Le sport ne connait pas encore vraiment la musique

Identité sonore

Avec la reprise de la Ligue des Champions, ce mardi 19 octobre, c’est un air bien connu par les amateurs de sport qui va résonner à nouveau. La compétition de football européenne est le seul événement sportif international à bénéficier d’une identité sonore aussi forte et mondialement reconnue. L’hymne de la compétition de l’UEFA, qui accompagne l’entrée des joueurs dans le stade, a été composée en 1992 par le britannique Tony Britten, lui-même inspiré par Haendel. Le soir où Rennes a décroché sa qualification pour l’épreuve, c’est justement cette musique qui a été diffusée dans le Roazhon Park pour célébrer le moment. Un peu fort, même, au goût des riverains.

Cette saison, la Ligue de football professionnel (LFP) lance un nouvel hymne pour la Ligue 1 qui disposait déjà du sien depuis 8 ans. Le morceau a été composé par Id2son, une agence spécialisée dans… les messages d’accueil téléphonique des entreprises, jusqu’à il y a deux ans. « C‘est notre premier métier, confie Mickaël Coulas, co-fondateur et Président de l’entreprise lyonnaise. Nous créons aujourd’hui des identités sonores pour les sociétés, les marques et maintenant le sport ».

Défricher un territoire

L’univers du sport intéresse aussi Sixième Son. L’agence parisienne possède à son actif les univers sonores de SNCF, Renault ou FDJ. Elle s’intéresse au sport depuis 2013 et a notamment réalisé les hymnes de Roland-Garros, du Tour de France et, plus récemment, a signé celui de la D1 Arkéma et de l’OGC Nice. « Via les entreprises nous touchions quelques fois indirectement le milieu du sport, indique Laurent Cochini, Directeur général associé de Sixième Son. Aujourd’hui, nous travaillons directement avec les détenteurs de droits ». Tout comme son concurrent, il estime défricher un territoire qui n’a jamais travaillé ce coté de la communication.

« La musique est déjà très présente dans le sport et des liens importants existent entre ces deux univers,» confirme Mickaël Coulas. « Le volet musical était un aspect traité de manière un peu amateur par les clubs, ajoute Laurent Cochini. A part pour l’UEFA et la Ligue des Champions, il n’y a eu une logique de marque ». En football, quelques clubs français peuvent pourtant être associés à une musique, celui du morceau lancé pour accompagner l’entrée des joueurs. Récemment, Marseille a d’ailleurs rendu hommage à Eddie Van Halen, rockeur disparu et auteur du hit Jump joué au vélodrome… depuis 1986.

Des coûts raisonnables

Pour réussir la bonne alchimie, quelques règles doivent être observées. « Mieux vaut un air mémorisable et pouvant s’associer facilement à une compétition, observe Mickaël Coulas. Il faut également que l’élément sonore puisse être décliné sur plusieurs durées ». Car, si pour les clubs l’entrée des joueurs est le “répondeur téléphonique” de l’entreprise, ce n’est plus aujourd’hui l’unique point de contact avec les supporters. Le club doit composer notamment avec les réseaux sociaux et les contenus qu’il y publie. Autant de déclinaisons à prendre en compte, et de supporters à séduire.

« Les compétitions et les clubs ont besoin d’une identification claire, insiste Laurent Cochini de Sixième Son. La musique permet aussi un souvenir récurrent et offre un retour de business grâce à une reconnaisse média plus facile ». Le plus dur sera sans doute de convaincre un milieu sportif encore aujourd’hui peu enclin à investir dans un univers musical même si les coûts de réalisation apparaissent raisonnables : de 50 000 à 100 000 euros. Malgré cela, le potentiel du sport semble immense aux yeux des dirigeants des deux sociétés qui avouent que le travail dans l’univers sportif est bien différent de celui réalisé dans le monde de l’industrie. « D’une part, avec le sport on s’adresse à une population très large, assure Mickaël Coulas de Id2son. D’autre part, la couleur de cette identité sonore doit représenter le club et les valeurs qu’il insuffle. Tout cela reste très subjectif, comme le fait d’apprécier une musique ». Ou pas.

© SportBusiness.Club Octobre 2020