîne qui permettra de voir le tennis autrement de tout ce qui est proposé par les diffuseurs. Nous n’avons pas de modèle économique mais nous avons réalisé des études pour connaître les attentes des 7 millions de personnes intéressées par le tennis.»

De quoi sera composée cette chaîne ?

N.R.D. : «Il y aura quatre thématiques importantes. La première est autour des équipes de France, mais plutôt celles des jeunes qui d’ailleurs réalisent de bonnes performances. Le deuxième thème développé sera le tutoriel. Nous allons nous appuyer sur les compétences de la DTN [Direction technique nationale] autour de la technique, la tactique, les préparations mentale et physique. Ces contenus seront plutôt destinés aux joueurs du dimanche. Ensuite, nous proposerons du live ou du “near live”. Le projet est de filmer des tournois ou des championnats, comme les interclubs, qui ne sont pas du tout captés aujourd’hui. Nous nous adresserons à des communautés réduites. Enfin, nous irons dans les régions pour parler des clubs formateurs. Ce sera donc une plateforme OTT, via internet, et pas une chaîne de télé proposant un flux en linéaire, sauf pour les directs. Nous avons fait le choix d’être propriétaire de la plateforme, mais elle sera ouverte et les contenus pourront être repris ailleurs, nomment, pourquoi pas, par la future chaîne du Comité nationale olympique et sportif français [prévue pour être lancée le 28 mai].»

La FFT lance aussi une chaîne en OTT au Brésil. Pourquoi ?

N.R.D. : «Oui, ce sera une application payante [29,99 reals/6,60 euros pour l’accès à l’ensemble du tournoi], destinée au territoire brésilien via laquelle nous diffuserons tous les matchs de Roland-Garros en complément de notre diffuseur habituel [Band Sports]. Nous avons récupéré les droits numériques là-bas. Cela nous permet de disposer d’une plateforme de diffusion qui pourrait être exploitée dans d’autres pays.»