La politique, enjeu de l’élection à la présidence du CNOSF

Quatre candidats pour un fauteuil et un point commun dans leur programme : la politique. Jeudi 27 mai 2021, Emmanuelle Bonnet Oulaldj (FSGT), Brigitte Henriques (FFF), Patrice Martin (FFSNW) et Thierry Rey (Paris 2024) ont chacun présenté leur les grandes lignes de leur programme en vue de l’élection à la présidence du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), devant les 108 fédérations qui éliront leur nouveau ou nouvelle chef de file le 29 juin prochain.

L’exercice, une présentation dans l’amphithéâtre de la Maison du Sport français à Paris, 20 minutes chrono en main, a montré des différences dans les quatre projets. Mais tous se retrouvent sur un point : que, dans l’avenir, le CNOSF donne plus la voix sur la scène politique française. Le peu d’importance, estimé par beaucoup d’acteurs, accordé au sport et à la pratique durant les douze derniers mois de la crise sanitaire, a laissé des traces. Le ou la futur(e) président(e) devra incarner, représenter et, donc, faire entendre la voix du sport au plus haut dans les instances institutionnelles politiques françaises.

Les vidéos des présentations seront disponibles sur la page Dailymotion de France Olympique. SpportBusiness.Club a regardé les présentations et leur a posé ses questions. Résumé de la soirée… dans l’ordre de passage des candidats.

© SportBsuiness.Club Mai 2021


Brigitte Henriques

Un peu hésitante, debout sur scène, Brigitte Henriques a débuté sa présentation par un clip enchainant des photos représentant une multitude de disciplines et pratiques sportives sur la musique du tube de Grégoire, Toi+Moi. A plusieurs reprises, la vice-présidente de la fédération française de football (FFF) a revendiqué un statut de femme « combattante, pionnière » et « de progrès ».

Elle a estimé que le mouvement sportif devait « passer de la réaction à l’anticipation », et a assuré qu’elle mettrait en place pour cela un coordinateur général et un Conseil stratégique. Selon Brigitte Henriques le mouvement sportif français doit également « s’ouvrir sur l’extérieur ».

Conseillée par son frère, Karl Olive, maire de Poissy, et présent dans la salle, Brigitte Henriques a déclaré que le sport devait « rester connecté à la réalité » en justifiant : « Moi je viens du terrain ». Elle promet l’organisation des Etats généraux des clubs

Brigitte Henriques souhaite également aider les clubs à développer leurs recettes marketing. « N’attendons pas tout de l’Etat, a-t-elle déclaré. Il faut travailler la diversité du marketing ». Pour cela, elle prévoit la création d’un “ Club de France des entreprises” qui serait une plateforme d’échanges d’idées et de solutions.

Emmanuelle Bonnet Oulaldj

Seule, debout sur scène aussi, veste rouge sur un tee-shirt blanc où était inscrit “demain” (« Un choix de ma fille »), la co-présidente tint un discours très politique en avançant calmement ses principales propositions. « Je suis convaincue que la diversité du mouvement sportif fédéré est un avantage incommensurable pour relever les prochains défis, » a-t-elle lâché d’entrée.

Emmanuelle Bonnet Oulaldj a promis la tenue d’Assises nationales du sport, mais également la mise en place d’une stratégie pour s’adresser aux non-sportifs, notamment grâce à des “partenariats avec la société civile”. La co-présidente de la FSGT souhaite s’adresser aux jeunes qui se détournent de la pratique en club jugée “ennuyeuse” ou qui “n’entre pas dans leurs standards”.

La co-présidente de la FSGT se présente comme la candidate pour le monde du sport associatif. Elle a également insisté sur la lutte contre les violences dans le sport, l’homophobie, et a proposé une réforme de l’instance sportive afin qu’elle puisse, après 2025, être co-présidée par un(e)e représentant(e) d’une fédération olympique, d’un côté, et une non-olympique de l’autre.

Enfin, Emmanuelle Bonnet Oulaldj a assuré qu’elle se battrait pour que les ressources publiques du sport équivalent à 1% du budget de l’Etat, « contre 0% aujourd’hui, » a-t-elle affirmé. Elle a également souhaité que le Pass’Sport puisse être étendu jusqu’aux jeunes âgés de 25 ans.


Thierry Rey

C’est en costume-cravate que l’ancien champion du monde de judo, a lu son discours derrière le pupitre de l’amphithéâtre du CNOSF. « Une expérience intéressante, car je n’avais jamais écrit de discours pour moi-même, » a confié après coup l’ancien conseiller au sports de François Hollande, alors président de la République.

Lui aussi prône une parole plus « audible » du mouvement sportif français. Il estime justement que son expérience politique pourra l’aider. « Je connais les codes, je les maîtrise, » a-t-il assuré. Thierry Rey fait d’ailleurs de son parcours dans l’univers de la politique un argument de campagne.

Le judoka a également affirmé qu’une fois élu à la présidence du CNOSF il irait réclamer au moins la co-présidence de l’Agence Nationale du Sport. Thierry Rey a mis en avant trois axes de sa campagne : d’une part, la place du sport au sein de l’Education nationale qui convient d’être renforcée, d’autre part, la RSE qui doit se placer aux cœurs des stratégies. Enfin, le sport-santé, avec la mise en avant, tous les ans, d’une grande cause en commun avec toutes les fédérations.

Par ailleurs, lors d’un point presse, Thierry Rey a interpellé deux de ses concurrents : « Ils sont vice-présidents du CNOSF, pourquoi n’ont-t-ils pas proposé les réformes qu’ils présentent aujourd’hui ?».


Patrice Martin

Debout sur scène, en costume mais sans cravate, Patrice Martin a commencé son discours par un point météo : « Il fait beau, c’est un bon signe pour le CNOSF ». L’ancien multiple champion du monde de ski nautique, a, comme Brigitte Henriques, débuté avec un clip vidéo. La musique du groupe M83 servant d’illustration sonore d’images de grands sportifs français des 4 dernières décennies, toutes disciplines confondues… dont Patrice Martin, quand il était “Le petit Prince”.

Le président de la Fédération française de ski nautique a rapidement balayé ce qui pourrait être une contrainte : le fait qu’il n’est pas issu d’une discipline sportive olympique. « Seuls quatre sports ont été présents dans tous les Jeux olympiques », a-t-il avancé en contre-argument et en donnant des exemples d’autres sports présents par intermittence aux Jeux… comme le ski nautique qui l’a été en 1972. « Mais, j’étais trop jeune ! »

Patrice Martin a, par ailleurs, insisté sur le fait qu’il serait là pour incarner le CNOSF et le sport français, et non pas le diriger. « Je veux porter la voix de tous les sports, avec leurs singularités », a-t-il déclaré.

Enfin, Patrice Martin, a évoqué un possible rapprochement du CNOSF avec le Comité paralympique et sportif français (CPSF). Il a également exprimé son envie de reforme de la gouvernance du Comité olympique français, notamment pour offrir de plus grande délégations aux vice-présidents ou aux commissions. Il souhaite la création d’un observatoire indépendant capable de rassembler et d’analyser les retombées du sport, «  afin de mieux nous défendre demain ».