Paris 2024 en délégation pour ses compétitions

Jeux olympiques

Quitte à bien faire les choses, autant les confier à des spécialistes. Le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 (COJO) va confier à des opérateurs privés, par ailleurs organisateurs d’événements sportifs, la gestion de ses sites de compétition. Ainsi, on peut penser que la Fédération française de tennis, propriétaire de Roland-Garros, prenne en charge le tournoi de tennis, ou que les montpelliérains d’Huricane Group, experts dans les épreuves de sports urbains (ils organisent le FISE), aient en charge les compétitions de la Place de la Concorde.

« C’est un nouveau modèle de livraison des Jeux, assure Etienne Thobois, directeur général du COJO. Nous pouvons nous le permettre car 70% des sites de compétition sont existants et en France nous bénéficions d’une réelle expertise dans l’organisation d’événements sportifs de haut niveau ». Paris 2024 va lancer des appels d’offres pour l’ensemble de ses sites de compétition, par vagues, entre mars 2021 et début 2022 pour les stades de football. Deux sont déjà ouverts : ceux du Golf National et du Stade Yves du Manoir à Colombes (Hauts-de-Seine). Un troisième arrive bientôt, celui de l’Aréna Paris La Défense.

Un marché de plusieurs centaines de millions

« Ce sont des cas pilotes car il s’agit de trois modèles différents, explique Etienne Thobois. Le Golf National est un site géré par une fédération sportive, avec un sport en extérieur. Le Stade Yves-du-Manoir est un site à aménager. La Défense Aréna est une enceinte fermée ». Autre particularité de cette dernière : il s’agit d’une infrastructure détenue et gérée par un groupe privé. Dans ce cas, comme pour Roland-Garros ou le Stade de France, le COJO passera un contrat directement avec les propriétaires. « Nous mettrons en concurrence les services distribués dans ces sites, » précise le dirigeant du COJO.

Les accords seront par site et concerneront les compétitions olympiques et paralympiques. Pour le Château de Versailles, par exemple, le prestataire extérieur sera chargé de s’occuper des événements de l’équitation et du pentathlon. Tous ces marchés seront attribués via des appels d’offres publics européens. Rien n’est donc écrit pour les acteurs français, prévient Etienne Thobois : « Il faudra se bouger pour être les meilleurs ! » Ces opérations s’inscrivent dans l’enveloppe des 2,5 milliards prévues pour l’ensemble des marchés de Paris 2024 qui seront mis en appel d’offres.

© SportBusiness.Club Décembre 2020


Pas une externalisation !

« L’idée est de voir comment associer au mieux l’industrie du sport français à Paris 2024 et comment nous pouvons nous appuyer sur l’existant, explique Etienne Thobois, Directeur général du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques. Il ne s’agit pas d’une externalisation car nous garderons la main sur l’organisation en toutes circonstance. Je préfère parler de co construction ou de délégation ».


Des économies en perspective

Le recours à des prestataires extérieurs pour l’organisation matérielle des compétitions de Paris 2024 doit aussi permettre aussi à Paris 2024 de réaliser de substantielles économies budgétaires. « Aujourd’hui, je ne sais pas répondre à cette question », indique toutefois Etienne Thobois, Directeur général de Paris 2024. Ce dernier reconnait cependant que cette solution permettra de réaliser des économies sur le recrutement général car les organisateurs privés viendront avec leurs propres équipes. « Il y aura forcément une meilleure mutualisation des coûts, poursuit le dirigeant du COJO. Je pense que l’on sera plus efficace avec des équipes qui connaissent la musique, et en ce sens cela simplifiera beaucoup les choses ». Et donc, devrait permettre de limiter les coûts d’organisation.


Qui sont nos champions en France ?

La France possède de nombreux spécialistes de l’événementiel sportif, et notamment à très haut niveau. C’est le cas pour Amaury Sport Organisation (ASO), propriétaire et organisateur du Tour de France cycliste, du marathon de Paris ou du Dakar. Pour les sports urbains, Hurricane Group a fait ses preuves avec le FISE (Festival des sports extrêmes) de Montpellier. Autre exemple : GL Events qui figure comme l’un acteurs incontournables pour les compétitions d’équitation. Ces trois là se sont développés internationalement.

Les fédérations sportives ont également développé une expertise dans l’événementiel sportif, comme celle de tennis avec Roland-Garros. Enfin, il faudra également compter avec des structures privées aux manettes d’enceintes sportives, comme au Stade de France de Saint-Denis, à la Paris Défense Aréna de Nanterre ou à l’Accor Arena parisienne. Outre les affaires apportées, toutes ces entreprises françaises auront un intérêt d’image à travailler avec les Jeux de Paris 2024. Cette collaboration leur apportera un certain prestige, même si elles ne pourront pas communiquer officiellement sur cette collaboration. Au sortir des Jeux de Londres 2012, l’événementiel sportif anglais s’est fortement développé à l’international.

3 questions à un organisateur français*

Pourquoi serait-il plus intéressant à Paris 2024 de faire appel à des organisateurs extérieurs pour ses compétitions ?

Un organisateur : « « C’est une question de dynamique, et d’implication de l’ensemble des parties prenantes du spectacle sportif. En co-construisant certaines manifestations avec des acteurs privés, le COJO s’appuie sur des acteurs qui sont en perpétuelle connexion avec les athlètes, les fans, les téléspectateurs. D’autre part, les acteurs privés ont généralement bâti des organisations flexibles, malléables, qui sauront totalement s’adapter et se plier aux contraintes fixées par le COJO. On a notamment vu cette année l’importance d’avoir des organisations malléables… Cette flexibilité permet en outre de laisser plus de place à l’innovation ».

Ce type de délégation envisagée par Paris 2024 permettrait-elle de réaliser des économies ?

Un organisateur : « Je pense oui. De par la régularité et la fréquence de leurs manifestations, les organisateurs privés ont bâti on fil du temps des solutions efficientes, rentables, à forte valeur ajoutée pour leurs parties prenantes. Le COJO pourrait bénéficier de cette expertise ».

Travailler avec Paris 2024 permettrait-il d’aider le développement international de ces sociétés de l’événementiel sportif ?

Un organisateur : « Oui, bien-sûr que oui. Le fait que le COJO puisse faire appel des organisateurs privés est une formidable nouvelle pour tous les acteurs privés de l’événementiel français. Cela va offrir des perspectives positives au secteur pour la reprise économique, à l’heure où nous avons tous à cœur de revenir sur le terrain des évènements ».

(*) Ce responsable de l’événementiel sportif a souhaité rester discret sur son identité.