Chronique. Alice Milliat, la Coubertine

Chronique. Par Alain Lunzenfichter. Lundi 8 mars, une statue d’Alice Milliat sera inaugurée au siège parisien du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Elle trônera à quelques mètres de celle du rénovateur des Jeux Olympiques, Pierre de Coubertin. Certains n’hésitent pas à comparer l’ancienne championne au Baron, même si la réputation de la première est loin d’avoir traversée l’histoire du sport comme celle de son homologue masculin. Et pourtant, c’est son opiniâtreté qui est à la base du développement du sport féminin à l’orée du XXe siècle.

Née le 5 mai 1884 à Nantes, Alice Milliat a suivie durant sa tendre enfance la campagne de Pierre de Coubertin pour la rénovation des Jeux Olympiques. Toutefois, au début du siècle elle a tristement constaté que les femmes n’avaient pas droit de cité lorsqu’on parlait de sport. A cette période la jeune femme pratique tous les sports. Mais sa prédilection va vers l’aviron. Il n’est pas rare de la voir faire ses 80 kilomètres quotidiens. Dans le même temps, elle ne dédaigne pas jouer au football, au basket, au hockey. Elle nage également et pratique l’athlétisme.

Institutrice, à Nantes, Alice Milliat voyage beaucoup. Elle séjourne ainsi en Grande-Bretagne où elle devient traductrice au lendemain de la mort de son mari, en 1908. Elle a alors 24 ans. Quatre ans plus tard, Alice participe à la fondation du club Femina Sport et milite dès lors pour la promotion du sport féminin en France et dans le monde. Certaines de ses membres deviennent recordwoman du monde. C’est le cas de Suzanne Liébrard, Germaine Delapierre, Thérèse Brulé ou encore Lucie Bréard. En 2017, Alice lance la Fédération des sociétés féminines sportives de France (FSFSF) qui deviendra plus tard, la Fédération féminine sportive de France (FFSF) dont elle sera présidente en 1919.

C’est justement Pierre de Coubertin qu’elle sollicite afin qu’il permette une plus grande participation des femmes aux Jeux Olympiques. Le Français, devenu président du Comité international olympique (CIO) lui répond sèchement que les Jeux Olympiques doivent être réservés aux hommes ! « Le rôle des femmes devrait avant tout de couronner les vainqueurs, » lance alors le Baron.

En 1921, Alice Milliat apprend que les femmes ne pourront pas participer aux épreuves d’athlétisme des Jeux de Paris rois ans plus tard, en 1924. En réaction, elle fonde alors ses propres Jeux Olympiques. Ils auront pour cadre la Principauté de Monaco. En cette année 921, cinq pays participent aux épreuves de ces J.O. alternatifs : la France, l’Italie, la Norvège, la Suisse et le Royaume-Uni. C’est fut grand succès comme. Il fut encore le cas en 1922 et n 1923. La suite sera la création des Jeux mondiaux féminins.

En 1925, Henry de Baillet Latour prend la succession de Pierre de Coubertin à la présidence du CIO. Le belge se montre moins intransigeant que son prédécesseur. Il ouvre, un peu, la porte à plus de participation des femmes aux Jeux de 1928 à Amsterdam (Pays-Bas), notamment en athlétisme. Pour le CIO, l’admission de plus de femmes aux Jeux est moins une reculade devant leurs revendications d’égalité qu’une possibilité de les mettre sous tutelle d’institutions sportives.

Alice Milliat ne gagna aucune médaille olympique. Elle ne participa même pas aux Jeux. Mais la française a remporté d’autres victoires, sans doute plus belles… même si à sa mort, le 19 mai 1957 il restait toujours beaucoup à faire pour l’égalité femmes-hommes dans le sport. En effet, il faudra attendre encore plus d’un demi-siècle pour que la parité entre les sexes soit atteinte aux Jeux Olympiques. Ce sera dans moins de 4 ans, à Paris, en 2024. Sous les yeux de la statue d’Alice Milliat. Et le regard du Baron Pierre de Coubertin.

© SportBusiness.Club Mars 2021

Alain Lunzenfichter est un des créateurs de la revue Courir en 1977. Journaliste, il a été rédacteur en chef adjoint de L’Equipe. Ancien président de l’association mondiale des journalistes olympiques, il est gloire du sport français et membre de l’Académie des sports.