Opinion. Violences sexuelles : les sponsors ont aussi leur mot à dire

Par Nathalie Nénon*. L’affaire Amélie Quéguiner, qui secoue le monde de l’équitation, relance très douloureusement les problèmes d’agressions et d’abus sexuels dans le sport. Elle remet aussi en lumière l’omerta qui, trop souvent, accompagne ces tragédies. L’équitation n’est pas la seule fédération dans ce cas. Celles de gymnastique, natation, football ou rugby, pour ne citer que ces disciplines, sont également touchées par ces drames. Et ce n’est malheureusement pas exclusif à la France.

Nous pouvons nous demander si les institutions sportives nationales et internationales ont réellement saisi l’ampleur et les conséquences de leur inconséquence. A l’heure où le nombre de licenciés dans les instances fédérales ne cesse de chuter en flèche nous pourrions nous interroger sur la confiance que peuvent avoir aujourd’hui les parents dans l’encadrement par les clubs sportifs de leurs enfants. Et de leur probabilité à (re)prendre une licence.

Couper les vivres ?

Les entreprises révisent leurs règles de gouvernance. Face à la pression des consommateurs elles revoient les modes de fabrication ou de distribution de leurs produits. Mais, qu’en est-il à propos de leur engagement et de leur responsabilité dans le sport si les institutions soutenues sont sociétalement défaillante ? Certaines entreprises, pourtant en pointe sur des thématiques RSE, sont partenaires d’organisations sportives qui négligent leur obligation d’encadrement, de protection et de soutien de leurs licenciés, allant même à cacher ou nier les abus. Souvenons-nous que lors du “FIFAgate” de 2015, certains sponsors avaient pris position.

En frappant au porte-monnaie ces organisations manquant à leurs obligations premières, des solutions efficaces pourraient certainement être trouvées. Par exemple, les partenaires commerciaux de la Fédération française d’équitation pourraient ainsi conditionner la poursuite de leurs accords au retrait de la plainte en diffamation de son président contre cette personne ayant révélé des faits de violence. D’autant plus dans un contexte électoral où ce président remet son mandat en jeu mardi 27 avril prochain.

Il n’y a aucune raison pour que le niveau de responsabilité exigé aujourd’hui pour les institutions sportives ne soit pas, au moins, équivalent à celui désormais imposé aux entreprises. Les sponsors ont des droits. Mais, et plus que jamais, elles ont également des devoirs. L’un d’eux pourrait justement d’imposer contractuellement et systématiquement aux fédérations qu’elles soutiennent financièrement une éthique à la hauteur de leur propre responsabilité sociale et sociétale.

© SportBusiness.Club Avril 2021

(*) Nathalie Nénon est une experte du marketing sportif qui a accompagné les plus grandes organisations sportives depuis plus de 25 ans sur des problématiques de maximisation des revenus. Ancienne dirigeante d’agences conseil, serial entrepreneuse, passionnée de voyage, photo et innovation, mère de 3 enfants, Nathalie se consacre au développement de YOTU, dont la vocation est de valoriser et développer les métiers du bâtiment par la formation.