Roland-Garros a sauvé “une belle dizaine de millions d’euros”

Milliers de spectateurs et passes sanitaires, sessions nocturnes et TV payante: Roland-Garros débute dimanche avec un décalage d’une semaine obtenu en douceur par la nouvelle direction de la FFT, dont la directrice générale Amélie Oudéa-Castéra estime dans un entretien à l’AFP qu’il permettra de « sauver une belle dizaine de millions d’euros ».

La nouvelle équipe dirigeante de la FFT est en place depuis 100 jours. A quel point cette première organisation de Roland-Garros a-t-elle été compliquée ?

Amélie Oudéa-Castéra: « La préparation a été vraiment très, très intense. Et on est allés au bout de notre effort, mais on a été efficacement aidés par les pouvoirs publics. C’est un timing radicalement différent de l’an dernier, où on s’enfonçait vers le second confinement. Les pouvoirs publics étaient dans leur rôle s’ils durcissaient et, là, ils étaient dans leur rôle s’ils trouvaient des solutions pour commencer à rouvrir. Si on avait joué Roland-Garros à 1000 personnes, comme en 2020, on se serait dit +mais il n’y a aucune progression dans la gestion de la crise (…) c’est désespérant+. Le passe sanitaire (imposé à partir du 9 juin pour pouvoir augmenter la jauge à 65% de la capacité maximale, NDLR) est à la fois une nouvelle extraordinaire et en même temps c’est une contrainte. On va essayer de mettre le paquet sur la com’ pour que les gens comprennent vraiment bien que l’accès est conditionné à ça. Il ne s’agit pas de venir les mains dans les poches en se disant “quand je leur expliquerai que je viens de Montpellier, ils vont me laisser passer” ».

En revanche, vous n’avez pas été entendus sur le couvre feu…

A.O.-C.: « On a senti que le sujet avait été instruit, mais il a finalement été arbitré négativement ».

Les qualifications du tournoi ont débuté, la machine est lancée. Vous reste-t-il des regrets ?

A.O.-C.: « Honnêtement, on a vraiment tiré la meilleure épingle du jeu possible. Le fait d’avoir décidé de reporter l’édition d’une semaine, c’est vraiment un choix gagnant. C’est une belle dizaine de millions d’euros de sauvés. C’est surtout beaucoup plus de public. Si on était restés sur nos dates, on n’avait pas de jonction avec la phase trois (du déconfinement) du gouvernement. Le tournoi se terminait le 6 juin et le mercredi suivant les jauges s’ouvraient, ça aurait été horrible ! Donc notre petit pari a été gagnant ».

D’où vient l’idée de décaler d’une semaine ?

A.O.-C.: « On aurait rêvé de décaler de deux semaines, mais avec l’Euro (de football), ce n’était pas possible. Au moment où on instruit ça, on sait que le gouvernement raisonne par phases de trois à quatre semaines, on a l’info. C’est là qu’on fait nos calculs: si c’est quatre semaines, bah tant pis, on est morts de toutes façons, mais si c’est trois semaines, allons +choper+ une semaine de bonus. Aujourd’hui, on est contents: c’est bon pour notre sport, nos retransmissions, nos droits médias, c’est bon pour nos finances et pour le moral. Imaginer que dans quelques jours, à un moment on aura 13.200 personnes dans notre stade, ça fait plaisir. Ca fera deux ans… Sur le fond, la décision a été bonne l’an dernier (de décider unilatéralement de repousser le tournoi à l’automne, NDLR). Mais la forme a été catastrophique. Elle a créé une dette de la Fédération envers la communauté internationale. Ils nous en ont beaucoup beaucoup voulu. Et nous, cette année pour décaler d’une semaine, on a ramé. On a dû prendre toutes les précautions et essayer de corriger l’image terrible qu’avait prise notre Fédération en faisant ce qui avait été perçu comme un choix bien joué mais tellement égoïste… C’est un fusil à un coup. Derrière, vous perdez toute crédibilité, toute la confiance que les gens ont en vous ».

Une des nouveautés en 2021 est la diffusion de certains matches, en particulier les sessions nocturnes, sur une plateforme payante. Cela pose-t-il des problèmes, notamment de programmation ?

A.O.-C.: « Nous, on hérite de cette négociation des droits avec Amazon, pour trois ans. On va voir cette année comment ça se passe. On sent quand même un partenaire très motivé qui investit depuis un moment dans le sport et est très innovant. Pour cette année, on a la conscience très tranquille au sens ou quelqu’un qui souhaiterait regarder pourra le faire gratuitement puisque le diffuseur propose une offre d’essai gratuite de trente jours. Après, à Amazon d’avoir une qualité de spectacle, de retransmission, d’engagement avec les fans qui feront que l’an prochain les mêmes personnes auront envie de payer. Quant à la programmation, c’est nous qui la maîtrisons. Le fait d’avoir une TV payante ne pose pas du tout de casse-tête supplémentaire. France Télévisions passe son temps à nous demander des choses. Ce qui va potentiellement être difficile, c’est d’expliquer à un joueur qu’il sera seul dans un stade, en raison du couvre feu, à jouer son match. Donc il faudra qu’on tourne ».

Propos recueillis par Elodie Soinard et Igor Gedilaghinees
© Agence France-Presse Mai 2021