L’OTT et l’e-sport au secours du sport ?

Etudes

Tout va plutôt bien dans l’univers du sport : selon la dernière étude de PWC, “Industrie du sport : le bon moment pour se transformer ?, durant les 3 à 5 dernières années, le marché mondial a progressé de 7,4%. Le secteur devrait continuer à croître à l’avenir sur la même période, mais le cabinet d’audit pose toutefois un bémol : les perspectives de croissance ne seraient plus que de 6,4%, soit un point de moins. En Europe, cette baisse serait même de deux points : +5,8% contre +7,8% précédemment. PWC ne tire pas le signal d’alarme mais recommande aux acteurs économiques de se renouveler. Et attention à ceux qui se tromperaient de pistes.

L’enquête annuelle sur l’industrie du sport, qui rassemblent près de 600 interviews de décideurs mondiaux, met ainsi en avant les médias numériques consacrés au sport qui, pour les 3 à 5 prochaines années, pourraient générer 9,7% d’augmentation de son volume d’activité, alors que les médias traditionnels ne seraient qu’à +1,9%. Là encore, PWC ne s’engage pas sur des lendemains qui pourraient forcément chanter. Ainsi, l’OTT (Over The Top) dans lequel s’engagent de nombreux détenteurs de droits, comme la Formule 1 ou les fédérations françaises de tennis et de football, n’a encore rien prouvé économiquement. Peut-être à cause d’un engagement tiède estime PWC.

«Pour l’instant, certaines plateformes sont plus avancées et connaissent de meilleurs taux de réussite que d’autres, rares étant les détenteurs de droits à avoir eu le courage, ou la faculté contractuelle, d’offrir un accès à du contenu premium, affirme l’étude. Bon nombre d’entre elles sont devenues des réservoirs de contenu original à la demande ou de contenu en direct de second niveau, ou servent de canaux de secours pour le streaming de contenu premium en direct sur les marchés non couverts par les partenaires médias traditionnels

L’opportunité de toucher le fan

Seul un gros tiers des décideurs interrogés par PWC (34,9%) estime que les solutions OTT déjà proposées sont, au mieux, “conformes aux attentes”. Un peu moins de la moitié (45,1%) demande encore à voir. Un sur cinq (20%) n’a même pas d’avis sur la question ! En fait, les professionnels du marketing sportifs pensent que l’OTT est surtout aujourd’hui une “possibilité d’accéder aux données des fans et de les exploiter à des fins commerciales” (80,1%), plutôt qu’un moyen “à renouveler les programmes sportifs grâce aux idées soumises par les fans” (70,4%). La rentabilité immédiate avant le “fan-first” !

«Pour une démarche D2C (distribution directe au consommateur) réussie, il faut faire preuve d’agilité et élaborer une stratégie avec les bons partenaires, investir dans des outils de gestion des données et de marketing numérique et impliquer les fans comme les athlètes dans ces initiatives, affirme Carlo De Marchis, responsable produits et marketing chez Deltatre. Définissez votre offre en ayant les fans à l’esprit, afin d’y inclure ce qui les intéresse réellement en plus du contenu sportif classique. Pensez divertissement.»

L’autre piste mise en avant dans l’enquête annuelle de PWC est celle de l’e-sport. Sur ce point, les décideurs économique du sport mondial font bien la distinction entre gaming et e-sport. A 64,9%, les interviewés estiment que les fédérations sportives peuvent “séduire plus de fans grâce à la gamification”. Pas question, donc de foncer tête baissée dans les univers de League of Legends ou Fortnite. La possibilité d’organiser “des compétitions de jeux d’action, d’aventure ou de tir” n’est retenue que pour 37,8%. Le Comité international olympique mobilise ses membres pour qu’ils intègrent et développent les jeux de “simulation sportive”. Il ne faut pas tarder : selon PWC seules 16,2% des fédérations sportives “ont conscience” de ces nouvelles opportunités et “commencent à réagir.”

© SportBusiness.Club Janvier 2020


Industrie du sport : estimations de croissance annuelle

Zone
3 à 5
dernières années
3 à 5
prochaines années
Monde
+7,4%
+6,4%
Europe
+7,8%
+5,8%
Asie
+8,4%
+8,7%
Amérique du Nord
+8%
+5,6%
Australasie
+4,7%
+3,9%
Moyen-Orient
+7%
+8,9%
Afrique
+5,7%
+9,1%
Amérique du Sud
+7,1%
+10,3%
Organisation
Fédérations sportives
+7,5%
+6%
Médias
+7,8%
+4,8%
Sponsors
+5,9%
+3,4%
Ligues
+9,7%
+7,4%
Equipes
+8%
+9,1%
Sport Tech
+7%
+7,1%
Source : PwC’s Sports Survey 2019 «Industrie du sport : le bon moment pour se transformer ?»

Des fédérations sportives en mutation

Les mois suivant une édition de Jeux olympiques sont généralement synonymes d’élections au sein des fédérations sportives. Ce sera le cas dès la rentrée de septembre, après les Jeux de Tokyo. Dans certaines instances, notamment en France, les campagnes ont déjà débutées. Justement, l’enquête de PWC met en avant les points forts des fédérations : organiser des compétitions, mettre en application les règles, gérer le haut niveau et également “exploiter commercialement les événements”. En revanche, pour la “participation des communauté”, la “protection des athlètes” et, surtout, la “transparence” et la “bonne gouvernance”, du chemin reste à faire. De quoi alimenter les programmes politiques des candidats.

Comment évaluez-vous la performance des fédérations sportives dans les domaines suivants ?

  • Transparence et bonne gouvernance
    • Peut mieux faire : 56,6%
    • Bonne performance : 20%
  • Renforcement de la participation des communautés
    • Peut mieux faire : 37,4%
    • Bonne performance : 25%
  • Protection des droits et du bien-être des athlètes
    • Peut mieux faire : 34,7%
    • Bonne performance : 28,3%
  • Préservation de l’intégrité des compétitions
    • Peut mieux faire : 27,7%
    • Bonne performance : 29,9%
  • Exploitation commerciale d’un événement
    • Peut mieux faire : 23%
    • Bonne performance : 45,5%
  • Formation d’athlètes de haut niveau
    • Peut mieux faire : 20,4%
    • Bonne performance : 44%
  • Élaboration et mise en application des règles du sport
    • Peut mieux faire : 14,5%
    • Bonne performance : 43,2%
  • Organisation de compétitions
    • Peut mieux faire : 12,5%
    • Bonne performance : 56,9%

Source : PWC. Etude a été réalisée par PWC Sports Advisory en Suisse, entre juin et août 2019. Questionnaires en ligne auprès de « grands dirigeants du sport » : 590 remplis en provenance de 49 pays.