Chronique. Tokyo privé d’étrangers: un sacrifice mais pas une première aux Jeux

Par Alain Lunzenfichter. Cet été, il n’y aura donc pas de spectateurs étrangers aux Jeux olympiques de Tokyo. Ni même aux Jeux paralympiques qui suivront. Ce n’est pas une très grande surprise. Une très grande majorité des Japonais, près de huit sur dix, ne voulait pas voir arriver un contingent de personnes débarquer dans l’archipel avec le risque qu’ils ramènent le virus dans leurs bagages. La crainte était de voir grimper à nouveau le nombre de cas positifs au covid-19 et ses variants parmi la population nipponne.

Aucun dirigeant politique n’est insensible aux opinions de sa population. Et tant pis si les conséquences des décisions qui en résultent doivent entrainer un grand nombre de sacrifices. Ceux-ci viennent s’ajouter aux problèmes spécifiques à cette crise sanitaire mondiale qui a, rappelons-le, déjà entraîné le report historique des Jeux olympiques d’une année. Le premier sacrifice sera évidemment financier. Il viendra s’ajouter aux dépenses supplémentaires déjà consenties depuis 12 mois.

Pour le gouvernement japonais, l’essentiel était de sauver ses Jeux. Désormais, l’objectif du Comité d’organisation est de “rentabiliser” les 13 milliards de dollars investis dans l’événement. Un travail d’Hercule car le mal est fait. Les 900 000 tickets achetés par les spectateurs étrangers, et qu’il va falloir rembourser, ne sont qu’une péripétie de plus. A la facture, il faut ajouter les nuits d’hôtels annulées et les restaurants qui ne profiteront pas de ces touristes. Et, c’est sans compter les lucratifs et onéreux programmes d’hospitalité des partenaires mondiaux des Jeux. Cette quinzaine d’entreprises multinationales a l’habitude d’inviter plusieurs milliers de personnes, souvent aisées et ravis de dépenser sans compter dans la ville-hôte.

En fait, écrire que tous les étrangers seront bannis de la capitale japonaise n’est pas tout à fait exact. Au-delà des athlètes eux-mêmes, les 206 délégations olympiques invitées à Tokyo viendront aussi avec leurs entraîneurs, dirigeants, médecins et kinés. A cette population, il faut ajouter les milliers de journalistes (1) et techniciens des diffuseurs officiels, les collaborateurs du Comité international olympique (CIO)… ainsi que la centaine de membres de l’instance sportive, certainement lassés des visio-conférences et qui souhaiteront voir sur place comment sont organisés ces Jeux “extra-ordinaires”. Enfin, plusieurs délégations gouvernementales étrangères sont également attendues à Tokyo cet été (2). Tout ce beau monde sera strictement encadré au Japon.

L’absence de spectateurs étrangers aux Jeux olympiques n’est toutefois pas une nouveauté. Les premières éditions des Jeux modernes, dès 1896 à Athènes (Grèce), ont ainsi été pratiquement réservés qu’aux seuls autochtones. Pourquoi ? Simplement parce qu’à l’époque les voyages n’étaient pas aussi facile qu’aujourd’hui. De plus, la popularité de l’événement était bien moins grande qu’aujourd’hui. A Saint-Louis (Etats-Unis), en 1904, un seul Français était au départ des épreuves : Albert Corey. Il décrocha la médaille d’argent sur le marathon. En 1932, un seul journaliste français avait fait le déplacement à Los Angeles, Jacques Goddet, le fondateur de L’Equipe. Même plus près de nous, en 1956, aux Jeux de Melbourne (Australie) les athlètes étrangers n’étaient que les expatriés locaux.

En fait, la présence massive de sportifs étrangers au pays hôte des Jeux est assez récente. L’engouement n’a débuté qu’avec l’arrivée de la télévision. C’était en 1960, avec les Jeux d’été de Rome (Italie). Depuis, la tendance n’a fait que s’accélérer grâce à la démocratisation du transport aérien : l’avion a rapproché les continents, les sportifs et les spectateurs. En août prochain, les Jeux de Tokyo seront donc une exception en interdisant les visiteurs étrangers. Une décision forcée que le monde espère qu’elle restera historique et unique. La planète sport a les yeux tournés vers Pékin et la Chine où seront organisés les Jeux d’hiver de 2022. Dans moins d’un an. L’espoir est d’y revoir des spectateurs étrangers. Si d’ici là vaccination a bien fait son œuvre.

(1) Une décision sur la présence ou pas de journalistes étrangers, ou leur limitation, pourrait être prise courant avril 2021.

(2) Emmanuel Macron, le Président de la république, a prévu de se rendre à Tokyo cet été, au moins pour la cérémonie de clôture, quand la Maire de Paris, Anne Hidalgo, recevra officiellement le drapeau olympique pour lancer l’olympiade des Jeux de Paris 2024.

© SportBusiness.Club Mars 2021