Théâtre : Futsal et mains propres

Théâtre

C’est l’effervescence à Champignoux. L’équipe féminine locale s’est qualifiée pour la finale de la Coupe d’Europe de Futsal. A partir de là… tout va de travers. Uni jusqu’alors, le groupe se retrouve secoué par le recrutement surprise d’une nouvelle joueuse, l’arrivée d’un sponsor et les velléités d’un président loin d’être franc du collier. Cette satire de la Compagnie Jolie Môme, dresse un portrait pas très reluisant du football actuel et de ses travers.

La troupe de théâtre, au discours ouvertement ancré à gauche, signe un spectacle autour du football féminin en grossissant volontairement les traits des différents acteurs : le président sans foi ni loi qui corrompt les arbitres, l’entraîneur pas très futée, la joueuse fille du sponsor victime d’une sex-tape (tiens, tiens…), l’assistant qui mate les filles sous la douche, le supporter au bomber magouilleur et raciste… Tout y passe, du transfert douteux au dopage, en passant par la drague dans les vestiaires. Toujours avec humour.

Si au final le spectacle met en avant le plaisir du jeu (avant celui de l’argent) et porte un éclairage sur le foot féminin, la Compagnie Jolie Môme n’oublie pas le discours militant dans sa pièce grâce à quelques citations égrainées ci-et-là, et souvent sorties de leur contexte. Comme ce discours du président Serge Verdier à ses joueuses juste avant la finale : «Il y a ceux qui réussissent, et ceux qui ne font rien !». Du Macron dans le texte. Grand amateur de football, notre Président de la République, ne devrait pas se plaindre de cette reprise.


Futsal et mains propres, par la Cie Jolie Môme

Mise en scène : Michel Roger. Du 27 avril au 13 mai à la Belle Etoile, 14 rue Saint-Just, Saint-Denis (93). Tarifs : 13 et 20 euros… et entrée gratuite pour les grévistes. Possibilité d’y dîner avant. Débats. Samedi 28 avril à 15h00 : le député François Ruffin (La France insoumise) à propos de son livre «Comment ils nous ont volé notre football». Dimanche 29 avril à 15h00 : Marie Leroy, chargée de mission Droits des femmes de Saint-Denis. Dimanche 6 mai à 15h00 : Nicolas Kssis Martov, journaliste à So Foot.


«On a même joué un vrai match de foot féminin»

Installée à la Plaine Saint-Denis, entre les grands hangars des plateaux TV de la Porte d’Aubervilliers et le Stade de France, la Compagnie Jolie Môme compte une quinzaine de membres. Loïc Canitrot et Cyril Chellal, qui joue dans la pièce, reviennent sur la genèse du projet.

Comment est née l’idée de cette pièce ?

Loïc Canitrot : «Nous nous sommes demandés comment faire venir au théâtre tous ces jeunes que l’on voit autour de nous, à Saint-Denis. Il fallait leur parler de choses qui les touchent. Nous sommes donc allés sur leur terrain : le football. Nous avons même été très concrets puisque nous nous sommes allés sur le terrain situé juste derrière le théâtre».

Vous y êtes allés pour jouer au football ?

Cyril Chellal : «Oui, les filles jouant dans la pièce s’y sont entraînées. Nous y avons même organisé un match féminin. Cela nous a permis de discuter avec les jeunes. Maintenant, ce sont eux qui viennent sur notre terrain, le théâtre. Pour écrire la pièce nous avons beaucoup écouté et regardé. Nous avons aussi rencontré des joueuses, notamment de l’AB Saint-Denis».

Le football est-il miné par les supporters racistes, comme vous le décrivez ?

L.C.: «Il y en a, mais il faut dire qu’il y a aussi des groupes clairement anti-facistes. Heureusement. Tout n’est pas négatif dans le football. Mais cela fait partie de la réalité des choses. Le sport n’est pas en-dehors de la société. Nous voulions aussi dire que jouer au football c’est aussi le plaisir de jouer ensemble et que c’est un sport fédérateur».


L’extrait

  • Anna Marcos, joueuse équatorienne recrutée pour la finale : «Là-bas, en Amérique Latine, on joue avec le coeur.»
  • Rolande, entraîneur de Champignoux : «Ici, on joue avec les pieds !»

Le Futsal ?!

La Compagnie Jolie Môme accompagne chacun de ses projets de débats et de documentations. Dans le programme offert aux spectateurs, la troupe explique l’origine du mot Futsal, qui désigne officiellement les compétitions de football à 5 en salle. Le terme a été adopté par la FIFA en 1997. Il serait la contraction des mots brésiliens “Futebol” et “Sala”, qui peuvent se traduire par “football en salle”. Simplement.