Comment Dilecta a été remis en selle

C’est une petite coupure de presse, un bout de papier retrouvé dans un album, à l’origine d’une résurrection. « C’était dans la maison familiale que nous possédons à Aix-en Provence, raconte Eric Vanhaverbeke. Cela faisait quelques temps que j’avais envie de lancer une marque de vélo. J’en cherchais une du patrimoine français ». Plongé dans les souvenirs de son père, Jean-Pierre, coureur cycliste professionnel des années 1960, l’entrepreneur, ancien de chez MBK, Hutchinson et Look, s’arrête sur une photo. « Mes souvenirs d’enfants reviennent, confie-t-il. Je le vois avec son vélo jaune : un vélo de la marque Dilecta ».

Cela faisait quelques temps qu’Eric Vanhaverbeke était titillé par l’envie de relancer une fabrication française de cycles. « J’ai vécu la délocalisation de cette industrie, raconte-t-il. L’outil industriel était encore en France dans les années 1990 ». Hier, et pourtant tellement loin. Mais l’homme croit dur comme l’acier d’un cadre que le “made in France” peut repartir. « La France a écrit une grande histoire dans le cyclisme, que ce soit dans le sport ou dans l’industrie, assure-t-il. Il existe plein de belles endormies ». C’est donc à l’une d’elles qu’Eric Vanhaverbeke a redonné vie.

Plus qu’un nom, c’est une marque patrimoniale que cherchait l’homme d’affaires. Dilecta possède tous ces avantages. Créée en 1913 par Albert Chichery, la marque artisanale se fit un nom très rapidement. Elle fabriqua jusqu’à 25 000 vélos avant la guerre, en 1936. Au début des années 1960, Dilecta équipa même des coureurs du Tour de France, dont Jean-Pierre Vanhaverbeke. « Mais l’entreprise n’a pas su prendre le virage du vélomoteur, » explique le dirigeant. Dépassée par les cyclomoteurs de Motobécane ou Solex, Dilecta sombra, et l’usine historique du Blanc (Indre), ferma ses portes en 1968.

Le gravel comme terrain de développement

Patrimoine, sport, fabrication française… et histoire personnelle, tous les éléments sont réunis pour Eric Vanhaverbeke : ce sera Dilecta ! Bonne nouvelle : la marque était tombée dans le domaine public. Le nom aussitôt déposé, c’est vers Le Blanc que l’entrepreneur se dirigea. L’usine avait été démolie, remplacée par une enseigne de la grande distribution, mais la ville du Centre, avec son vélodrome, respirait encore le vélo. « Tous les éléments se sont mis en place naturellement », résume Eric Vanhaverbeke. Toutefois, c’est à quelques kilomètres du Blanc, du côté de Tours, que renait actuellement Dilecta, dans les ateliers du fabricant de vélos sur-mesure Cyfac. C’est une première étape.

« L’objectif est d’installer Dilecta sur le marché des vélos haut de gamme avec un prix moyen de 6 000 euros pour une machine de route, indique Eric Vanhaverbeke. Le but est aussi de démocratiser ce segment, où, parfois, l’attente pour recevoir son vélo st d’une année. Nous, nous livrerons en un mois ». Une prouesse réalisée grâce à la fabrication de 5 tailles de cadres seulement. Coté marketing, l’entrepreneur va s’appuyer sur l’histoire de sa marque, comme c’est le cas sur son site Internet. « Il va falloir la raconter car peu de personnes s’en rappelle, » poursuit-il. L’aspect “fabriqué en France” jouera aussi beaucoup. Même si cet volet tricolore ne concerne que le cadre et l’assemblage des équipements techniques. Un partenariat a d’ailleurs été signé avec l’italien Campagnolo, marque prestigieuse et historique d’accessoires de vélos.

Autre pari : le gravel. Ces vélos tout-terrain sont à la mode. Pour les passionnés, ils offrent un compromis idéal entre la route et les chemins. Ce type de produit intéresse également une cible plus jeune que celle traditionnelle du vélo. Même si elle ne connait la marque, ce public sera rassurée par son histoire, synonyme de légitimité. Quant à la compétition sur route et la possibilité d’équiper une structure professionnelle, ce n’est pas pour tout de suite. « C’est prématuré et surtout inaccessible aujourd’hui », tranche Eric Vanhaverbeke. Dilecta de retour sur le Tour de France ? Peut-être un jour quand même. En tout cas, le jaune, couleur emblématique de la marque, apparaît forcément comme un bon atout de réussite dans l’univers du vélo.

© SportBusiness.Club Juin 2021