« En Bretagne la course au large pénètre très loin dans les terres »

Entretien. Président de la Région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard a présenté mardi 30 mars à Rennes (Ille-et-Vilaine) l’édition 2021 de la Transat en double Concarneau-Saint Barth (ex- Transat AG2R La Mondiale). Il se réjouit des retombées en image pour son territoire de l’organisation de nombreuses courses au large. Ce retour est également financier car il alimente toute la filière du nautisme en Bretagne. Le Président de région évoque aussi le prochain départ du Tour de France, à Brest, en juin prochain.

En quoi le fait d’organiser des courses au large est important pour l’économie de la Région Bretagne ?

Loïg Chesnais-Girard: « C’est important à beaucoup de niveaux car cela pénètre très loin dans les terres. D’abord il s’agit d’une question d’image. Quand une image est positive cela draine un public. En Bretagne, celui-ci vient pour le nautisme, notamment. La course au large draine aussi des amateurs venant profiter de la navigation à la voile et de la plaisance. Et puis, enfin, il y a une filière de construction des bateaux. Ce secteur est bien implanté en Bretagne même si nous sommes en compétition avec nos amis et voisins des Pays de la Loire. Nos chantiers rivalisent d’ingéniosité, d’innovation pour faire évoluer les bateaux. Il y a aussi, derrière, tout ce qui touche à la sécurité en mer, la connaissance du milieu marin, la nutrition des coureurs, des univers nécessitant de la technologie. D’ailleurs, certaines entreprises bretonnes qui produisent des produits d’alimentation pour les navigateurs travaillent aussi pour la station spatiale internationale. C’est le cas, par exemple, du groupe Jean Hénaff ».

Que représente le nautisme en Bretagne ?

L.C.-G.: « Environ 4 000 emplois. Ce sont des centaines de millions d’euros d’activité avec des entreprises qui sont dans l’excellence pour la course au large et qui se diversifient vers l’ensemble de l’économie du nautisme ».

Plus généralement, qu’apportent ces courses au large à l’image de la Bretagne ?

L.C.-G.: « Elles tirent économiquement la filière et donnent à la Bretagne une image, qui correspond bien à nos valeurs, de performance mais aussi de solidarité. Regardez ce qui s’est passé [sur le Vendée Globe] avec Jean Le Cam. La voile, enfin, fait rêver, et la Bretagne est une terre d’aventuriers. La course au large fait également rêver les gamins qui seront les coureurs de demain. Elodie Bonnafous [25 ans, qui participera à la Transat en double sur Bretagne-CMB Océane] va s’embarquer pour sa première transat. Elle a intégré la formation de jeunes skippers que nous finançons avec le Crédit Mutuel de Bretagne. Si au collège nous avons des jeunes gens dont le rêve est d’être navigateur professionnel, on peut en proposer à quelques uns des opportunités. Derrière il y a des sponsors qui prennent le relais, et tout cela permet de drainer une filière ».

La Bretagne est-elle, sur cet univers des courses au large, en concurrence avec d’autres régions, en France ou à l’étranger ?

L.C.-G.: « Il est clair que la Vendée bénéficie aussi d’une place importante. Mais nous sommes dans une compétition saine. Je regarde avec attention ce qui se passe parce qu’il y a des enjeux économiques. L’écosystème Bretagne-Sud autours des chantiers navals est appuyé sur la course au large. En revanche, à l’international il y a assez peu d’écosystèmes comme le nôtre. C’est assez atypique et c’est pour cela que le modèle économique n’est pas si simple. Nous avons une typicité très bretonne que nous devons continuer à entretenir ».

Que représente le sport dans la communication de la Bretagne ?

L.C.-G.: « Nous avons des sports collectifs mais qui demandent aussi des performances individuelles. En voile, ce peut être en solitaire ou en équipage. En cyclisme nous avons deux équipes professionnelles en Bretagne (1). Il faut être bon soi-même et avoir aussi la notion d’équipe. En football (2), une équipe peut assembler les meilleurs éléments mais si l’ambiance ne va pas, tout s’écroule. La voile, le cyclisme et le football sont des sports qui ressemblent bien à la Bretagne ».

Qu’attendez-vous comme retombées avec le sport de haut niveau ?

L.C.-G.: « De la cohésion sociale, du dépassement de nos identités respectives, de l’ambition commune, et de la joie, ce qui est encore plus important aujourd’hui. Ensuite, il y a l’économie de la discipline sportive et de l’ensemble de la filière qui va derrière, ainsi que tout l’univers amateur. Le sport ne doit pas être seulement vu comme un business, mais c’est aussi une économie pour la Bretagne. Le sport apporte une identité, une puissance, une fierté car on y affiche nos couleurs ».

Quelles sont les valeurs de la marque Bretagne aujourd’hui ?

L.C.-G.: « D’abord, il s’agit d’une très belle marque. Elle véhicule les valeurs d’un territoire où les hommes et les femmes sont solidaires entre eux. Ils et elles sont courageux, travaillent mais sont aussi accueillants et ouverts au monde. La Bretagne c’est l’image de fraternité mais aussi de dépassement et de capacité à innover pour trouver des solutions. En tant que Président de région je suis finalement au service de cette marque qui est un actif commun. Nous avons beaucoup d’entreprises qui remportent des marchés parce qu’elles sont bretonnes ».

Le sport est-il un élément différenciant dans la construction de l’image de marque d’un territoire ?

L.C.-G.: « Oui, bien sûr. Et les sports que l’on choisit marquent le territoire. Choisir le vélo et la voile comme disciplines incarnant notre territoire cela signifie quelque chose. Ce sont des sports réclamant un dépassement de soi, une stratégie, un engagement individuel et la solidarité d’une équipe. Ce sont des sports qui ressemblent bien à la Bretagne ».

Brest et la Bretagne accueillent le départ du Tour de France fin juin. Est-ce une opération de communication de la Bretagne ?

L.C.-G.: « Le départ du Tour de France, cet été, c’est une fête et ce sera notre plan de relance. Nous investissons de l’argent (3) et derrière nous allons organiser une fête populaire qui sera regardée par le monde entier. Nous bénéficierons d’un retour d’image considérable. L’événement fera vivre la Bretagne dix jours avant, et dix jours après. Aujourd’hui, en Bretagne, tout le monde dit “Vivement le Tour de France”. On inscrira la Bretagne dans la mémoire collective ».

© SportBusiness.Club Mars 2021

(1) Team Arkea-Samsic et B&B Hôtels P/B KTM. (2) Brest, Lorient, Rennes et Nantes (cité par Loïg Chesnais-Girard) en Ligue 1. (3) Environ 5 millions d’euros au total payés par toutes les collectivités territoriales.