Droits TV : vers une redistribution ?

La crise sanitaire du coronavirus et son impact économique risquent de laisser des traces dans le paysage audiovisuel et l’univers des droits sportifs. Selon l’enquête réalisée par Sport Index*, un peu plus de la moitié (52%) des professionnels des médias et du sport ayant répondu, estime que les montants des droits vont baisser dans les deux ans qui viennent. Une vision plutôt été partagée par les intervenants du débat organisé jeudi 11 juin au cours duquel les résultats de l’enquête ont été révélés.

« Il faut avoir en tête que les investissements publicitaires sur les grands médias se sont écroulés de 60 à 70 %, ces derniers mois, et qu’il devraient baisser de 20% sur l’année, a rappelé Didier Beauclair, Directeur efficacité et transparence de l’Union des Marques. Cette baisse ne sera pas sans conséquence sur la manière dont les chaînes vont, demain, acheter leurs contenus, notamment les droits sportifs. Elles feront des choix stratégiques ».

Des choix qui pour 42% des répondants, selon l’enquête de Sport Index, pourraient entraîner une redistribution des droits entre chaînes gratuites et payantes. Ils sont un peu plus (48%) à penser l’inverse. « J’ai du mal à croire qu’un certain nombre de droits, aujourd’hui sur des chaînes payantes, passent sur le gratuit, a justement estimé Virgile Caillet, délégué général de l’Union Sport & Cycle. Ce ne sera pas le cas pour les disciplines qui sont dans une logique feuilletonnante. En revanche, certains détenteurs de droits pourraient recomposer leurs offres en mettant, par exemple, d’un côté les compétitions en direct, et de l’autre les meilleures images (“highlights”) ».

Un sport, une chaîne

Une perspective à laquelle n’adhère pas Raymond Bauriaud. Le directeur marketing et communication de la Fédération française de basket-ball s’est déclaré, lors du débat, plutôt convaincu par une centralisation des droits d’un sport au sein d’une même chaîne, comme aujourd’hui pour le basket-ball chez RMC Sport et dont le contrat arrive à échéance fin juin 2020 : « Je vois arriver la création de verticales encore plus fortes sur des opérateurs payants qui s’approprieront un, deux ou trois sports pour lesquels ces chaînes iront prendre les droits sur les compétitions, nationales et internationales afin que les fans puissent trouver tout au même endroit, a-t-il avancé. Ce ne sera pas nécessairement les gafa. Mais ça pourrait l’être ».

Un sport, une chaîne. Ce choix pourrait limiter la visibilité de la discipline en question et de ses partenaires. D’autant que près des deux tiers des répondants de l’enquête (72%) estiment que les investissements en sponsoring sportif seront en recul au moins de 10% ces dix-huit prochains mois. « La crise n’a fait qu’accroître des tendances déjà présentes, a répondu Raymond Bauriaud. Le sport doit trouver le bon équilibre pour ses prix. D’où la nécessité d’arrêter de disperser les droits et de fédérer une communauté de fans qui peuvent vivre leur passion au tarif le plus juste »

Simon Gillham, membre du Directoire et Directeur de la communication de Vivendi, et par ailleurs président du CA Brive Corrèze, est plus optimiste. « Les marques ont besoin de sens pour communiquer, a-t-il assuré. Le sponsoring c’est moins cher qu’une campagne de publicité classique et cela permet aux marques de s’associer à des programmes RSE ».

(*) Enquête Sport Index : Quel sport dans le monde d’après. Etude réalisée du 1er au 11 juin 2020 auprès de 472 professionnels du sport, des médias, de la communication et du sponsoring via un questionnaire en ligne. Les résultats sont disponibles ici

© SportBusiness.Club Juin 2020