Chronique. Les “réunions Zoom” bousculent même le CIO

Par Alain Luzenfichter. Au début de son mandat, Thomas Bach, le président du Comité international olympique (CIO), avait indiqué dit que son institution devait « changer ou être changé !». Toutefois, depuis un an, et l’arrivée de la pandémie du Covid-19, le dirigeant allemand, tout récemment réélu pour un nouveau mandat de quatre ans, avoue régulièrement que « rien ne sera plus comme avant ».

Effectivement. Deux sessions du CIO organisées entièrement en visioconférence viennent de démontrer que l’on pouvait, aussi, travailler très efficacement sans être obligé de faire traverser la planète entière à une centaine de membres pour les réunir en présentiel, en “vrai”, à Lausanne, au siège suisse de l’instance sportive. C’est sans doute au niveau des commissions que les changements seront les plus significatifs dans l’avenir. Le CIO compte plus d’une trentaine de ces commissions. Pour une grande partie, elles ne se réunissent qu’une fois par ans.

Entre 2001 et 2013, sous la présidence du belge Jacques Rogge, les réunions de commissions s’étendaient tout au long de l’année. Quelques unes mobilisaient presque 40 membres. Certains membres du CIO, siégeant dans plusieurs commissions, venaient du coup à plusieurs reprises en Suisse. Ainsi, un membre de Nouvelle-Zélande pouvait réaliser dans l’année plusieurs allers-retours entre l’hémisphère Sud et la cité vaudoise. Des voyages à la fois fatigants… et coûteux.

Heureusement Thomas Bach, a changé la donne il y a quelques années. L’allemand a décidé de concentrer les réunions de toutes les commissions durant une seule semaine, en novembre. L’idée était de mieux canaliser cette envie aigue de réunionite de la part des membres du CIO.

Aujourd’hui, le Covid-19 a de nouveau changé la donne. Les règles sanitaires imposées ont drastiquement limité, et même interdit les déplacements internationaux. En fait, la pandémie a démontré que les commissions pouvaient quand même se tenir à distance, en se passant de cette débauche financière. Pourquoi donc faire venir à Lausanne un représentant de Papouasie-Nouvelles Guinée et lui imposer 60 heures d’avion aller et retour pour une réunion d’à peine 8 heures ?

Cela, c’est sans tenir compte des coûts d’hébergement, dans un bel hôtel suisse, du voyage, en classe affaires… et du per diem pour chacun des participants et dont le nombre total dépasse facilement les 500 personnes. Ces défraiements se chiffrent en millions d’euros. Face à ce constat, et aux bons résultats des corona-visio-conférences, ces dépenses sont-elles encore nécessaires ? Et, c’est sans tenir compte de l’empreinte carbone de tous ses voyages qui, du coup, s’en trouverait bien réduite. De quoi sans doute réjouir le président de la commission de la durabilité et de l’héritage, le prince Albert de Monaco.

En revanche, décider d’organiser toutes les réunions de commissions en visioconférence priverait les membres de ces contacts et interactions directs nécessaires à toute entreprise. D’un autre côté, ceux que cela intéresse seraient réellement mis en avant, et pas seulement en inscrivant leur nom sur une liste.

Rêvons un peu. Tout cet argent économisé pourrait servir à beaucoup d’autres projets, comme ceux de planter d’autres forêts au Sahel ou d’aider un peu plus les réfugiés à travers le monde. Certes, le CIO annonce des rentrées financières exceptionnelles, mais ce n’est pour autant qu’il ne faut pas changer les habitudes et dilapider de l’argent du mouvement olympique. En fait, le seul grand perdant dans l’affaire serait l’hôtel Palace de Lausanne, hébergement officiel du CIO. Ses patrons feraient certainement grise mine si on le privait définitivement de ces milliers de nuitées.

© SportBusiness.Club Mars 2021