Chronique. CIO: “Femmes je vous aime”… depuis pas longtemps

A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, ce lundi 8 mars 2021, et l’inauguration d’une statue en l’honneur d’Alice Milliat, militante du sport féminin, à Paris, au siège du CNOSF, retour sur la présence des femmes au sein du mouvement olympique mondial.

Par Alain Lunzenfichter. Dans un peu plus de trois ans, quelques semaines avant l’ouverture des Jeux de Paris, le 23 juin 2024, le Comité international olympique (CIO) fêtera son 130e anniversaire. Depuis 1900, et les Jeux de Paris (déjà), le nombre d’athlètes féminines n’a cessé de grandir. Toutefois, il a fallu attendre près de 90 ans après la naissance du CIO pour voir la première femme élue au sein de l’instance mondiale du sport.

C’est Juan Antonio Samaranch, le septième président du CIO, en 1981, qui a ouvert les portes de ce club jusqu’alors réservé aux hommes… et à l’esprit plutôt misogyne. Jusqu’à cette date, 332 hommes avaient été cooptés au sein de l’institution. Et aucune femme, donc. Longtemps, il a été reproché à Pierre de Coubertin, le rénovateur des J.O, de ne pas vouloir de femmes aux Jeux. Et pas plus au CIO, dont il a été le deuxième président. L’histoire a oublié de préciser que tous ceux qui lui ont succédé en firent autant !

Dès son élection à la présidence du CIO, en juillet 1980, Juan-Antonio Samaranch a justement voulu sortir des sentiers battus en cooptant deux femmes au profil bien différent. Ainsi, il a appelé chez les cardinaux du sport la championne finlandaise Pirjo Häggman. Olympienne, l’athlète a participé à trois éditions des Jeux d’été. En plus de cette spécialiste du sprint, le marquis espagnol a également nommé la vénézuélienne et cavalière Flor Isava Fonseca. Cette dernière est décédée en juillet 2020 à 99 ans.

En 21 ans de présidence Juan-Antonio Samaranch a fait entrer 18 femmes au CIO. Parmi elles figurent des championnes olympiques comme Nawal El Moutawakel (Maroc), Vera Caslavska (Tchécoslovaquie), Irena Szewinska (Polonaise) ou Hassiba Boulmerka (Algérie). Mais, il y a également des princesses comme Anne du Royaume-Uni, Dona Pilar de Bourbon d’Espagne et Nora du Liechtenstein. Cette dernière va d’ailleurs devenir la doyenne du CIO au départ du Canadien Richard Pound, qui quittera l’institution fin 2022. Ce sera la première femme à porter ce titre très honorifique.

La première vice-présidence de l’histoire a été l’Américaine Anita DeFrantz, nommée en 1997 et ancienne médaillée de bronze en aviron en 1976. Ces nominations, les premières donc dans l’histoire du CIO, n’ont pas empêché le président espagnol d’être la cible de plusieurs manifestations féministes, notamment lors des Jeux du Centenaire d’Atlanta en 1996, aux Etats-Unis.

Le début du XXIe siècle marque un tournant. Les affaires de corruption liées à l’attribution des Jeux d’hiver de 2002 à Salt Lake City (Etats-Unis) frappent les esprits. Est-ce une conséquence ? Depuis, le nombre de femmes membres du CIO augmente exponentiellement. Durant ses douze ans de présidence, le belge Jacques Rogge (2001 à 2013) coopte 21 femmes. Thomas Bach, l’actuel président, élu en 2013, a augmenté la cadence. Durant son premier mandat, en huit ans l’Allemand a nommé 24 femmes.

L’actuel patron du mouvement olympique a surtout mis en place l’Agenda 2020. Cette charte ouvre les portes du CIO aux athlètes, bien sûr, mais elle permet également la mise en place d’un nombre incroyable de politiques de très haut niveau. Ainsi, Thomas Bach a obtenu la quasi égalité des sexes à Tokyo 2020, cet été. Elle sera totale en 2024, à Paris. Autre innovation : au Japon, le CIO autorise et encourage les 206 Comités nationaux olympiques à faire porter, lors de la cérémonie d’ouverture, leur drapeau national par deux athlètes, un homme et une femme. Un message symbolique fort.

© SportBusiness.Club Mars 2021


Alain Lunzenfichter est un des créateurs de la revue Courir en 1977. Journaliste, il a été rédacteur en chef adjoint de L’Equipe. Ancien président de l’association mondiale des journalistes olympiques, il est gloire du sport français et membre de l’Académie des sports.

Les femmes et le CIO

  • Les changements liés à l’Agenda olympique 2020 :
    • 37,5% des membres du CIO sont des femmes, aujourd’hui. Ces dernières ne représentaient que 21% précédemment.
    • La représentation féminine au sein de la Commission exécutive du CIO est désormais de 33,3%, contre 26,6 % avant.
    • Les femmes représentent 47,8% des membres des Commissions du CIO, contre 20,3 % avant l’adoption des réformes.
    • Les femmes représentent 53 % de l’administration du CIO.