Chronique. Les “sacrifices” du CIO

Par Alain Lunzenfichter*. A quoi ressembleront les Jeux de Tokyo cet été ? A 100 jours (1) de la cérémonie d’ouverture le doute plane encore sur beaucoup de points. « Dès le début de cette pandémie, nous avons dit qu’elle nécessiterait des sacrifices, » avait déclaré Thomas Bach, le président du Comité international olympique (CIO), après l’annonce par le gouvernement japonais d’interdire les spectateurs étrangers dans ses stades. Un sacrifice effectivement. Toutefois, ces sacrifices ne semblent pas très bien partagés car le CIO, lui, a sauvé l’essentiel : l’organisation de ses J.O. Sauf nouvel incident, l’événement va rapporter à l’instance sportive la manne financière des sponsors et des télévisions. Et celle-ci est énorme. Thomas Bach l’a lui-même déclaré : « elles s’élèveront à plus de 3 milliards de dollars pour la période 2021-2024 ».

La richesse du CIO venant de ses commanditaires milliardaires et de droits audiovisuels faramineux est souvent mise en avant. Toutefois, peu se soucient de voir où va cet argent. Il est, en fait, réinvesti en majeure partie dans le sport : l’entité olympique redistribue 90% de ses recettes aux fédérations internationales (FI), aux comités nationaux olympiques (CNO), mais aussi dans diverses aides destinées à développer le sport dans les pays en voie de développement. Après les Jeux olympiques de Rio, en 2016, le CIO a redistribué 540 millions de dollars (453 millions d’euros) aux 28 fédérations internationales des Jeux d’été. Une somme équivalente est allée aux comités olympiques nationaux.

La moitié des FI “CIO-dépendantes”

Un grand nombre des 28 fédérations internationales ne pourraient pas survivre sans l’aide des retombées olympiques. Six fédérations reçoivent du CIO moins de 10% de leur revenus : la FIFA est la moins dépendante d’entre elles avec 0,38%. Suivent sept fédérations relativement indépendantes dont les subventions olympiques ne dépassent pas 25% de leur budget. Mais, pour plus de la moitié d’entre-elles (15) le non-versement de l’aide du CIO serait une véritable catastrophe. Pour elles, la part des revenus olympiques se situe entre 35 et 96% de leur budget !

L’an dernier, en 2020, à la suite du report des Jeux de Tokyo d’une année à cause de la pandémie mondiale, certaines étaient littéralement au bord du gouffre et ont obligé le CIO à leur faire un prêt. D’autres, ont demandé une avance leur permettant d’attendre des jours meilleurs. Ce ne sont pas les moindres : basket-ball, golf, gymnastique, hockey, judo, pentathlon moderne, natation, cyclisme, tennis, tir à l’arc, athlétisme, aviron, rugby, voile et taekwondo.

Les fédérations qui allaient entrer pour la première fois au programme de Tokyo 2020 (2) reçurent un don du CIO. Pourtant, les fédérations internationales demandent une refonte totale des cinq groupes. Cette répartition donne la part belle à trois disciplines : l’athlétisme, la natation et la gymnastique. A lui seul, le trio encaisse presque 130 millions de dollars (109 millions d’euros) tous les quatre ans.

Il en va de même pour les Comités nationaux olympiques. Bien sûr, les 206 CNO ne sont pas tous dans la même situation. On sait bien que le comité olympique américain reçoit à lui seul plus que tous les autres comités nationaux du reste du monde. Dans le même temps, certains ne vivent ou ne survivent uniquement qu’avec l’aide du CIO.

© SportBusiness.Club Avril 2021

(1) Mercredi 14 avril 2021. (2) escalade, surf, baseball-softball, karaté, roller.

(*) Alain Lunzenfichter est un des créateurs de la revue Courir en 1977. Journaliste, il a été rédacteur en chef adjoint de L’Equipe. Ancien président de l’association mondiale des journalistes olympiques, il est gloire du sport français et membre de l’Académie des sports.