
À Val Thorens (Savoie), les forces de l’ordre multiplient les contrôles pour freiner la consommation de drogues, désormais courante dans les stations alpines. Touristes et saisonniers partagent le goût de la fête, parfois jusqu’à l’excès. En haut des pistes, les gendarmes patrouillent avec des chiens spécialisés. Trois skieurs ont été verbalisés en une seule après-midi, une tendance stable selon le major Frédéric Gentil. « Je me suis fait avoir, c’est le jeu,» admet un skieur tout juste contrôlé avec un joint de cannabis, en sortant éméché d’un bar en haut des pistes.
Le cannabis reste majoritaire, mais la cocaïne circule aussi. Lors d’un festival, début janvier 2025, “des groupes de tour-opérateurs anglais venus avec leurs dealers consommaient directement sur des clés de voiture” » décrit le major Frédéric Gentil en charge des opérations. Il évoque un usage plus “décomplexé” de la part des touristes. Les prix varient : 70 euros le gramme pour les saisonniers, 100 pour les vacanciers. En un après-midi, trois personnes ont été mises à l’amende ce “qui reste dans les standards”, d’après l’officier.
Des dealers arrêtés
Les travailleurs saisonniers, souvent jeunes et précaires, sont des cibles faciles pour les trafiquants. Ziani Lahrache, 22 ans, saisonnier originaire d’Avignon (Vaucluse), témoigne d’une consommation régulière de cannabis et occasionnelle de cocaïne dans son entourage. « Quand on est en saison, le mot tourne vite,» confie le jeune homme. Selon lui, un ou deux dealeurs fournit toute la station.
Au delà des contrôles inopinés, les forces de l’ordre mènent des opérations ciblées contre ces vendeurs. En février dernier, un dealeur a ainsi été arrêté à Chamonix et a été condamné à huit mois d’emprisonnement ferme. Les trafiquants ciblent le public saisonnier parce qu’il présente “une somme de vulnérabilités qui va le rendre plus fragile”, explique Camille Fauchet, chef de service dans un centre de soins d’accompagnement et de prévention à l’addictologie (CSAPA) à Annecy.
Le manque d’accès aux soins complique la prise en charge : les centres spécialisés se trouvent à plus d’une heure des stations et les médecins de montagne sont focalisés sur la traumatologie. À Val Thorens, la commune a créé une Maison des saisonniers pour améliorer les conditions de vie et sensibiliser les travailleurs. Une initiative saluée par Camille Fauchet, qui y voit une opportunité de rupture avec un environnement festif à risque. Les saisons peuvent, d’ailleurs, fournir l’occasion de se sevrer, souligne-t-elle, en observant que certains utilisateurs « ont trouvé un autre rythme, en coupant avec un milieu » qui les freinait. (Avec AFP)
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