Super Ligue: premier succès judiciaire des clubs mutins face au foot européen

La Super Ligue remporte une première victoire judiciaire: en obtenant mardi 20 avril 2021 une décision susceptible d’empêcher pour l’heure toutes représailles des instances du football, la nouvelle compétition controversée a coupé l’herbe sous le pied de la Fifa et de l’UEFA, vent debout contre les clubs dissidents.

Devant le tollé suscité lundi par ce projet de ligue privée et quasi fermée, ses promoteurs avaient prévenu qu’ils saisiraient préventivement la justice face à l’éventuelle exclusion des douze clubs frondeurs et de leurs joueurs, une menace encore agitée à mots couverts mardi matin par le président de la Fifa Gianni Infantino.

Dans une décision en référé dont l’AFP a obtenu copie, un tribunal de commerce de Madrid, saisi par la société commerciale « European Super League » basée en Espagne, ordonne de geler d’éventuelles mesures de rétorsion dans l’attente d’une décision de fond sur le dossier.

Cette juridiction somme la fédération internationale (Fifa) et l’Union européenne de football (UEFA) de s’abstenir de toute mesure contre les clubs “qui empêche ou pose des difficultés, de forme directe ou indirecte, à la préparation de la Super Ligue de football”, et en particulier d’“exclure les clubs et/ou les joueurs (…) de toute compétition de club internationale ou nationale”.

Il faudra voir comment l’UEFA et la Fifa ripostent à cette injonction prononcée par un tribunal espagnol, alors que leurs menaces de mesures de rétorsion concernent toute l’Europe.

Coup de tonnerre

Dans ce contexte, moins de 48 heures après le coup de tonnerre du lancement de cette compétition vouée à supplanter l’historique Ligue des champions de l’UEFA, la riposte concrète tarde à prendre forme.

Mardi matin, réunis en congrès à Montreux (Suisse), les représentants des 55 associations membres de l’UEFA ont adopté à l’unanimité une déclaration condamnant la Super Ligue. Ils ont aussi écouté le président de la Fifa Gianni Infantino réaffirmer son opposition à ce projet de « club fermé ».

« Soit vous êtes dedans, soit vous êtes dehors, » a-t-il lancé. Sans citer de mesures concrètes ni de délai, il a agité à nouveau, à l’unisson de l’UEFA, la menace d’exclure les clubs dissidents et leurs joueurs de toutes les compétitions nationales et internationales, comme l’Euro ou la Coupe du monde, une option qui semble discutée juridiquement.

Au Royaume-Uni, berceau du sport roi en Europe, le Premier ministre Boris Johnson a assuré mardi qu’ « aucune mesure (n’était) écartée » par le gouvernement pour stopper le projet, « y compris l’option législative ».

Avec une réunion prévue vendredi du Comité exécutif de l’UEFA, la question de l’exclusion se pose en particulier pour l’édition actuelle de la Ligue des champions, où trois clubs mutins sont qualifiés pour les demi-finales la semaine prochaine (Manchester City, Chelsea et le Real Madrid).

Mais Florentino Pérez, le tout-puissant président du Real Madrid et cette nouvelle Super Ligue, n’y croit pas. « Je ne veux pas détailler les motifs légaux, mais ça n’arrivera pas, c’est impossible », a jugé le dirigeant.

« Ce n’est pas du sport »

Quoi qu’il en soit, de nombreuses figures du football ont affiché leur opposition au projet qui dynamite l’édifice pyramidal du ballon rond européen et la redistribution des revenus. L’une des opinions les plus virulentes est venue de Pep Guardiola, entraîneur vedette de Manchester City, l’un des clubs dissidents. Pour le Catalan, cette nouvelle coupe d’Europe perturbe l’idée même de compétition.

« Ce n’est pas du sport si le succès est garanti ou si perdre n’a aucune importance », a asséné Guardiola, alors que Jürgen Klopp, entraîneur de Liverpool – autre club frondeur -, s’était montré réservé lundi. Leur homologue du Real Madrid Zinédine Zidane a lui refusé de s’exprimer, renvoyant la balle vers Florentino Pérez: « C’est une question pour une personne: le président ». Ces déclarations résument la profonde ligne de fracture créée par les 12 clubs rebelles (six anglais, trois espagnols, trois italiens).

Le patron de l’UEFA Aleksander Ceferin, qui fait adopter lundi une réforme de sa Ligue des champions pour 2024 censée contenter l’appétit financier des plus gros clubs, a néanmoins ouvert la porte à une réconciliation en déclarant qu’il était « encore temps de changer d’avis ».

Ligue quasi fermée

« Toute proposition sans le soutien de l’UEFA (…) ne résout pas les problèmes », a estimé de son côté Nasser Al-Khelaïfi, patron du Paris SG, qui n’a pas suivi les dissidents. Ces derniers prétendent instaurer une ligue quasi fermée comparable aux championnats américains de basket (NBA) ou de football américain (NFL).

Ils prévoient une saison régulière opposant 20 clubs, puis des play-offs, avec quinze membres de droit (les 12 « clubs fondateurs » et trois autres à déterminer) et cinq autres équipes choisies « sur leur performance de la saison précédente ». La nouvelle compétition, selon ses promoteurs, est vouée à « générer des ressources supplémentaires pour toute la pyramide du football ».

Les 15 clubs fondateurs recevront « un versement en une fois de l’ordre de 3,5 milliards d’euros ». A titre de comparaison, l’UEFA avait perçu 3,2 milliards d’euros de recettes pour ses compétitions de clubs en 2018-2019, avant la pandémie, redistribués aux plus de 80 clubs participants à la C1 et à la C3.

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