Chronique. Paris a inventé les Jeux olympiques populaires… en 1900

Par Alain Lunzenfichter*. Pour la première fois de l’histoire de l’Olympisme, annonce le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (COJO), Paris 2024 permettra au grand public de disputer le marathon le même jour, sur le même parcours, a fortiori la même distance, et dans les mêmes conditions que les athlètes olympiques. Toutefois, ce sera une demi-heure après les champions. Une course de 10 kilomètres est également envisagée, destinée à un public plus familial, et moins entrainé.

Dans le même temps, Paris 2024 travaille également sur l’organisation d’une épreuve cycliste type “Étape du Tour” pour les amateurs de la petite reine. Ce sera, cette fois, durant les Jeux paralympiques et en Seine Saint-Denis. Certainement dans une partie du Parc départemental Georges Valbon. Etienne Thobois, le directeur général du COJO, annonce qu’il y aura aussi sans doute plusieurs épreuves d’e-sports. On pourra ainsi participer à la course cycliste olympique de chez soi sur son home-trainer ou prendre part à une épreuve d’aviron depuis son appartement son son rameur connecté.

Le grand public invité aux Jeux. Le projet est séduisant et l’idée innovante. Et pourtant, ce n’est pas une première. Déjà, à Paris, lors des Jeux Olympiques de 1900 le Commissaire général de l’Exposition Universelle, Alfred Picard avait proposé l’organisation d’épreuves populaires dans le but de faire la promotion de la pratique d’exercices physiques dans le pays. Plus d’un siècle plus tard l’argument est identique. Comme quoi.

6 000 concurrents au tir

A l’époque, Picard avait un enjeux : l’obligation de meubler le programme officiel des Jeux. Il faut dire qu’en 1900 les Jeux débutèrent le 14 mai pour se conclure… le 28 octobre, 167 jours après ! Aujourd’hui, c’est plutôt 17 jours. Du coup, toutes ces épreuves d’encadrement avaient souvent, il faut bien le reconnaitre, qu’un lointain rapport avec les disciplines sportives traditionnelles. Beaucoup n’avaient rien d’olympique. Pêle-mêle, on y retrouvait de l’automobilisme avec un Paris-Toulouse, de la colombophilie, du ballon dirigeable, dont le vainqueur se posera à Kiev (Ukraine) après avoir parcouru 1 925 km, des épreuves de tir auxquelles participèrent plus de 6 000 concurrents dont près de 900 militaires français, du jeu de boules, de la longue paume, du motonautisme, de la pêche à la ligne, du sauvetage, du tir au canon… Certaines de ces compétitions regroupèrent plusieurs centaines de participants, voire plusieurs milliers.

Les concours sportifs de l’Exposition Universelle attirèrent, selon certains écrits, au total 58 731 participants, dont 1 587 étrangers. Les vainqueurs reçurent des prix en espèces. Par exemple, en escrime les prix s’élevaient à 9 000 francs (de l’époque) au sabre, 16 000 francs à l’épée et 19 500 francs au fleuret, une somme équivalente aujourd’hui à plus de 46 000 euros. Ces primes sont surprenantes car, selon les décisions prises lors du 1er congrès olympique, les participants aux Jeux sont amateurs… à l’exception des escrimeurs. Pourquoi seulement l’escrime d’ailleurs ?

L’escrimeur français Albert Ayat, maitre d’arme et considéré comme professionnel, figure au palmarès des médaillés des Jeux de Paris en 1900. Une édition dont, en fait, personne n’est vraiment certain du nombre total de participants. L’organisation parisienne, à l’époque, était, en fait, peu crédible. Elle brillait même par un certain laxisme en oubliant tout simplement de noter les noms de certains concurrents.

Paris 1900 : combien de participants ?

Un historien américain, Bill Mallon, a dénombré 1 588 participants. Seulement 1 222 sont connus. De son côté, le Comité international Olympique a enregistré 997 athlètes sur ses listes. Ces sources ne sont d’accord que sur un seul point : à Paris, en 1900, il y a eu 22 femmes concurrentes. Certains vainqueurs de ces premiers Jeux parisiens sont même morts sans savoir qu’ils avaient été champions olympiques. C’est dire la confusion qui régnait à l’époque pour savoir si l’épreuve à laquelle on participait était officielle, ou pas.

Autant dire que cette édition ne satisfit pas du tout le rénovateur des Jeux olympiques, Pierre de Coubertin. En fait, même les suivants, en 1904 à Saint-Louis (Etats-Unis), organisés également sous la houlette d’une Exposition Universelle, n’ont pas ravi le Baron. Aujourd’hui, on se demande encore comment l’idée novatrice du Français a pu résister à ces deux moments d’égarements.

A Paris, en 2024, l’ouverture des épreuves olympiques au grand public ne sera pas une tendance mais plutôt une récompense pour les clubs et les familles. On ne sait pas encore s’il faudra payer pour courir dans les traces des marathoniens, ou pour rouler dans le sillage des Géants de la route. On ne connait pas le nombre de personnes qui auront ce bonheur, ni s’il y aura des prix comme ce fut le cas en 1900. Sans doute pas. Ce qui est certain c’est que cette ouverture permettra de revenir aux sources de la participation olympique populaire.

© SportBusiness.Club Avril 2021

(*) Alain Lunzenfichter est un des créateurs de la revue Courir en 1977. Journaliste, il a été rédacteur en chef adjoint de L’Equipe. Ancien président de l’association mondiale des journalistes olympiques, il est gloire du sport français et membre de l’Académie des sports.