Chronique. CIO: quand cooptation rime avec réélection

La 137e session du Comité international olympique s’ouvre ce mercredi 10 mars 2021 en version dématérialisée. Lors de cette première journée, sera élu le nouveau président de l’instance sportive mondiale. Et sans surprise, ce sera Thomas Bach. L’allemand, président en place depuis 2013, est l’unique candidat. Il repartira pour un deuxième mandat qui le conduira jusqu’en 2024. Toutefois, même si l’ancien champion d’escrime avait eu de la concurrence, il partait avec un sacré avantage : celui d’avoir coopté et nommé une bonne moitié de la centaine de membre du CIO.


Par Alain Lunzenfichter. Depuis sa création à la Sorbonne de Paris, le 23 juin 1894, le Comité international olympique (CIO), à la présidence duquel Thomas Bach sera réélu ce mercredi 10 mars 2021, a vu passer près de 600 membres en son sein. Neuf présidents se sont succédés à la tête de l’organisation dont le siège fut d’abord à Paris, puis à Lausanne, en Suisse, à partir de 1915. Le Congrès de 1894, qui a jeté les bases de la rénovation des Jeux olympiques, a également précisé le mode d’élection des membres. Ces sera la cooptation.

Ce droit est l’apanage du président du Comité international olympique, et Pierre de Coubertin ne s’en est privé. Deuxième président de l’histoire de l’instance sportive, le baron a succédé au grec Dimítrios Vikélas. Toutefois, durant les deux premières années du CIO (1894-1896) c’est bien le français qui le dirige. D’une main de fer, même.

Coubertin dessine ainsi le profil des membres pouvant prétendre à intégrer à son mouvement. « Le CIO doit être composé de trois cercles concentriques, écrit-il. D’abord, un petit noyau de membres travailleurs et convaincus. Ensuite, une pépinière de membres de bonne volonté susceptibles d’être éduqués. Enfin, une façade de gens fortunés plus ou moins utilisables mais dont la présence satisferait les prétentions nationales tout en donnant du prestige à l’assemblée ».

A cette époque le CIO est régit comme un club. Ses membres doivent régler une cotisation annuelle. Il faudra attendre 1980, et l’élection de l’espagnol Juan-Antonio Samaranch, pour que cette cotisation soit supprimée. Les règles en vigueur aujourd’hui, et qui s’appliquent notamment pour la 137e session se tenant de mercredi à vendredi, ont été fixées en 1999. Ainsi, le nombre de membres ne pourra jamais excéder 115.

Le CIO est passé de trois à quatre groupes : 70 représentants des pays ; 15 d’athlètes actifs ; 15 de Comités olympiques nationaux ; 15 de fédérations internationales. Tous les potentiels futurs membres doivent passe devant une commission. Celle-ci est chargée de faire un premier tri parmi les candidats. A une exception : les athlètes actifs. Ceux-ci sont élus par leurs pairs durant une édition des Jeux, d’été ou d’hiver. Ensuite, c’est le président en exercice qui fait le choix. Et qui a finalement le dernier mot. Un moyen très pratique pour bénéficier d’un groupe à son image.

© SportBusiness.Club Mars 2021

Alain Lunzenfichter est un des créateurs de la revue Courir en 1977. Journaliste, il a été rédacteur en chef adjoint de L’Equipe. Ancien président de l’association mondiale des journalistes olympiques, il est gloire du sport français et membre de l’Académie des sports.


Quel président du CIO a coopté le plus ?

A lui seul, le français Pierre de Coubertin, deuxième président du Comité international olympique (CIO) a coopté 134 membres durant ses mandats, de 1894 à 1925. Cette liste comprend d’ailleurs l’Allemand Willibald Karl August Gebhardt, pourtant élu en 1895 durant la présidence du Grec Demetrius Vikelas, de 1894 à 1896, mais qui fut choisi par Coubertin.

Nombre de cooptations par président

  • Pierre de Coubertin (1896-1925) : 134
  • Henri de Baillet Latour (1925-1942) : 56
  • Sigfrid Edström (1946-1952) : 47
  • Avery Brundage (1952-1972) : 63
  • Lord Killanin (1972-1980) : 30
  • Juan Antonio Samaranch (1980-2001) : 139
  • Jacques Rogge (2001-2013) : 64
  • Thomas Bach (2013-2025) : 57