Emmanuelle Bonnet Oulaldj: « sortir du vase clos du sport fédéré »

Ils sont désormais deux à officiellement briguer la présidence du Comité national olympique et sportif français (CNOSF) : Patrice Martin, président de la Fédération française de ski nautique, et Emmanuelle Bonnet Oulaldj. Cette dernière, actuellement vice-présidente de la FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail), a annoncé son intention de partir en campagne samedi 23 janvier 2021 avec un courrier adressé aux présidents et présidentes des toutes les fédérations affiliées.

Agée de 42 ans, Emmanuelle Bonnet Oulaldj est membre du conseil d’administration du CNOSF depuis 2017, et à rejoint celui de l’Agence nationale du sport à sa création en 2019. Elle explique les raisons de son engagement dans cette élection, prévue pour se tenir mardi 29 juin prochain. D’ici là, la dirigeante installera lundi 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, une statue d’Alice Milliat, militante pour le sport féminin, à Paris, dans le hall du siège du CNOSF.

Pourquoi vous lancez- vous dans cette candidature ?

Emmanuelle Bonnet Oulaldj : « Je suis convaincue que si l’on veut sortir de cette crise sanitaire, économique et sociale qui assomme littéralement le mouvement sportif, dont les clubs en premier lieu, il faut, premièrement, un projet de rassemblement du mouvement sportif fédéré dans sa diversité. Et, deuxièmement, un projet d’ouverture car je considère que le mouvement sportif fédéré est parfois trop replié sur lui-même et qu’il doit pouvoir s’ouvrir plus largement à la société, aux collectivités territoriales, aux autres mouvements associatifs, à l’économie sociale et solidaire, mais aussi à la recherche. Bref, il faut que le sport soit plus en phase avec les réalités de la société. C’est le seul moyen pour qu’il soit réellement au rendez-vous demain pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, et même au-delà ».

Rassemblement et ouverture, ce sont les deux mots d’ordre de votre campagne ?

E.B.O. : « Oui, et il y a également “résilience”. Le mouvement sportif, comme d’autres de notre société, va devoir faire son travail de résilience pour sortir de la crise. Toutefois, la capacité d’adaptation de nos clubs montre qu’il y a une richesse extraordinaire méritant d’être mutualisée et valorisée afin de pour montrer que le sport ce n’est pas juste accessoire ou un loisirs mais qu’il est essentiel à chaque être humain et à la société. Je peux parler aussi de solidarité quand j’évoque le rassemblement. S’il y a aujourd’hui une telle diversité du mouvement sportif fédéré, c’est bien parce qu’il répond à des besoins divers de la population, des clubs et des territoires. Cela me parait important de sortir d’un cloisonnement et d’engager davantage de travail en commun. Et puis, il y a aussi l’exigence envers les pouvoirs publics, parce que je pense que le rôle du sport doit être beaucoup mieux reconnu notamment celui associatif sur les territoires. Avec un budget de la Nation à 0,2% [consacré au sport] ce n’est vraiment pas sérieux ».

Selon vous, quel est le rôle du président ou de la présidente du CNOSF ?

E.B.O. : « C’est de coordonner et mettre en convergence toutes les forces qui aujourd’hui font vivre le mouvement sportif fédéré. Cela part de l’adhérent, du club qui en lien avec son territoire, jusqu’à la fédération. Du coup, il faudrait ouvrir davantage le CNOSF et le sortir d’une forme de repli sur soi qui, me semble-t-il, ne permettra pas de nous relever de la crise. Pour moi, aujourd’hui, l’enjeu est de mieux comprendre comment la société et nos clubs fonctionnent. Nous avons également besoin de mieux comprendre les besoins de la population. Il y a un énorme travail d’état des lieux à faire et de rassemblement autour de l’idée que le sport est essentiel et le sera encore demain. Par ailleurs, je le redit, j’ai vu toute cette richesse pendant la crise, notamment la manière dont les clubs se sont adaptés en proposant des activités différentes, en étant solidaire aussi (…). Il y a eu une capacité d’innovation du mouvement sportif et celle-ci doit dépasser les simples innovations technologiques, sur lesquelles le CNOSF travaille déjà bien en ce moment. Il faut renforcer les dimensions sociales ou économiques. L’économie, d’ailleurs, ne doit pas être seulement marchande : elle peut être aussi sociale et solidaire. Il y a des formes nouvelles de solidarité, autour de la notion de coopératif par exemple, qui peuvent être intéressantes à développer ».

Le fait d’être à la FSGT est-il, selon vous, un avantage ou un inconvénient ?

E.B.O. : « C’est un avantage pour deux raisons. La première est que la FSGT, qui est une grosse fédération rassemblant près de 5 000 clubs, a toujours été attachée dans son histoire au mouvement sportif fédéral. La FSGT a d’ailleurs été très active lors de la création du CNOSF en 1972, quand le COF [Comité olympique français] et le CNS [Comité national du sport] ont fusionné. A cette époque, la FSGT avait l’idée que le mouvement sportif pouvait être plus fort ensemble. La seconde raison, c’est que, et cela n’aura échappé à personne, nous sommes une fédération multisports et fédérons beaucoup d’activités, une centaine au total. Personnellement, depuis quatre ans, j’ai joué un rôle pour coordonner et rendre plus visible l’action des fédérations multisports et affinitaires. Je pense que notre connaissance de la multi-activités, de l’omnisports avec la place de l’humain dans l’activité, me donne un atout par rapport à une vision uni-sport qui, parfois, accroit cette question du cloisonnement qui freine beaucoup aujourd’hui le développement du sport associatif ».

Avez-vous déjà des soutiens déclarés derrière votre candidature ?

E.B.O. : « Je sais que j’ai le soutien de fédérations affinitaires et multi sports, mais je sais aussi que je pourrai compter avec des fédérations uni-sports et olympiques. Vous verrez, il va y avoir quelques surprises. Pour l’instant, je ne dévoile rien. Je pense que la force de ma candidature est d’être soutenue au-delà des fédérations. D’accord, ces soutiens là ne voteront pas, mais l’accueil très favorable suscité par l’annonce de ma candidature auprès de collectivités territoriales, de secteurs de la recherche ou du monde associatif, montre justement tout l’enjeu de sortir du vase clos que peut parfois représenter le mouvement sportif fédéré. Pour moi, cela est vraiment essentiel ».

© SportBusiness.Club janvier 2021