Combien coûte le piratage aux chaînes de sport ?

Etudes

En septembre dernier, la France a compté 3,4 millions de pirates audiovisuels selon Hadopi (Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet). L’instance s’appuie sur une étude réalisée par PMP Conseil qui a chiffré que cette consommation illégale de contenus audiovisuels, quels qu’ils soient, génère un manque à gagner de 1,030 milliard d’euros sur un marché global estimé à 11,585 milliards. L’instance rappelle qu’en 2019, selon Médiamétrie, 11,8 millions d’internautes de plus de 15 ans avaient eu “une consommation illicite d’un contenu audiovisuel”, c’est-à-dire 22% de cette population. Un taux en baisse toutefois puisqu’en 2010 il atteignait 32%. La moitié (50%) a utilisé le piratage pour accéder à des programmes de sport, indique Hadopi. Ce n’est cependant pas le genre le plus prisé car avant pointent les films (80%) et les séries (73%).

Spécifiquement pour le sport, l’impact négatif a été évalué à 100 millions d’euros, dont 80% pour les chaînes payantes. Cela signifie que le piratage correspondrait à l’équivalent de 30% du chiffre d’affaires des chaînes payantes. « Attention, car il s’agit d’une évaluation de seuil, prévient Raphaël Berger, Directeur des études et de l’offre légale chez Hadopi. D’abord, car certaines chaînes ne sont pas exclusivement sur le sport, comme Canal+ par exemple. Ensuite parce que de nouvelles pratiques, comme les boîtiers connectés ou d’IPTV, ne sont pas encore mesurées ».

Justement, l’évolution de cette consommation audiovisuelle illégale serait en “augmentation significative”, indique Hadopi. « Par ailleurs, nous n’avons pas tenu compte d’un autre phénomène, poursuit Raphaël Berger. Selon une étude précédente, 54% des utilisateurs de boîtiers IPTV se sont désabonnés d’une offre légale. L’IPTV est utilisé par 13 à 15% des consommateurs illicites, soit environ 7% des internautes aujourd’hui, contre 2 à 3% auparavant ». Ce comportement est également observé auprès des consommateurs de sites streaming illégaux, dont 45% se seraient désabonnés d’une offre légale. Enfin, l’instance révèle que le report d’une consommation légale ne se traduit pas forcément par du piratage. En effet près d’un tiers des internautes (32%) a déclaré avoir simplement regardé du sport chez des amis, dans un lieu public ou dans un bar.

© SportBusiness.Club Décembre 2020


Le piratage ne nuit pas à la billetterie

Le piratage audiovisuel a des conséquences sur l’économie des chaînes payantes. Hadopi avoue que l’impact négatif doit être supérieur aux 80 millions d’euros estimés dans l’étude de PMP Conseil. En revanche, la disponibilité de matchs via des sites illégaux ne gêne pas la billetterie dans les stades, dont l’impact est estimé à 20 millions d’euros sur un marché global de 1,664 milliard d’euros. Difficile de comparer l’intensité d’une rencontre ressentie devant son petit écran avec celle vécue dans un stade… Enfin, une fois que le huis clos sera levé.