L’incertitude s’invite chez Paris 2024

Thomas Bach n’est pas venu à Paris pour faire du tourisme. Le Président du Comité international olympique (CIO), accompagné d’une poignée d’autres dirigeants de l’instance sportive, a passé quelques heures, mercredi 8 et jeudi 9 juillet, dans la Capitale pour y rencontrer Tony Estanguet, le président de Paris 2024, et surtout Emmanuel Macron, le président de la République, et Anne Hidalgo, récemment réélue maire de Paris. Principal sujet de conversation ? Le budget des Jeux franciliens. Thomas Bach a été clair : il faut faire des économies !

« Il y a aujourd’hui une certaine forme d’incertitude, notamment pour notre budget, explique Tony Estanguet. Nous devons voir, ensemble et collectivement, comment trouver des solutions afin d’être prudents pour préparer à anticiper des choses auxquelles on n’aurait pas pensé ». La crise sanitaire du coronavirus, les compétitions sportives à l’arrêt, le report d’un an des Jeux de Tokyo 2020, et le contexte économique difficile qui s’annonce, rebat forcément les cartes.

Une marge de manœuvre de 10%

Un montant de 300 à 400 millions d’euros économisés serait visé. « Oui, c’est l’échelle de grandeur, reconnaît Tony Estanguet. Si l’on est un tout petit responsable face à la situation dans laquelle nous sommes, nous pouvons nous dire que sur un projet d’une telle envergure dégager à peu près 10% de marge de manœuvre cela fait du sens ». Une économie à trouver sur les 3,8 milliards d’euros du budget de fonctionnement des Jeux de Paris 2024, dont 97,5% viennent du privé… et des partenaires nationaux qui pourraient être plus difficiles à dénicher ces prochains mois.

Les équipes du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojo) vont plancher durant l’été et l’automne afin de proposer différentes pistes de rabotage budgétaire lors d’un conseil d’administration de Paris 2024 prévu en octobre. Mais Tony Estanguet a déjà des pistes : « Nous allons travailler sur les niveaux de services de l’événement, comme les transports, la restauration et l’organisation générale, indique le patron de Paris 2024. Nous verrons également comment réduire la part des structures temporaires : 20% des sites sont prévus pour être éphémères. Les marges de manœuvre financières sont sur ces sites temporaires ».

La Place de la Concorde abandonnée ?

Les principales constructions temporaires de 2024 sont les installations prévues à Paris au Champs-de-Mars, au pied de la Tour Eiffel (beach-volley), celle de l’esplanade des Invalides (tir à l’arc), ainsi que celle du Château de Versailles (équitation). Mais il y a surtout la Place de Concorde. Le lieu est envisagé pour recevoir les épreuves de skate-board, d’escalade, de BMX et de breaking dans un écran tubulaire de 30 000 places. Paris 2024 pourrait, à contre cœur, faire une croix sur quelques uns de ces sites prestigieux et privilégier, pour faire des économies, l’organisation d’épreuves dans des stades existants. Ce peut être Jean-Bouin, le Parc des Princes ou Colombes, par exemple. Le Centre nautique provisoire et l’utilisation du Grand Palais éphémère, devant l’Ecole Militaire, ne devraient pas être impactés.

En revanche, Tony Estanguet reste flou sur l’avenir de certains sites en Seine Saint-Denis. Le plan d’économie pourrait, selon certains observateurs, avoir des conséquences sur les installations envisagées sur la zone Le Bourget – Dugny, où doivent se disputer les épreuves de tir et de volley-ball, mais aussi où doit être construit le Village des médias. « Le choix de la Seine Saint-Denis est affirmé et volontaire, assure le président du Cojo. 78% des fonds des jeux sont destinés au département. Il n’y a pas de volonté de réduire ces investissement qui pourrait réduire aussi l’héritage des Jeux ».

© SportBusiness.Club Juillet 2020