Chronique. Petit sport de démonstration deviendra grand… peut-être

Par Alain Lunzenfichter*. Encore aujourd’hui, certains sports lorgnant vers le programme olympique se targuent de pouvoir obtenir le titre de “sport de démonstration”. Pour leurs dirigeants, ce label équivaudrait à une sorte “d’ascenseur” vers les Jeux. Cependant, ce fameux terme de “sport de démonstration” n’existe plus depuis 1992. Il a disparu après les Jeux de Barcelone, en Espagne.

Trente ans après certains continuent pourtant d’employer la formule notamment parce que quelques organisateurs laissent planer le doute. Ce fut le cas en 2008, lors des Jeux de Pékin en Chine où le wushu, un sport traditionnel chinois, fut présenté comme sport de démonstration. En fait, il s’agissait d’une compétition réalisée en dehors du cercle officiel olympique. La confusion était compréhensible : le wushu avait en effet été sport officiel quelques années auparavant, en 1990, lors des Jeux asiatiques qui se tenaient justement à Pékin.

Durant les 125 ans de l’histoire olympique moderne plusieurs disciplines sportives passèrent par cette étape intermédiaire pour accéder au Graal, c’est-à-dire la reconnaissance olympique. De nombreuses n’y parvinrent jamais. C’est le cas du bowling, en démonstration en 1988, du budō en 1964, du football américain en 1932, du football australien en 1956, du vol à voile en 1936, de la pelote basque, en 1924, 1968 et 1992 ou du ski nautique en 1972. C’est aussi le cas du lacrosse, sport de démonstration aux Jeux olympiques d’Amsterdam 1928, Los Angeles 1932 et Londres 1948. Même le hockey à roulettes, pourtant sport de prédilection de Juan Antonio Samaranch, l’ancien président du Comité international, passa par cette étape, en 1992, sans pouvoir la franchir.

Le tennis en démonstration

Il y a des sports qui firent partie intégrante du programme olympique puis devinrent sports de démonstration. C’est le cas du Jeu de paume. Celui-ci fut sport olympique aux Jeux de Londres en 1908, puis sport de démonstration aux Jeux d’Amsterdam en 1928… et il disparu ensuite du programme des Jeux.

Ces mésaventures arrivèrent aussi à des disciplines majeures. Le tennis, par exemple, fut sport olympique aux premiers Jeux d’Athènes en 1896 puis à ceux de Paris en 1924. La discipline disparu après pour revenir comme sport de démonstration aux Jeux de Mexico 1968 et de Los Angeles 1984… avant de réintégrer le programme officiel des Jeux en 1988 à Séoul sous l’impulsion du Français Philippe Chatrier alors président de la fédération internationale de tennis.

Certains firent des allers-retours comme le baseball, sport de démonstration aux Jeux de Stockholm 1912, Berlin 1936, Helsinki 1952 (dans une version “finlandaise”), Melbourne 1956, Tokyo 1964 et Séoul 1988. Le baseball eu son heure de gloire olympique en intégrant le programme officiel de Barcelone 1992 à Pékin 2008, avant de disparaitre à nouveau. La discipline reviendra cet été à Tokyo 2020, mais sera absente dans trois ans à Paris. Populaire aux Etats-Unis, le baseball pourrait être retenu comme sport additionnel à Los Angeles en 2028.

Le judo féminin depuis 1988

Enfin il y a aussi les sports de démonstration qui ont réussi à se maintenir au programme olympique. Le badminton en est un exemple. La discipline de l’olympien Etienne Thobois, le directeur général de Paris 2024, a été sport de démonstration en 1972 puis sport olympique à partir de 1992. Le basket-ball, d’abord sport de démonstration en 1904 passa officiellement olympique en 1936. C’est le cas aussi du taekwondo, en démonstration en 1998 et 1992 puis au programme depuis 2000.

Le judo fut sport de démonstration pour les femmes en 1988. Elles furent intégrées au programme officiel à partir de Barcelone 1992. Le canoë a été en démonstration aux Jeux intermédiaires d’Athènes en 1906… mais en étant comptabilisé dans les résultats de l’aviron. Le sport de prédilection de Tony Estanguet, président de Paris 2024, devint olympique, et à part entière, à Berlin en 1936.

Aujourd’hui, il n’est plus question de sports de démonstration. Toutefois, des fédérations internationales, par l’intermédiaire de lobbyistes plus ou moins efficaces, continuent à faire le siège des villes hôtes des Jeux afin qu’elles prennent leurs “clients” au sein des sports additionnels. Mon petit doigt me dit que le Lacrosse et le Teqball font une démonstration de force pour tenter de décrocher ce ticket.

© SportBusiness.Club Mai 2021

(*) Alain Lunzenfichter est un des créateurs de la revue Courir en 1977. Journaliste, il a été rédacteur en chef adjoint de L’Equipe. Ancien président de l’association mondiale des journalistes olympiques, il est gloire du sport français et membre de l’Académie des sports.